Economie

Interview exclusive avec Célestin Kibeya : Le lithium, un enjeu majeur pour le Congo

Le lithium, un enjeu majeur pour le CongoQue savons-vous du lithium ? Si quelqu’un le rencontre dans la route, est-ce qu’il peut le reconnaître ? Quelle est son origine ? Quelle est son importance ?Voilà les préoccupations essentielles de cette interview exclusive. Pour parler de ce minerai, GeopolisHebdo est allé à la rencontre d’un expert géologue. Pourquoi GeopolisHebdo l’a rencontré ? Parce que par le passé, le pays a fourni l’uranium qui servi à la fabrication de bombe atomique qui a mis fin à la seconde guerre mondiale. Il y a presque 20 vingt ans on n’a parlé de téléphone et la RDC a fourni le coltan et d’autres métaux. Mais elle n’en a jamais tirée profit. Célestin Kibeya Kabemba qui est un géologue de formation et connaît le secret de la terre. Aujourd’hui, les responsabilités de l’Etat l’ont mis au cœur d’un dispositif minier important. Il est donc Directeur Technique de la Société COMINIERE SA. Avec vous, nous allons dans le secret de la terre.

William Albert Kalengay (WAK)/ D’abord, Pourquoi avez-vous accepté de faire la géologie ?

Celestin Kibeya Kabemba (CKK)/ C’est parce que j’ai cette passion de la recherche et de la découverte. En fait, j’ai débuté par le métier de la construction mais je suis un constructeur raté. Mais comme je me posais des questions sur le tremblement de terre et autres phénomènes liés à la formation de la terre, je me suis orienté vers la géologie. Ce goût d’aventure m’a amené dans les milieux reculés pour découvrir. J’avais donc ce goût là. Et c’est venu depuis l’école secondaire car j’étais inspiré par un monsieur qui était géologue et m’amenait à Kamituga dans sa camionnette. Et je me sentais épanoui dès notre retour. C’est comme ça que je me disais que je vais suivre ce chemin là. Le chemin de la géologie.

WAK/ Alors, lorsqu’on dit que quelqu’un est géologue, ça veux dire quoi ?CKK/ Avant tout, il faut noter que la géologie est la science de la terre. Et il y a deux branches à savoir : la géologie fondamentale qui est tournée spécifiquement vers la recherche fondamentale. Et il y a la géologie appliquée. Aussi, il faut savoir que le domaine d’activité du géologue est assez vaste. Il va des risques environnementaux à la construction. WAK/ Puisque la géologie est l’étude de la terre, est-ce qu’on peut évaluer la connaissance de l’être humain sur la terre ? Quel peut donc être le pourcentage ?

CKK/ Par rapport la science géologique, les connaissances sont suffisamment avancées. Jusqu’à ce jour, nous avons la teneur moyenne de chaque élément repris dans le tableau de Mendeleïev. Sur base de cela, nous pouvons dire que tel ou tel élément a une teneur qui est au-delà de Clark. Nous connaissons la composition du globe terrestre et la structure de la terre. Il s’agit donc d’une structure concentrique composée d’un noyau, d’un manteau et de l’écorce terrestre. Il faut donc souligner que c’est difficile d’accéder au manteau compte de sa composition caractérisée par des roches mais on peut profiter de l’écorce terrestre. Nous connaissons donc la terre. Ce qui nous amène à développer aujourd’hui la géologie spatiale.

WAK/ Quittons les généralités pour revenir sur la COMINIERE SA et le lithium. C’est quoi le lithium ? Pourquoi cet engouement autour de ce minerai qui est un enjeu majeur ?

CKK/ Lorsqu’on fait la recherche géologique, on invente mais on découvre les éléments déjà établis. Nous nous étudions la géologie et de toutes les notions liées à ce domaine. Nous étudions dans genèse de la terre. Puisque vous parlez du lithium, il faut que notre ce minerai est un métal alcalin, donc un métal assez léger. I l se trouve principalement dans la chaîne rochenique de Kibaria. En fait, sur le plan géologique, il y a des contextes différents. Je donne souvent l’exemple des lacs. Chaque lac a donc sa particularité. Les plantes que vous pouvez trouvez dans le lac Tanganyika ne peuvent se trouver forcement dans le lac Moero. Et nous avons dans notre pays la minéralisation cupro-cobaltifère dans le Katangien qui date de l’âge néolithique. Et le lithium est dans le contexte Kibarien qui est de l’âge paléolithique. Dans notre pays, on trouve le lithium dans la roche pegmatite qui est une roche qui s’est formée à partir de la profondeur. C’est un peu comme le pipe kimberlitique. Et c’est phénomène de roche est appelé puro-métasomatique pour la mise en place de la pegmatite qui à son tour s’est mise n place dans le kibarien à la faveur des zones de faiblesse qu’on appelle failles qui ont connu ce remplissage de la pegmatite (ce phénomène de remplissage est appelé dike en géologie). C’est donc dans ce contexte que la pegmatite qui est la roche porteuse s’est mise en place. Mais pourquoi n’a-t-on pas parlé du lithium pendant tout ce temps alors qu’il était là dans le pays ? Avant tout, il faut savoir qu’on retrouve le lithium dans notre pays dans deux minéraux. Il y a le spodumène et la lépidolite.

WAK/ Est-ce que c’est le lithium qui porte ces minéraux ou ce sont les deux minéraux qui forment le lithium ?

CKK/ il faut savoir faire la différence entre minerai et minéral. Le minerai est un terme purement économique. Il renvoie à ce qui doit un bénéfice. Et le minéral renvoie à un élément qui compose la roche. Quand je parle de la pegmatite, je parle donc de la roche. Parmi les minéraux qui la compose, il y a le spodumène et la lépidolite.

WAK/ Pour aider les gens à comprendre ces concepts, je vais vous amener à comparer certains termes. Nous avons appris que le malakite est le minerai de cuivre. Alors en ce qui concerne le lithium, est-ce qu’on peut considérer que c’est un minerai ?

CKK/ On ne trouve pas le lithium à l’état natif. Il est toujours à l’état combiné dans mandature. Ici, dans notre contexte, on considère le spodumène comme minerai du lithium. Et un peu plus au sud du pays dans le Malembankulu, on le retrouve dans le lépidolite. Alors de la même façon que vous avez parlé de la malakite comme minerai du cuivre, c’est de la même manière qu’il faut considérer le spodumène et le lépidolite comme minerais du lithium. Maïs il faut noter que la malakite est avant tout un minéral.

WAK/ Pour comprendre, nous avons deux minéraux qui contiennent le lithium. Et ce qui signifie que pour avoir le lithium, il faut pouvoir traiter ces deux minéraux. Dans notre pays, le contexte dans lequel s’est développé cette minéralisation remonte à des époques très lointaines. Pourquoi le lithium n’était pas monté en succès après sa découverte comme c’est le cas aujourd’hui ?

CKK/ Nous devons tous savoir que la technologie évolue et les besoins de l’homme évoluent également. Il y a plus de 25 ans passés, on n’utilisait pas le téléphone portable. Pour le besoin de la cause, il y a moyen de répondre à ce besoin là. Ici, nous évoluons dans le système embarqué (Ce qui signifie qu’on nous devons bougé avec l’énergie). Et ça c’est très important puisque jusque-là nous avons utilisé l’énergie fossile avec le carburant. Quand vous prenez votre véhicule, vous vous déplacez avec votre carburant. Il y a un phénomène chimique qui produit l’énergie mécanique pour vous permettre d’avancer. Aujourd’hui, après des recherches et avec tout ce qui passe en rapport avec la pollution, on a ouvert d’autres voies, celles d’avoir de l’énergie électrique. Cette énergie doit être transformée en énergie mécanique Le lithium doit intervenir dans la fabrication de la batterie parce que je vois les gens parlent souvent de la batterie Mais bon on va forcément parler de la batterie les lithium interviennent au niveau de l’anode parce que le lithium a Une densité importante Compte tenu de sa composition.

WAK/ Je vous pose la même question autrement pour que vous puissiez bien expliquer. Qu’est ce que le lithium apporte vraiment que d’autres métaux n’apportent pas Pour la fabrication de la batterie ?

CKK/ De par sa nature, le lithium a cette capacité là de recevoir moins d’énergie. Alors, cette caractéristique fait de lithium un élément spécial. Et les chercheurs sont allés très loin dans leurs études notamment les chercheurs de la Californie du Sud. Et ils ont amélioré la capacité de recevoir de l’énergie jusqu’à une bonne performance pour qu’on puisse faire de batteries chargeables en 10 minutes. Donc dans 10 minutes, vous chargez votre batterie et vous avez une autonomie des 10 jours et ça c’est déjà opérationnel. Bon, ici, on parle souvent de batterie électrique. Or on peut aussi les utilisez pour le bateau, l’ordinateur et plusieurs autres choses.

WAK/ Quand on regarde la géologie du lithium, combien de millions de tonnes de lithium contenu avons-nous à peu près ?

CKK/ Ici il faut d’abord positionner. S’il faut d’abord positionner les occurrences (gisements) de lithium. On peut retrouver ce qu’on appelle la pegmatite. Dans notre pays, la pegmatite se trouve dans la chaîne rochenique de kibaria. Et spécialement dans une région qui part de Manono jusqu’à Malembankulu. Avec une extension de 350 km. Pour vous donner une idée, cette extension se présente comme la distance entre Lubumbashi et Kolwezie. Donc c’est sur cette distance que se situent les gisements de lithium. Mais n’est pas de manière continue. Pour retrouver la pegmatite, on utilise souvent la méthode structurale. Ce qui permet d’identifier les zones de faiblesse. Dans notre pays, il y a eu déjà en 1951 une étude sur le lithium dont les conclusions ont été concluantes. La plus grande concentration du lithium se trouve dans le Manono et kipotolo. Il y a plusieurs projets dans cette zone qui présente des potentialités en terme de minéralisation de lithium. La teneur est jusque là au niveau de 1.6. Le projet qu’on a exploité s’est fait sur le 1/3 de ce gisement. Il était autour de 127 millions de tonnes avec une teneur de 1.6. Après il y a eu aussi un autre projet de 400 millions tonnes avec une teneur de 1.6. Le potentiel est assez grand et peut être augmenté. Là, il s’agit juste d’une évaluation qui a été faite sur le 1/3.

WAK/ Dites nous, par quel phénomène géologique, 60 % des réserves mondiales du lithium se trouve en République Démocratique du Congo ? Est-ce que vous avez une explication naturelle ?

CKK/ C’est pas un fait du hasard quand on dit que le Congo est un scandale géologique par le fait d’avoir ces occurrences là au Congo. Chaque chaîne orogénique a une histoire. Comment cela s’est mis en place. Le cuivre a son histoire ainsi que le Nickel, le Diamant et le pétrole et tous les autres éléments. Je dis toujours qu’il faut quand même avoir quelqu’un dans ce secteur pour souffler à l’oreille des décideurs. La géologie ici au Congo a été emportée par les colonisateurs. Les Belges ne voulaient pas que les Congolais puissent avoir une connaissance sur le sous-sol. Le projet de géologie a été emmené par les français.

WAK/ Mais on a parlé quand même d’un belge qui a mené les études d’exploration des minerais dans le Katanga.

CKK/ Oui. C’est lui qui a utilisé le terme ou l’expression « le Congo est un scandale géologique ». Mais après ces études, ce belge a emmené les données en Belgique. Mais nous, avec la formation que nous avons eu, nous sommes en mesure d’aller au delà des méthodes qu’ils ont utilisés pour détecter avec plusieurs approches. Par exemple, l’approche structurale. Nous savons que Lubumbashi est un synclinal. Vous avez des gisements à Lupoto, Rwashi et Kalukuluku. Connaissant déjà la stratigraphie, nous sommes en mesure de faire des recherches et trouver une minéralisation en profondeur. Par exemple, le cas de Kamoa ce n’est pas comme les gisements que les Belges ont découvert avec des affleurements. Là nous avons affaire à des gisements aveugles et c’est sur base de la maîtrise de la Géologie que nous pouvons aller jusqu’à découvrir des gisements aveugles. On peut encore découvrir d’autres gisements puisqu’il y a un problème d’approche. Travaillant sur ces approches là, nous avons découvert un grand gisement de sulfure, cuivre et cobalt.

WAK/ Evidemment, je vous ai appelé comme expert mais cela ne vous empêche pas d’avoir aussi une vision sur la marche de la société. Une qui manquent au Congo aujourd’hui est que le pays n’a pas suffisamment exploré son territoire. Le pays n’a pas des données géologiques fiables et il ne sait pas exactement. C’est d’ailleurs pour ça que des efforts ont été fournis pour mettre en place un service de géologie. Comment considérez-vous cet handicap et comment peut-on le combler ?

CKK/ Vous connaissez que le pays a été qualifié de scandale géologique et je pense qu’en tant que tel on doit avoir une politique particulière. Tout ce que les projets miniers ont emmené au budget de l’État, on peut pas prendre cette question à la légère. Tout pays qui se respecte à travers le monde, a un service de géologie qui est stratégique. Puisque pour tout investisseur qui veut venir travailler au pays, il doit savoir où s’adresser. Nous saluons quand même la décision de mettre le service géologique en place. Ce sera un portail d’entrée pour ceux qui viennent investir. Il y a une relation très forte entre nous, être humain et les matières minérales.

WAK/ Est-ce que le lithium congolais est toujours dans le sous-sol ou il est déjà produit ?

CKK/ Présentement, il n’y a pas encore de production de Lithium en RDC. Il y a eu bien sûr une première étude en 1951. 5 tonnes ont été produites. Depuis lors, il n’y a pas eu d’exploitation de Lithium. Il s’est fait que la technologie à l’époque le considérait comme un minerai de gang. Un minerai de gang c’est à dire un déchet, qui n’a pas de valeur marchande et on l’a mis de côté. A l’époque c’était principalement la production de l’étain qui était considérée même le coltan était mis de côté. On mettait le Coltan et le Lithium de côté parce qu’ils n’avaient pas d’utilité. Aujourd’hui, ce sont des gisements qu’on appelle gisements artificiels et qu’on peut exploiter sans trop de charges liés à la mine.

WAK/ Comme d’autres minerais, nous avons connu une ruée ver de cobalt, le coltan, le diamant, l’or avec une exploitation exceptionnellement artisanale. Est-ce que le lithium pourra faire l’objet d’une telle activité artisanale ?

CKK/ l’allure où vont les choses, nous tendons vers l’exploitation du Lithium. J’ai vu d’ailleurs une vidéo qui montre des exploitants artisanaux mettre le lithium dans les sacs pour aller le vendre.

WAK/ Quel conseil allez-vous donner à la nation concernant ce nouveau trésor ?

CKK/ Mon conseil s’adresse plus aux décideurs. Il doit y avoir une politique qui doit être orientée vers l’intérêt du congolais lambda pour qu’il ressente qu’il est réellement au Congo et qu’il ne puisse pas être plus scandalisé que ce scandale. En bref, nous pouvons mettre une croix sur le scandale et vivre réellement ce que Dieu a mis dans notre terre.

Propos recueillis par WAK et retranscrit par Djodjo Mulamba

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