Culture

Culture, violence et politique : Fally Ipupa, Un concert à plusieurs variables

L’artiste chanteur Fally Ipupa a réussi à tenir son concert le 28 février dernier dans l’ex Bercy en France. L’ex protégé de Koffi Olomide a peut-être définitivement mis fin au calvaire qu’ont vécu les musiciens Congolais en Europe. Depuis un peu plus de dix ans, les chanteurs Congolais se voit interdits de se produire dans les salles Européennes par leurs propres compatriotes établis sur le vieux Continent. Alors que le chanteur n’est pas connu pour ses accointances avec le monde politique, la diaspora Congolaise lui reproche sa proximité (Supposée ?) avec le pouvoir politique en RDC. Depuis plus de dix ans, les Congolais de l’étranger (France, Belgique, Angleterre) ont fait voir de toutes les couleurs aux musiciens de la RDC sous prétexte que ceux-ci privilégient la fête, laissant la RDC couler avec une classe politique qui a « vendu » le pays. Passage à tabac, injures, humiliations, les combattants n’ont reculé devant rien. Le Concert réussi de « Dicaprio », marque peut-être un tournant dans le rapport de force entre musiciens et la diaspora. Ce concert marque peut-être une symbolique et une leçon : la violence mène à la déchéance et la musique ne fait pas bon ménage avec la politique politicienne. Retour sur une histoire mouvementée d’une liaison dangereuse entre la musique, la politique et la violence.

Voici comment la violence et la politique se sont invitées dans la musique

Depuis des lustres, la République Démocratique du Congo, ou le Zaïre à l’époque, a toujours brillé par sa culture. Plus que les écrivains, les footballeurs ou les sculpteurs de talent, ce sont les chanteurs qui étaient incontestablement les véritables porte-étendards d’un pays dont l’image a souvent été ternie par la vie politique en dents de scie et à rebondissements multiples. L’influence de l’art et la culture « made in Congo » avait toujours dépassé les limites des frontières nationales. « Congo terre de la chanson » a vu naitre et monter des artistes comme Kabasele Tshamala, Docteur Nico, Lwambo Makiadi, Lutumba Simaro, Papa Wemba, Abeti Masikini etc. Les orchestres comme les African Jazz ; African Fiesta ou le Ok Jazz avaient su exporter la culture Congolaise, et même le lingala était fièrement utilisé dans plusieurs chansons africaines des années 1980. Les années fin 1990 étaient celles de la grande époque de la musique Congolaise où « le Ndombolo », monopolisait les hauts de classements des hits à travers toute l’Afrique. Les artistes Congolais écrasaient la concurrence africaine dans les salles parisiennes. Les Koffi Olomide, Werrason, Papa Wemba, JB Mpiana avaient alors remis au goût du jour et rappelé au bon souvenir le triomphant concert de Tabu Ley Rochereau à Olympia.

Puis, est venu le moment du déclin du Maréchal Mobutu qui correspond avec l’arrivée de l’Alliance Des Forces Démocratique Pour la Libération. En réalité, les « libérateurs » avaient fait naitre un tel espoir de renouveau du Congo que l’enthousiasme des uns et des autres s’étaient cristallisé dans la chanson : c’était l’époque des chansons « patriotiques ». Les Chanteurs ou musiciens devenaient porteur d’une flamme de l’espoir d’un Congo nouveau. Ce mouvement d’enthousiasme généralisé avait suscité des chansons telles que, « mwana Mpwo » connue sous le nom de « franc Congolais » ; « To Kufa pona Ekolo » ; « Débat National ». En 1998, des artistes ont appelé à la mobilisation générale à travers les « Méga Concert » et « Giga Concert ». Dès cette époque, il y a eu une sorte de jonction entre la chose politique et la chanson. Cette série des chansons patriotiques s’est en quelque clôturée par la chanson « Adieu », lancée pour rendre hommage au Président Laurent Désiré Kabila, assassiné en janvier 2001.

La disparition du Mzée, avait emporté avec elle tout l’espoir né à la faveur de la « révolution de mai 1997 ». Retour sur terre. Voici venu le temps de la grande désillusion.

Les années qui suivent la mort de Laurent Désiré Kabila sont alors caractérisées par un grand désintéressement des jeunes à tout ce qui est politique. Les hommes politiques n’ont pas su donner satisfaction aux attentes des populations. Les Congolais trouvent alors consolations auprès des chanteurs et musiciens qui eux, réussissent à leur donner le sourire. Entre les artistes musiciens et leurs fans, c’est la lune de miel. La passion est tellement à son comble que chaque jeune Congolais devait appartenir, soit à la « 3ème génération », soit à la 4ème génération » des musiciens. C’est l’époque où les observateurs ont vu apparaitre la violence et l’intolérance. Mais, malgré, ces germes de violence, les musiciens ont toujours la côte auprès du public qui de plus en plus manifeste peu d’intérêts aux questions politiques.
Doublant d’efforts, les hommes politiques ont su trouver une parade pour atteindre les populations, lassées des grenouillages politiciens. Nous sommes à peu près en 2005. La politique reprend des forces à la faveur du vote par référendum de la constitution, la campagne électorale pour les élections de 2006. Les hommes politiques vont encore courtiser les artistes musiciens. C’est l’époque des chansons à la gloire des politiciens pour leur campagne électorale.
L’espoir d’un Congo, locomotive de toute l’Afrique n’est alors qu’une lointaine chimère. Seules les images négatives circulent alors dans les médias, surtout les médias occidentaux. On voit alors Un Congo des viols, des exactions de l’Est. Les images d’un Congo qui peine à se remettre des multiples guerres font le tour du monde. Et chacun au Congo et à l’étranger tient pour responsable de cette descente aux enfers, les hommes politiques, surtout ceux qui sont au pouvoir. Alors, les familles des Congolais, à l’étranger, ne s’expliquent pas pourquoi ces mêmes hommes politiques peuvent être « glorifiés » par les chanteurs du pays. Les Congolais de France, Angleterre et Belgique vont alors imposer une sorte d’embargo aux chanteurs du pays, considérés comme s’étant vendus à « l’ennemi ».
Ces Congolais mécontents vont user et abuser des méthodes peu démocratiques. Tout était bon pour punir les chanteurs, à qui on reprochait aussi de « faire la fête alors que la maison brûlait ». « Les combattant » ont appliqué la violence portant l’opprobre à ce qui faisait briller le pays. Plus de dix ans, ces combattants ont imposé leur loi.

Alors que plusieurs pensaient que le mouvement de violence allait s’estomper avec l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi à la tête du pays, rien n’y fait. L’opposant de toujours est maintenant accusé de s’être compromis. Il est considéré aussi comme le symbole de la continuité par les pourfendeurs établis en Europe. Avec le concert réussi de l’artiste Fally Ipupa, peut-être que la musique et la culture vont reprendre leur droit dans les salles Européennes.

Patrick Ilunga

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