Editorial

2023, l’horizon qui divise, et pourtant !

Le pouvoir seul est la cause de toutes les divisions, il est et reste le diviseur commun de la classe dirigeante en République démocratique du Congo, il donne à celui qui le possède l’épaisseur des problèmes à résoudre et à celui qui le cherche l’étendue de ses ambitions politiques. Entre les deux, un fleuve des malentendus et parfois des discours des sourds. Depuis quelques semaines, comme si le mandat en cours était déjà disqualifié, les princes de l’Eglise prennent la parole pour exiger le respect du calendrier et ne veulent pas entendre parler de glissement. Ils ont publié un communiqué en forme de sentence et de mise en garde comme s’ils avaient des preuves certaines qu’ en 2023, il n’y aurait pas des élections. Cette prise de parole a suscité une réaction du bureau du chef de l’Etat par son directeur de communication qui s’est insurgé contre l’initiative des prélats en leur rappelant que l’appel de l’électorat revenait exclusivement à la Ceni qui était institué par la constitution pour ce faire.

Il y a dans ces prises d’armes, une forme de constante et une certaine cassure dans les relations entre l’Eglise et l’Etat. La pression est normale et elle devrait même être encouragée pour que les dirigeants fassent sur terrain l’exacte réalité de leurs engagements. Mais dans le cas sous examen, il y a deux suspicions qui transpirent dans les deux prises de position. D’un côté, la Cenco ne parvient pas à cacher son doute sur l’idée développée que le pouvoir en place veut glisser, et c’est pourquoi il exige le respect des délais constitutionnels. De l’autre côté, la présidence nourrit un grand soupçon à l’endroit des prélats dans la mesure où elle pense qu’ils n’ont plus l’autonomie de leur discours et que celui-ci serait un discours d’emprunt, issu des officines politiques. Avec ces deux préjugés, l’atmosphère est devenue délétère et les prises de position incendiaires.
Conscient de la fragilité du tissus social et de la gravité des problèmes auxquels fait face l’Etat congolais, les éminences grises de la présidence ont pensé qu’il serait de leur part irresponsable de laisser les prélats développer un discours qui leur priverait des accès à la confiance du peuple. On peut dans ces conditions comprendre leur prise de parole, même si certaines opinions y ont vu un
Péché de lèse-majesté car l’Eglise et ses princes sont du domaine du sacré.

Mais revenons à la réalité du Congo et posons-nous la question sérieuse, c’est-à-dire dans l’Etat actuel des choses et au regard de nos moyens supposés ou réels, avons-nous la possibilité d’organiser les élections en 2023 ? Poser ainsi la question dépend des moyens à disposer pour les élections. Tenant compte des variables de l’équation entre autres l’augmentation des électeurs par l’arrivée des nouveaux majeurs, il est certain que les budgets pour les élections vont augmenter chaque année si les variables en cause restent celles d’ aujourd ‘hui.

Ces questions hautement techniques avec des incidences financières ne devraient pas faire l’objet d’un échange public, elles sont la matière de la gouvernance et elles ont une telle importance que tous devraient éviter d’en faire un promontoire pour se régler des comptes. Il est vrai qu’avec les difficultés actuelles et surtout la crise sanitaire dans le pays, il y a lieu de faire attention à éviter d’exacerber les tensions et de produire entre les congolais une guerre des tranchées comme si la conquête du pouvoir ou sa conservation était l’activité principale de notre pays.

Le pays se doit de se doter des moyens suffisants pour respecter les prescrits de la loi, mais aussi doit se projeter dans le concert des nations pour jouer son rôle de leadership naturel et historique. 2023 ne devrait pas être un horizon qui divise mais une perspective de reconstruction collective d’une société en quête de son développement. Si les dirigeants ne changent pas de paradigmes, les mêmes causes vont produire les mêmes effets.

Robert tanzey

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