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Comprendre la crise en Ukraine : Les raisons derrière le conflit

Dans notre dernière Edition nous avons posé la mauvaise question de savoir ou ira Vladimir Poutine dans cette crise ukrainienne. C’était une mauvaise question car la bonne question est celle de savoir où n’irait-il pas ? Selon toute vraisemblance la Russie est en voie de reconquête de sa puissance d’antan et estime que ce combat est constitutif de sa nouvelle envergure de grande puissance mondiale qui n’a que Dieu au-dessus d’elle. Pour comprendre les dessous des cartes nous revenons à la récente histoire pour mettre à jour les dossiers enfouis derrière la nouvelle belligérance.

La crise d’Ukraine : Petite piqûre de rappel

L’Ukraine est l’un des plus grands pays d’Europe et pourtant il reste assez méconnu. C’est une ancienne république soviétique, un pays de contraste avec une histoire complexe qui est tiraillé entre des influences occidentale et russe. C’est un pays multilingue, mais on y parle majoritairement l’ukrainien et le russe.

Le pays est surtout associé à l’incident de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Ce que l’on sait moins, c’est que depuis près de 8 ans le pays est le théâtre de la seule guerre active sur le continent européen. Une guerre tout à l’est du pays dans la région du Donbass, dont la situation stagne au point d’être quasiment oubliée aujourd’hui alors qu’elle se déroule seulement à quelques heures de chez nous !

Le Donbass (en jaune) à l’est de l’Ukraine.

L’origine de la crise politique en Ukraine : la révolution de Maïdan

Pour comprendre la crise en Ukraine, il faut remonter aux événements de l’hiver 2013-2014, qu’on appelle « révolution de Maïdan » une référence au nom de la place de l’indépendance à Kiev.

Fin 2013, l’Ukraine était en pleine négociation pour signer un contrat d’association avec l’Union européenne, mais le très autoritaire président de l’époque, Viktor Ianoukovitch, s’y est opposé au dernier moment pour renforcer ses liens avec la Russie de Vladimir Poutine. Une grande déception pour la population.

Au lendemain de cette décisionla place Maïdan est occupée par des manifestants d’univers différents, citoyens, étudiants et opposants politiques. Tous ensemble, ils font face aux charges de policiers et de l’armée pour exiger l’intégration européenne de l’Ukraine, moins de corruption, plus de justice et le départ du président. Une révolution qui fascine le monde entier.

Manifestation sur la place Maïdan de Kiev en 2014.

Les manifestants obtiennent la victoire après presque 3 mois de lutte ! Néanmoins, la protestation a rapidement pris l’allure d’une révolution violente aboutissant à une centaine de morts dans le centre de la capitale.

Le président prend la fuite fin février 2014. La population découvre alors l’ampleur de sa corruption d’état à travers sa sublime résidence qui n’avait jamais été déclarée, il est estimé que Viktor Ianoukovitch et ses complices ont détourné près de 40 milliards de dollars d’argent public en seulement 4 ans de mandat. 

En janvier 2019, au terme d’un procès qui s’est déroulé sans lui, le tribunal de Kiev a condamné l’ancien président ukrainien à treize ans de prison pour « haute trahison ». L’accusation lui reprochait notamment d’avoir fait appel à l’armée russe pour réprimer les manifestations pro européennes.

L’éclatement du conflit 

Pendant que le président prenait la fuite, laissant l’Ukraine sous le choc des révélations, dans le sud Vladimir Poutine en profite pour envoyer ses forces spéciales sans drapeau ni insigne pour saisir la péninsule de Crimée, une opération exécutée en un claquement de doigts.

Sous l’occupation militaire et sans opposition, la Crimée est annexée à la Russie lors d’un référendum contesté. Aujourd’hui, l’annexion est reconnue illégale par plusieurs pays.

Cela ne s’arrête pas là pour le pays. D’autres troubles éclatent dans le Sud-Est du pays notamment à cause de l’appauvrissement, mais aussi en raison de la nostalgie d’une époque soviétique idéalisée, de la propagande Russe et d’une peur irrationnelle de la révolution de Maïdan. Les populations pro-russes descendent à leur tour dans la rue avec l’aide d’unités spéciales russe pour attiser les tensions, exiger la séparation de l’Ukraine et le rattachement à la Russie.

Pour le gouvernement, hors de question de répéter le scénario de Crimée. Dans la région du Donbass, des volontaires pro-ukrainien décident de prendre les armes au côté de l’armée ukrainienne pour les épauler. Les troubles se transforment peu à peu en conflit meurtrier et la guerre réapparaît sur le continent européen.

En 2015, pour calmer le jeu, la France et l’Allemagne ainsi que d’autres puissances occidentales entament un processus de paix en signant des accords à Minsk en Biélorussie. La ligne de front est stabilisée, les négociations de paix stagnent et les conflits cessent de faire les gros titres. Les affrontements se sont calmés, mais, même si on semble l’avoir oublié, la guerre continue.

Les réactions internationales 

La crise d’Ukraine de retour sur le devant de la scène

Au printemps 2021, la fièvre monte avec le déploiement de troupes russes à la frontière ukrainienne. Cela fait beaucoup de bruit dans les médias puisque c’est la plus grande manœuvre militaire depuis le début des conflits en 2014.

Face aux démonstrations de force de la Russie et de son proche allié biélorusse, l’OTAN montre les muscles en renforçant sa présence en Europe de l’Est. Depuis le début de la crise, des milliers de soldats, des chars d’assaut, des navires de guerre et un soutien aérien ont été déployés en Pologne et dans les pays Baltes afin de dissuader la Russie d’envahir l’Ukraine.

En réponse, la Russie condamne ce renforcement des troupes comme responsable de l’escalade des tensions dans la région du Donbass.

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord ou OTAN est une alliance de pays d’Europe et d’Amérique du Nord mise en place au début de la Guerre Froide. Elle établit un lien entre les deux continents et permet aux pays de se consulter et de coopérer dans les secteurs de la défense et de la sécurité, par exemple pour organiser des opérations multinationales de gestion de crise comme c’est le cas ici.

Comprendre la crise en Ukraine : les raisons derrière le conflit

Des intérêts géopolitiques et économiques 

Si Vladimir Poutine est accusé de vouloir envahir son voisin, c’est surtout en raison de son interprétation historique des origines de l’Ukraine. Le pays n’existe en tant qu’État moderne que depuis 1991 après l’éclatement de l’URSS, elle représente une création récente dans l’histoire. Le Président russe ne se prive pas de rappeler qu’elle a été « créée par Lénine » lors des premières années de l’Union soviétique. C’est une manière pour la Russie de nier les spécificités d’un pays qu’elle considère comme artificiel.

L’actuel président ukrainien Volodymyr Zelensky accuse Vladimir Poutine de vouloir tester la résistance des pays occidentaux. Les manœuvres de l’armée russe représentent une tentative d’intimidation et une démonstration de pouvoir. Poutine fait le pari de la complaisance des Occidentaux.

Pour comprendre la crise en Ukraine, il faut aussi tenir compte des intérêts des pays occidentaux. Ils dépendent de l’approvisionnement en gaz naturel et la Russie peut à tout moment décider de couper le robinet qui alimente le continent européen. En 2003, la Russie adopte une « stratégie énergétique » à destination de l’Europeelle s’était fixée pour objectif une production de gaz allant de 680 et 730 milliards de mètres cubes à l’horizon 2020, cela représente 45% de la demande européenne ! 

Zelensky est novice en politique, son expérience se résume à son rôle de président dans une série TV « Serviteur du peuple ». Il joue un professeur d’histoire qui grâce à un financement participatif se retrouve élu président, il incarne le président antisystème contre la corruption. Dans la vie réelle, il a été élu sur la promesse de mettre fin au conflit. Il est co-auteur du scénario de la série à succès, mais le transposer dans la vraie vie, c’est une autre paire de manches.

Un gazoduc au cœur de la discorde ?

La carte des principaux gazoducs en Europe. (ELLEN LOZON / FRANCEINFO)

L’Europe importe son gaz naturel via trois principaux gazoducs, le Yamal-Europe, qui passe par la Biélorussie pour rejoindre l’Allemagne le Brotherhood, qui rejoint l’Allemagne par l’Ukraine ; et le Nord Stream, qui relie la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique.

Dans le conflit avec l’Ukraine, le président russe est accusé de livrer le minimum de gaz par le gazoduc qui passe par Kiev – qui touche des revenus en permettant le transit du gaz par son territoire

Au milieu de cette crise, il y a un nouveau projet de pipeline “Nord Stream 2” évalué à 9 milliards d’euros, qui est censé doubler la capacité de livraison du gaz russe en Europe en passant sous la mer Baltique. Une aubaine pour le Kremlin, mais un cauchemar pour l’Ukraine, les États-Unis et les écologistes ! Au-delà d’un simple tuyau de 1200 km, c’est surtout une arme stratégique dans la politique agressive de Poutine.

Pour freiner son déploiement, les États-Unis avaient appliqué des sanctions économiques envers les entreprises et les États qui collaboraient au projet, l’initiative avait ralenti la construction, mais ne l’a pas interrompue puisque

 le chantier s’est achevé en octobre 2021!

Geopolis hebdo

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