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Conflits inter-ethniques et tribaux en RDC : Le Professeur Gabriel Mbanza plaide pour la refonte de l’État via une approche rétrospective

Les mentalités rétrogrades sont des freins pour notre société, le tribalisme en est son moteur. Il faudrait l’éradiquer. Comme le racisme, le tribalisme fait partie des infirmités les plus répugnantes parmi les diverses laideurs de l’humanité. Cette philosophie semble ancrée le mental des tiers Congolais au regard de la vitesse avec laquelle remonte à la surface des conflits inter ethniques et tribaux surtout, dans le grand Katanga. De ce fait, le Professeur Gabriel Banza Malale, enseignant de droit constitutionnel à l’Université de Lubumbashi (UNILU) et député provincial du Haut-Katanga, a placé, grâce à l’interview accordée à Géopolis Hebdo, le clou sur la planche, tout en plaidant auprès du leadership national la cause du Congo dans sa quête de positionnement comme puissance politique nationale afin d’éviter ces récurrents conflits à caractère tribal. Ci-dessous, l’intégralité de ladite interview.

Géopolis Hebdo (GH) : Professeur Gabriel Banza Malale, Vous êtes de ceux qui ont une approche positive de la tribu et vous n’en faites pas une cause de chute de l’esprit national. Pourquoi ?

Gabriel Banza Malale : Oui. La nation est comme une boule dont les origines se trouvent dans un œuf. En quelque sorte, la nation congolaise est le résultat de l’intégration de plus ou moins 500 tribus. Et ce travail, donnât lieu à la création de ce que l’on appelât : Association Internationale du Congo (A.I.C.). Donc, la nation congolaise n’est nullement pas une affaire naturelle, c’est plutôt une affaire artificielle. Parce que, c’est le résultat scientifique, orthodoxe d’intégration de plusieurs ethnies et plusieurs tribus des droits coutumiers en ce que l’on appelle la puissance politique nationale de droit positif.

GH : Aujourd’hui, où situez-vous la crise ? Au niveau de l’État, de la nation ou du pays ? Sinon, à quel autre niveau ?

Gabriel Banza Malale : Scientifiquement parlant, quand on parle de l’État Congolais, il faut savoir de quel l’État on parle. Parce qu’il y a : L’État ou les États tribunaux des droits coutumiers, par exemple le Royaume Congo, l’empire Bakuba, l’empire Lunda, etc. Et les recherches faites en son temps démontrèrent au travers, du professeur Wacks, que l’État Congolais sur le plan politique fut l’intégration de plus ou moins 500 États ethniques. Quand on se pose la question de savoir à quelle ethnie l’on se trouve, il faut savoir s’il s’agit de l’État ethnique ou s’il s’agit d’un État politique ou de l’État stratégique. En somme, ces trois formes d’État forment une pyramide juridique, de la base au sommet, nous voyons l’État géostratégique et géopolitique. C’est ça la différence même entre les différents peuples qui composent la nation Congolaise, d’où l’opportunité de parler de l’État Congolais ou de la nation Congolaise selon qu’il est composite de plusieurs États ethniques. Ces bases servent d’essence à l’État politique qui lui, trouve sa vie dans son attachement à l’État stratégique. Et l’État politique lui-même sert d’essence à l’État ethnique ou traditionnel. Donc, cette pyramide jusqu’aujourd’hui, le juriste Congolais n’en intègre pas encore à l’étude qu’il fait.

GH : La situation récurrente qui semble couver au Katanga relative à la difficulté de cohabitation entre communautés ne démontre-t-elle pas que nous ignorons historiquement les forces qui ont concouru à la construction de la puissance de l’État congolais ?

Gabriel Banza Malale : L’ignorance tue. La quasi-totalité de ceux qui constituent aujourd’hui la nation Congolaise arrive à démontrer que l’exclusion est un mode de gestion de l’État-nation du Congo pour permettre aux originaires d’être servis aisément et suffisamment par rapport à la jouissance de leur potentialité naturelle. Nous disons, c’est l’ignorance des faits historiques parce que traditionnellement, avant d’accéder au principe d’intégration des uns et des autres dans la nation congolaise, aucune entité traditionnelle n’apportât le bonheur par rapport à la sécurité, à la paix et au développement à son peuple. Il aura fallu que l’ingéniosité scientifique des savants et des génies d’Europe et des États-Unis pour que l’on arrivât cette fois-là à mettre en place un principe d’intégration sur base de la puissance politique nationale congolaise. L’expérience faite de manière empirique démontrât aussi en son temps que la puissance politique nationale n’est pas capable de répondre efficacement aux besoins innombrables par ailleurs, liés à la sécurité des frontières, à la paix sociale et au développement rapide, harmonieux ainsi que systématiquement des populations de la nation Congolaise. D’où, un besoin impérieux se manifestât, celui de mettre dans le besoin d’association au résultat recherché, la participation des puissances industrielles et financières du monde, depuis le créateur du Congo.

GH : Face aux réalités que vous avez exhumé de vos recherches, quel est le degré de maîtrise des réalités sur les pays qui participent à la gouvernance du pays ?

Gabriel Banza Malale : Cette question explicite la deuxième. Là où on se trouve sous la responsabilité de l’État. Pour que le gouvernement assure la bonne gouvernance, il faut savoir que les études menées par des savants, scientifiques ainsi que des génies d’Europe et des États-Unis, pendant 7 ans et 20 jours à Bruxelles, se fondant sur la nature atypique de l’État du Congo, un État qui se veut naturellement indépendant, ne dépendant pas d’un système isolé, ou d’un quelconque autre puissance dans le monde, on le dotât des bases juridiques de sa bonne gouvernance. Et ces bases juridiques furent les suivantes :

  1. Le régime des armes à feu et de munitions c’est-à-dire, le Congo est incompatible avec l’usage des armes et de munitions.
  2. De la zone franche, parce que le Congo est une zone humanitaire, il faut éviter les taxes qui sont de nature à peser sur la vie de sa population. D’où, une seule taxe à l’entrée et une seule à la sortie. Or, aujourd’hui, le Congo est l’un des premiers pays en termes de charge fiscale, ce qui est incompatible avec sa nature.
  3. Le régime de spiritueux, c’est-à-dire les stupéfiants. Le Congo est incompatible avec l’usage des stupéfiants comme les alcools et les chanvres. Or, aujourd’hui, la vie du Congolais se trouve surtout soutenue par ce qui est contraire à son être naturel notamment, la violation systématique du régime auquel il doit se soumettre.
  4. De la séparation du pouvoir. En principe, quand on parle de la séparation du pouvoir ici au Congo, on se réfère depuis 60 au régime instauré et appliqué selon l’école Romano-Germanique notamment, on parle du pouvoir législatif, du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire. Or, chez nous, il faut d’abord le pouvoir traditionnel des droits coutumiers séparé du pouvoir politique. Il faut voir ça dans le décret consacré le 6 octobre 1891.

En d’autres termes la bonne gouvernance chez nous, selon les savants qui eurent réfléchi sur les bases de la bonne gouvernance de l’Etat du Congo, parce qu’il s’agit de l’État qui intègre par définition les droits et obligations de plusieurs natures juridiques différentes. Et alors, tout ça considéré, les traces de ces bases juridiques sont effacées aujourd’hui. Et l’on se trouve devant le tâtonnement qui ne permet pas à l’État tel qu’il est administré depuis 1960 à nos jours, de poser les bases fiables de sa bonne gouvernance. C’est pourquoi, l’Accord global et inclusif de Sun City (Afrique du Sud, 2002) a réfléchi sur toutes les questions qui détruisent depuis 1960 le partenariat entre les 3 États (traditionnel et coutumier, politique de droit positif congolais et de droit stratégique).

Pour aider la RDC de se créer conformément au besoin impérieux de sa propre population depuis 1960, viendra donc la Constitution de 2006, où le devoir de se constituer à une puissance politique nationale fondée réellement sur la démocratie (politique, économie, sociale et culturelle). Cette forme de démocratie est initiée parce que le pouvoir au Congo n’aura été exercé que sur le fond  de coup de force militaire notamment du 24 novembre 1965 (Joseph Désiré Mobutu) et celui de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre (AFDL, le 17 mai 1997) (Mzee Laurent-Désiré Kabila). Pour ce qui de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), son expérience aura échoué pendant la période de la transition dans le début, qui fut le prononcé dans le discours de président Mobutu le 24 avril 1990. Donc, il faut que les Congolais multiplient encore d’efforts pour arriver à des résultats qui soient positifs.

GH : Quels conseils pouvez-vous donner au leadership ?

Gabriel Banza Malale : Le conseil que nous voulons donner au leadership est simple. C’est celui de la refonte de l’État du Congo. L’État doit exiger à l’université Congolaise de connaître les origines du Congo, ce qu’exige l’approche rétrospective que Mobutu a initié pour parler de l’authenticité du Congo. Mais malheureusement, celui-ci n’a pas été soutenu par l’université parce que celle-ci portait les germes scientifiques de la politique coloniale Belge.

Il faut par la refonte du Congo, prendre tout ce qui est positif avant 1960, et tout ce qui est positif après 1960 pour les mettre à l’actif de l’administration du Congo de demain. Nous sommes dans une période de mutation politique qui date du 12 mars 1990 au 31 décembre 2011, une mutation qui devait ouvrir la porte à la consécration d’un nouveau partenariat entre la nation congolaise et les puissances privées du monde. Que le Congo se prononce lui-même en se constituant comme une puissance politique nationale par l’intégration des groupes ethniques et tribus en un seul État. Cela, empêchera au pouvoir politique privé du monde à venir apporter leurs capitaux pour éviter de les perdre à cause des guerres à caractère tribal et ethnique qui caractérisent le comportement politique national congolais. Le souci pour nous est de conseiller le leadership congolais à devoir comprendre exactement ce qu’exige le constituant de 2006, où il est stipulé qu’il faut construire un Etat de droit qui révèle le souci de concilier la composante politique et la composante stratégique. Que ce pouvoir soit établi non par la voie de force mais de démocratie.

Propos recueillis par Enock Issey

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