Politique

Agence de prévention et de lutte contre la corruption APLC : Ghislain Kikangala : « Aucune compromission, aucune intervention, nous n’accepterons dans l’accomplissement de notre mission »

Entre le moment où nous avons réalisé cette interview et celui de la mettre en lignes des choses se sont déroulées entre autres l’interpellation du coordonnateur de l’APLC pendant quelques heures au Parquet général des suites d’une plainte. Relâché, maître Ghislain Kikangala est rentré chez lui et ses propos prennent tout leur sens car les forces contre lesquelles il doit se battre sont endogènes et exogènes à son système. Dans les lignes qui suivent, lisez l’intégralité de son interview.

Parmi les facteurs qui freinent aujourd’hui l’émergence des États, surtout les États fragiles, c’est en premier la corruption qui est un cancer, un mal qui ne permet pas à plusieurs nations d’avoir les moyens pour se développer. Certains Chefs d’Etats, les plus importants, ont décidé de prendre le taureau par les cordes, de se battre contre la corruption, d’éradiquer ce mal si possible et en tout cas de diminuer ses effets sur le fonctionnement de la Nation. Et le Chef de l’Etat Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a décidé de s’inscrire dans cette lignée des Chefs d’Etats qui combat la corruption et il a décidé pour ce faire de doter d’une agence qui est en train de travailler. C’est l’Agence de Prévention de Lutte contre la Corruption. Quand on parle corruption, on parle de tout. On parle essentiellement des moyens qui échappent à la collecte par l’Etat. Aujourd’hui,  nous avons le réel honneur de recevoir celui qui a été choisi et met en place des stratégies de lutte contre la corruption. Il s’agit du coordonnateur de l’Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption Ghislain Kikangala.

William Albert Kalengay (WAK)/ Monsieur le coordonnateur, ça n’a jamais été facile de vous avoir. Mais aujourd’hui, vous avez décidé de briser le silence. Pourriez-vous nous dire pourquoi vous avez pris cette décision ? 

Ghislain Kikangala (GK) Nous sommes une jeune agence. Et au début,  nous devrions travailler et concevoir un plan stratégique que nous tenions vraiment à cœur. Et puis maintenant le 9 décembre, la journée mondiale de la célébration de la  lutte contre la corruption. Et nous trouvons le mois de décembre propice à ce genre de communication.

WAK / Au cours de cet entretien, nous allons aborder essentiellement des questions de fond parce vous allez nous décrire la stratégie qui a été mis en place. Et puisque vous avez commencé déjà à agir sur le tissu économique de notre Etat sans attendre les laboratoires, et il y a déjà quelques soubresauts, je vais demander à Eric Tshikuma de poser les questions d’actualité.

Eric Tshikuma (ET) /Aujourd’hui, il y a une polémique. Il y a ce que d’aucuns qualifient de scandale qui met en exergue votre institution, l’APLC, avec Access Bank. Qu’en est-il au juste ?

GK /Il n’y a pas de question tabou. On est là pour répondre aux questions. En fait, vous avez oublié un deuxième scandale. Il existe une banque ici qui est soupçonnée de blanchiment de 8 millions USD pour concurrence. Et de ce que j’ai lu sur cette banque, il semblerait que je suis sur la bonne voie. Pour ce qui est de ce que les gens qualifient de scandale, je suis tout à fait d’accord de répondre à cette question. Mais j’ai deux limites : le secret de l’instruction et le fait que les enquêtes sont en cours tout en évitant de jeter en pâture la réputation de l’un ou l’autre.

WAK/ Si vous avez le respect du secret de l’instruction, vous ne pouvez pas hésiter de nous expliquer quand votre institution est mise en cause. Il s’agit en fait de la corruption de celui qui combat la corruption.

GK/ C’est très bien comme question. Et vous pouvez retenir que celui qui combat la corruption n’est pas un corrompu.  Les gens disent qu’il y a des images où je partage l’argent. On peut commenter ces images si vous voulez.

WAK/ Oui. Allez-y.

GK/ Je crois avoir vu sur ces images des gens qui signent de reçus après avoir reçu l’argent. Et la question est celle-ci. Est-il possible que quelqu’un qui est corrompu puisse signer un reçu ? Donc, en posant cette question, on a déjà la réponse. Aujourd’hui, tout le monde, même les petits enfants, sait qu’il y a des caméras à l’intérieur tout comme à l’extérieur des banques. Est-ce qu’il était possible de cacher cette opération-là ? Donc quand on se pose ces deux-là de manière objective, et quand on voit les commentaires qui sont faits par rapport à ça, on se dit que c’est quand-même bizarre. Et je pense qu’il faut oublier ça. Alors, partons seulement du principe que ceux qui sont accusés d’être corrompu sont bêtes. Avec caméras, reçus et témoins. Donc maintenant, il faudrait établir que l’argent est toujours dans leurs poches ou dans les miennes. Parce que pire encore j’ai vu d’autres accusations circulé. Maintenant, je vais vous dire où se retrouve cet argent. Il y a le procès-verbal de consignation des fonds du parquet général de Kinshasa Gombe. Après avoir lu ce document, on peut retenir deux choses. La première, c’est que quand on entend consignation, cela veut dire que cet argent n’est pas dans un compte privé. La deuxième chose est que le parquet général est en charge de ce dossier. Parce qu’en plus de remettre le passeport et l’argent nous avons remis notre dossier qui est énorme. Et nous allons encore l’alimenter. Donc voilà en peu, je viens de vous montrer que cet argent n’était pas dans ma poche et non pas dans celle des gens qui étaient allés se faire filmer. Il n’y a jamais eu raison qu’il soit ailleurs que là où il devait être.

ET/ Là, ne pas peut-être le problème. Le problème, c’est la procédure et les méthodes utilisés par les agents commis par vous. Parce qu’il y a l’avocat d’Acces Bank qui a fait une dénonciation auprès du procureur près la cour de cassation. Et je pense que vous avez lu cette dénonciation qui relève des faits très grave, notamment la perception d’une caution par vos agents alors qu’ils n’ont pas qualité et l’audition faite par vos agents alors qu’ils ne sont pas des OPJ assermentés. Et aujourd’hui, plusieurs Organisations non-gouvernementales se sont saisies de ce dossier pour dénoncer cette pratique.

GK/ La question qui se repose est : est-ce que les reproches qui sont fait à corps et à cri sont fondées ? Les premiers reproches sont tombés. Et l’APLC n’est pas corrompue.

ET/ Est-ce que les deux directeurs qui ont perçu l’argent dans le guichet d’une banque avaient les qualités de le faire ?

EK/ Rappelez-vous à ce que je vous ai dit au début. Par rapport à certaines contingences légales, je me réserve de dire certaines choses. Par contre, c’est que je peux vous dire est ceci : premier point, il y a une enquête disciplinaire qui a été lancée au sein de mon agence par rapport à cela. Et ce n’est pas moi qui la conduis. Et ce sont les personnes qui ont la responsabilité de le faire. Deuxième point, il me coûte beaucoup de le dire. Comme beaucoup des compatriotes comptent sur la probité de l’agence, les personnes qui ont effectué cette opération n’avaient pas d’ordre de mission de le faire. Cela étant et en tant que coordonnateur je ne suis pas là pour lyncher mes troupes, je ne vais pointer du doigt personne.

ET/ Vous avez endossé la responsabilité ?

GK/ C’est le rôle d’un chef. Mais le rôle d’un chef aussi, c’est de prendre les mesures qui s’imposent quand il y a eu peut-être matière à comportement discutable. Ne m’enlever pas le peut-être.

ET/ Au regard de ses attributions, est-ce que l’APLC est habilitée à percevoir une caution ?

GK/ Moi, je pense que la vraie question est que quels sont les pouvoirs l’Agence de Prévention et de la Lutte contre la Corruption ? Elle mène des enquêtes.

ET/ Elle mène des enquêtes par des agents qui OPJ assermentés ?

GK/ Vous pensez que le monsieur qui se plaint sur les réseaux sociaux a fait l’objet d’une audition par des personnes d’autres que les OPJ alors que l’avocat qui signe la dénonciation était avec ses confrères ? Et vous prenez que je vais laisser mon client être interrogé par un quidam ? J’ai été vivant pendant 35 ans.

ET/ Vous parlez d’un reçu et l’avocat d’Acces Bank d’une décharge écrite en manuscrit et qui a été mis en annexe de la dénonciation. Fallait-il faire une décharge ?

GK/ Vous posez une question qui est en rapport avec l’instruction et l’enquête interne. J’ai essayé de répondre de manière la plus responsable possible par rapport à ce dossier.

ET/ Qu’est-ce que vous pouvez dire aujourd’hui à la population congolaise qui a un regard un peu douteux de l’APLC qui n’a que quelques mois ?

GK/ Je vais dire deux choses. La première chose, l’APLC est jeune. Elle vient de commencer. C’est comme un enfant qui fait ses maladies de jeunesse. Ça demande un peu d’indulgence par rapport à cela. L’essentiel est de ne pas faire des erreurs mais de s’améliorer. Il y aura des enseignements. Et il y aura des processus qui doivent être adapté au contexte. Et la deuxième chose, je ne dirai pas que la population a un regard douteux sur l’APLC.

WAK/ Mais j’aimerai revenir sur une chose. Vous avez été nommé par le président de la république pour mener la lutte contre  la corruption qui est en même temps un jugement sur la personne. Parce que vous ne pouvez pas faire en même temps la Lutte contre la corruption si vous n’avez pas confiance en la personne. De plus, vous êtes revenu plusieurs fois sur la culture de l’intégrité. Et en même temps vous devez asseoir l’APLC. Pourtant, vous avez une jurisprudence. Maintenant, la question est celle-ci : Quelle est la différence entre l’APLC et ce qui se faisait avant puisque l’ancien président Joseph Kabila avait nommé un conseiller en charge de la lutte contre la corruption ? Mieux, qu’est-ce qui est nouveau et innovant aujourd’hui pour montrer qu’il ne s’agit pas seulement d’un effet d’annonce, du colmatage, d’une lutte de communication pour que le président se donne une bonne conscience ? 

GK/ Cette question est primordiale. Et ne doutez pas un seul instant que le président de la république fait de la lutte contre la corruption quelque chose de sérieux. Il le pense et il la vie. S’il a porté le choix sur ma modeste personne, c’est parce qu’il a eu le sentiment que j’ai partagé les mêmes convictions que lui. S’il faut parler de la différence avec le conseiller, je dirai que l’APLC est une agence et le conseiller ne l’est pas. Et puis, la loi donne un grand pouvoir à l’APLC. Il y a les pouvoirs d’investigation, de coordination par rapport à tous les organismes qui travaillent dans le même domaine pas pour enlever les dossiers dans les mains des gens mais pour qu’il ait un continuum tout en travaillant la main dans la main. D’ailleurs quand j’ai été nommé, j’étais allé voir mes collègues à Cenaref, à l’IGF. Et j’accorde encore deux différences par à ce que le professeur Luzolo avait comme prérogative. L’APLC a un pouvoir qu’on appelle la bombe atomique. C’est-à-dire que nous avons un pouvoir de suspension et d’annulation de contrat dans le cadre d’une enquête. Le cas typique, on a parlé de contrat minier, le contrat léonin. Mon prédécesseur ne l’avait pas. J’ai un autre pouvoir. Donc, j’ai un droit de suivi. Je peux poser la question pourquoi vous avez classé ce dossier sans suite. Mais nous ne sommes des juges et nous ne tenons pas à l’être. C’est-à-dire qu’au terme des enquêtes, je n’ai pas d’autre choix que de transmettre à l’autorité judiciaire les indices des culpabilités et que le parquet devrait jeter un coup d’œil pour voir s’il peut ou ne pas poursuivre.

WAK/ Est-ce que le fait d’être sous la tutelle de la présidence vous ne pensez pas aller en frontale par exemple avec la justice et d’autres institutions. Et que vous ne puissiez être perçu comme une arme personnelle du Chef de l’Etat quand on veut réduire en silence un tel ou tel autre acteur et on vous aurez envoyé, vous, obligatoirement aller trouver les preuves de culpabilité ?

GK/ La préoccupation est légitime. Et je vais répondre à cela de la manière suivante : il y a dans le monde 150 agences de lutte contre la corruption. Donc Par rapport à cela, ce n’est pas un caprice du président de la république. En fait, la République Démocratique du Congo avait souscrit dans le cadre de la Convention de Nations Unies pour la lutte contre la Corruption en ses articles 5 et 6 de créer cet organisme. Et de travailler sans influence indue. L’expression sans influence indue est dans l’ordonnance loi qui a institué l’APLC. En plus, il y a un bon nombre de mes collègues qui sont rattachés à l’exécutif organiquement. Par exemple en Belgique, c’est un service dans la police et concrètement c’est le Ministère de l’intérieur qui le gère. Dans l’ordonnance loi qui institue l’APLC, le mot indépendance est repris plus de trois fois. Donc, on travaille en toute indépendance et sans influence indue. Croyez-vous que les magistrats nommés par le président de la république l’appellent pour demander quelle décision prendre ? Non. L’indépendance, on l’acquiert au jour le jour. Même sous d’autres cieux les autorités judiciaires sont nommées par l’exécutif mais elles sont toujours indépendantes dans leur travail. Je me rappelle encore que lorsque le président m’a nommé, il a dit : vous n’êtes pas venu vous faire des amis ici. Et le professeur Luzolo m’a dit aussi : vous allez perdre beaucoup d’amis. Donc, l’indépendance consiste à avoir le courage dire non aux amis. Comprenne qui pourra.

WAK/ Je m’aimerai encore revenir sur la prévention. Quand j’ai lu votre document stratégique, on constate que vous ne les clamez pas mais vous souhaitez qu’il y ait des réformes profondes pour que cette prévention puisse porter de résultats. Quels sont les leviers que vous avez par exemple pour que la politique salariale change dans le pays ? Deuxième, il est devenu une culture aujourd’hui en RDC. Quand vous roulez dans votre voiture vous rencontrez un policier dans un rond-point qui vous demande de l’eau, vous l’aidez. C’est de la corruption. Puisque c’est un agent de police. Dites-nous c’est quoi la corruption ?

GK/ Vous avez mis le doigt sur quelque chose de très important. Je pense qu’il y a un effort pédagogique au niveau de tous les services de l’Etat. Donc, vous verrez dans ce document que nous avons notre outil de travail qu’on appelle l’indice de bonne gouvernance (IBG) qui est fait sur base de plusieurs critères.

ET/ Maître, vous avez évoqué dans votre document stratégique que vous envisagez de renforcer la culture de l’intégrité et de réduire sensiblement la corruption en RDC à l’horizon 2030. Quelles sont les actions prioritaires que vous avez prévues dans ce plan ?

GK/  Nous avons commencé le travail au mois d’août 2020. Juste après ma nomination, j’ai reçu des dénonciations. Il ne se passe pas qu’un jour que nous recevons une dénonciation. Et je profite pour dire à nos compatriotes que je ne suis pas un tribunal. Et si un tribunal est saisi, l’agence n’est pas comptent pour en connaître.

WAK / Chaque jour qui passe, vous vous rendez que la corruption est un mal qui a touché l’Etat. Vous vous rendez compte que les politiques ont baissé bras et la population a intégré ça comme mode de vie. Est-ce que vous vous rendez compte d’être en face de quelque chose qui est difficile à faire ? N’avons-nous pas accepté la corruption comme une partie de nous-même ?

GK/ La tâche est immense. Il y a une chose qu’il faut éviter est de croire à l’homme providentiel. Je ne suis pas l’homme providentiel. Mon grand souhait est que tout le monde s’accapare de ce combat contre la corruption. Je dis que c’est notre vision mais elle doit être enrichit par les apports d’un chacun. Si nous les menons ensemble, nous serons une nation modèle avant même 2030.

WAK/ Il faut être fort et intraitable. Est-ce que vous avez cette capacité-là ?

GK/ Je l’espère. Parce que je suis entouré des personnes qui n’ont pas peur de me dire leurs pensées. Et une chose que j’essaye d’éviter et d’avoir la grosse tête et de croire que j’ai toutes les solutions.

WAK/ Comment feriez-vous pour dénoncer un conseiller ou membre du pouvoir qui serait tenter déposer l’acte de la corruption ?

GK/ Qui vous dit que je l’ai pas encore fait. Cela étant, il n’y a pas raison de  faire la publicité. La culture du lynchage, Je n’aime pas trop. L’essentiel est que l’action soit mis fin.

WAK/ Un autre grand facteur de corruption, c’est le marché public. Et dans ce domaine, nous ne sommes pas exemplaires. Est-ce que vous avez déjà pris connaissance de ce dossier ?

GK/  Notre plan stratégique, il est question de l’indice de bonne  gouvernance pour l’appréciation que nous ferons l’autorité administrative en ce qui concerne le marché public fait de gré à gré. Il est clair que si j’ai un ratio de 60 ou 80 %. C’est qu’il y a un souci là-bas.

WAK/ ET/ Votre agence n’a fait que trois mois. Y’ a-t-il des étapes qui restent encore à franchir ? Et puis, est-ce qu’il y a une cohésion et un travail collégial qui se fait dans votre structure ?

GK/ Dans notre plan stratégique, il y a un point consacré à la déclaration du patrimoine. Dans d’autres institutions, c’est limiter au président de la république et aux membres du gouvernement.

WAK/ Quel est votre mot de la fin ?

GK/ Je vais dire à la population que l’APLC est là pour une mission qu’elle prend avec beaucoup de sérieux et qu’elle s’y consacre jour et nuit. L’APLC n’acceptera aucune compromission, aucun arrangement, aucune intervention. Nous sommes là pour sévir la république et l’intérêt général de la population. Parce que si nous réussissons, le pays réussi.

Propos recueillis par William Albert Kalengay et Eric Tshikuma

Texte écrit par Djodjo Mulamba.

 

 

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