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Au cours du voyage du couple royal belge : L’ombre de la statuette de Ne Cuco

La République Démocratique du Congo (RDC) ne dispose pas seulement d’immenses richesses naturelles mais aussi d’un patrimoine culturel riche en histoire. D’après des nombreux chercheurs anthropologues et historiens, le pays s’est vu volé, depuis l’entrée sur le sol congolais des explorateurs et marchands belges vers le 19ème siècle, plusieurs objets d’arts qui sont exposé aujourd’hui au Musée Royal de l’Afrique Centrale (MRAC) à Bruxelles, capitale du royaume de la Belgique. Parmi ces objets,  l’on cite la statuette de Ne Cuco qui qui fut volée lors d’une tuerie de masse commanditée par des négociants européens dans les environs de Boma (actuelle République Démocratique du Congo). Auteur d’un ouvrage remarquable sur l’histoire de l’anthropologie physique en Belgique, l’anthropologue Maarten Couttenier a tenté de retracer toute l’histoire de la « kitumba » de Ne Cuco dont l’ombre a plané au cours du voyage du couple royal belge en RDC, et que beaucoup l’imaginaient retourner dans son milieu d’origine. Maarten Couttenier a complété ses recherches par un séjour d’étude en République Démocratique du Congo. Révélation faite dans une enquête menée par nos confrères des ParisMatch.

Procédant à des recherches dans les archives, Couttenier a documenté très précisément tout le parcours de la « kitumba » de Ne Cuco. En 2016, il a complété son approche « historiographique » par un séjour d’étude en République Démocratique du Congo. Le 26 juin 2018, l’anthropologue-historien a publié le résultat de ses recherches sur le site d’une revue scientifique. Un texte rédigé en anglais dans lequel il raconte notamment ses rencontres avec des chefs coutumiers et diverses personnalités dans la région de Boma : « La statuette ‘collectée’ par le marchand belge Alexandre Delcommune en 1878 et conservée au MRAC a suscité un débat émotionnel qui a rapidement évolué vers celui de la restitution des collections coloniales. Selon le chef Bakou Kapita Alphonse, les pouvoirs de la kitumba pourraient être ravivés après restitution et l’objet pourraient donc être réutilisés. Il explique que la statue peut parler, bien que seuls les chefs consacrés puissent communiquer avec elle. (…) Des pouvoirs importants sont attribués à la kitumba : elle offre une protection contre les balles en temps de guerre, par exemple, et elle a le pouvoir de rendre un meurtrier sourd, comme l’explique la cheffe Madeleine Tsimba Phambu. »

Dans quelles circonstances précises se fit cette spoliation ?

Comme le souligne, un article paru récemment dans De Morgen, l’expo en cours au Musée de Tervuren dit peu de choses à ses visiteurs sur cette « histoire difficile ». Dans le livret réalisé en marge d’« Art sans pareil », le MRAC se contente d’indiquer que « ce nkisi nkonde était initialement la propriété de l’un des grands chefs de Boma avec lesquels le gérant de factorerie A. Delcommune fut en conflit : Ne Cuco. L’importance de ce nkisi n’était pas minime. Sa récupération (sic) par les hommes de Delcommune fut presque assimilée par les dirigeants kongo à une prise d’otage. Ne Cuco était d’ailleurs prêt à verser rançon pour le récupérer. » De fait, ce récit est fort court. Celui que l’on proposa au grand public dans le film Totem et Tabou co-produit par le MRAC et la RTBF, à l’occasion de la réouverture du Musée, en décembre 2018 l’était tout autant. Proposant un dévoilement très pudique de l’histoire de l’objet, ce film se contentait de mentionner que « suite à un conflit avec les rois de la Région de Boma, un agent commercial belge, Alexandre Delcommune s’empare (sic) de leur objet ». De plus, dans ce documentaire, l’historienne belge Sarah Van Beurden qualifiait la « kitumba » de « trophée de guerre ».

Quelle est la version des autres ?

Cette histoire, on la connaît depuis longtemps à Tervuren et dans nos universités… Au moins depuis 1922, année durant laquelle Alexandre Delcommune livra fièrement ses souvenirs africains dans un livre intitulé Vingt années de vie africaine ; Récits de Voyages, d’Aventures et d’Exploration au Congo Belge, 1874-1893. Alors pourquoi ne dit-on pas les choses comme elles sont ? Pourquoi parle-t-on encore de « trophée de guerre » à propos de cette kitumba ? Pourquoi utilise-t-on encore des mots comme « s’emparer », « collecter », « conflit », « récupération » ? Alors que les vrais mots sont « crime », « humiliation », « spoliation » et « barbarie » ? Pourquoi des « vérités » sont-elles dites, depuis près de vingt ans dans des textes à diffusion restreinte, inaccessibles pour le grand public ? Pourquoi sont-elles anesthésiées par l’utilisation de mots inappropriés ? Il est incroyable que ce soit un article de la presse généraliste – nous sommes en 2019 ! – qui doive mettre en lumière toute la portée des aveux écrits d’Alexandre Delcommune.

Dossier à suivre

Djodjo Mulamba

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