Economie

Cobalt blues : Le fiasco minier congolais vu d’ailleurs…

Et si le Congo et ses richesses minières étaient en train de s’écrouler sous nos yeux? Et si les mines congolaises étaient en fait une malédiction pour la RDC? Des questions se posent. Elles sont sans réponse satisfaisante pour l’instant. Mais la réalité sur terrain peut laisser poindre le scepticisme. Un livre, “Cobalt Blues, La sape d’un géant” écrit par un journaliste Belge, né à Kolwezi, fourmille des questionnements sur le secteur minier congolais. Ainsi que le suggère son intitulé l’ouvrage d’Erik Bruyland, dépeint un secteur minier fortement gangrené où l’État congolais est réduit à un vulgaire dindon de la farce, où la responsabilité des anciens colons belges est fortement engagée et où les vautours s’acharnent sur un Congo, tel un charognards. Une sorte de faisceaux d’irresponsabilité, de ruse et de mercantilisme sauvages a fini de faire de la RDC la vache à lait.

Dans une interview, le journaliste explique le fond de son livre enquête.

L’enquête qui remonte depuis 1960, se concentre sur la ceinture de cuivre. Cette région d’une superficie supérieure à celle de la Belgique, située dans le sud du pays, regorge de cobalt, de cuivre, de manganèse, de cuivre, de tungstène, des minerais utilisés dans la fabrication des batteries rechargeables, des smartphones, des véhicules électriques et dans les industries aéronautiques.
Selon le journaliste, les belges ont laissé le secteur minier congolais dans un excellent état, car, dit-il, “le Congo est alors le pays en voie d’industrialisation le plus avancé d’Afrique. Davantage, même, que la Corée du Sud et l’Indonésie. Quelques mois avant l’indépendance, une usine de production d’électrolyse ultramoderne a d’ailleurs été inaugurée à Kolwezi. C’était l’Union minière du Haut-Katanga, une entreprise privée, filiale de la Société générale de Belgique, qui gérait la ceinture congolaise du cuivre. Les mines tournaient à plein régime, même la nuit. Les agglomérations de la région profitaient des fruits de cette réussite industrielle. Il y avait des routes en bon état, des centres urbains bien organisés, des hôpitaux…”
Le journaliste Érik Bruyland explique, selon lui, le moment où tout a basculé dans le mauvais sens. Pour lui, “c’est l’histoire d’un rendez-vous manqué entre Mobutu et la Belgique. Après avoir pris le pouvoir par la force en 1965, Mobutu a proposé à la Société générale de Belgique la création d’une société mixte belgo-congolaise de gestion des mines. Car malgré l’indépendance, les Belges contrôlaient encore le secteur. Hélas, dans leur arrogance, les seigneurs de Bruxelles ont refusé. Mobutu a alors claqué la porte des négociations et a nationalisé l’Union minière en 1967, rebaptisée Gécomines, puis Gécamines [Générale des carrières et des mines].
C’était une victoire à la Pyrrhus, car le Congo restait dépendant des Belges pour exploiter et commercialiser les minerais. La Société générale a même continué d’engranger d’énormes bénéfices, étant payée pour exploiter les mines. Mobutu a bien tenté de revoir ces contrats léonins, sans y parvenir”.

Même si Érik Bruyland accuse à demi mots l’État Belge, le journaliste pointe également du doigt la responsabilité des autorités congolaises. “Les dirigeants congolais portent une lourde responsabilité, car la Gécamines a été cannibalisée de l’intérieur. Mobutu, par exemple, s’en est allègrement servi pour payer ses soutiens et maintenir son régime à flot. L’argent entrait et disparaissait aussitôt, sans être réinvesti dans l’outil minier. Au point que, faute d’entretien, la plus grande mine souterraine du pays, celle de Kamoto, s’est effondrée en 1990. Cette catastrophe, qui a affecté 250 000 personnes et mis à l’arrêt la production de la Gécamines, a accéléré les privatisations sauvages et le dépeçage du secteur minier”.

De Mobutu jusqu’à aujourd’hui, le fiasco a perduré, selon l’auteur de Cobalt Blues avec l’entrée en scène d’autres entreprises étrangères et des personnalités qui ont fait main basse sur les mines Congolaise, avec la bénédiction des certains dirigeants congolais. C’est également ici qu’apparaît la Chine. La deuxième puissance mondiale s’est montré tout aussi gloutonne en matière minérale. “Il faut savoir que les Congolais sont allés signer le contrat ( Sino-Congolais) sans même être accompagnés d’un interprète ! Même le ministre des mines n’était pas informé du deal. Tout s’est déroulé en catimini” autour de personnes que le journaliste cite lui-même. “La
débâcle était prévisible”, commente-t-il, avant d’ajouter, “aujourd’hui, 70 % des mines congolaises sont privatisées”. L’auteur du brûlot note néanmoins qu’il est possible de redresser les choses, vu le fait qu’aujourd’hui, “les congolais dénoncent de plus en plus le bradage de leurs minerais”.

Patrick Ilunga

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