Santé

Ebola pour la 15 ème fois : Pourquoi cette maladie est devenue endémique en RDC?

Les autorités sanitaires de la République démocratique du Congo (RDC) ont déclaré lundi une résurgence d’Ebola, après la confirmation d’un cas dans la province du Nord-Kivu, dans l’Est du pays.

Une femme de 46 ans est décédée le 15 août 2022 à Beni, une ville située dans le Nord-Kivu. Elle a été soignée à l’hôpital général de référence de Beni, initialement pour d’autres affections, mais a ensuite présenté des symptômes de la maladie à virus Ebola.

Les branches de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) situées à Beni et à Goma ont confirmé la présence du virus Ebola dans les échantillons prélevés sur la patiente. Les analyses ont montré que le cas était génétiquement lié à l’épidémie d’Ebola de 2018-2020 survenue dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, la pire épidémie de l’histoire avec 2232 morts. Le taux de létalité de cette épidémie était de 66%.

“Les résurgences d’Ebola se produisent plus fréquemment en RDC, ce qui est préoccupant. Cependant, les autorités sanitaires du Nord-Kivu ont réussi à stopper plusieurs flambées d’Ebola et, en s’appuyant sur cette expertise, il ne fait aucun doute que celle-ci sera rapidement maîtrisée”, a déclaré la Dr Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Afrique.

C’est la 15 ème fois de l’histoire que la RDC connaît la maladie d’Ebola depuis 1976, année de sa découverte au Nord-ouest du Congo. La RDC a déclaré la fin de la 14 ème épidémie d’Ebola dans la province d’Équateur, au Nord-ouest, début juillet de cette année, avec 5 morts.

“Le personnel de l’OMS et les autorités sanitaires de la RDC s’efforcent d’endiguer la propagation de la maladie, ayant identifié 160 contacts dont la santé est étroitement surveillée. Des enquêtes sont en cours pour déterminer le statut vaccinal du cas confirmé. La RDC dispose de 1000 doses de vaccins ERVEBO contre le virus Ebola, dont 200 seront envoyées à Beni cette semaine. La vaccination en anneau, qui consiste à vacciner les contacts et les contacts des contacts afin de freiner la propagation du virus et de protéger des vies, devrait commencer prochainement”, a dit l’OMS RDC.

Le docteur Aaron Aruna, Directeur de surveillance épidémiologique en RDC a déclaré, il y a quelques semaines à nos reporters, que le fait que les équipes du ministère de la santé et de l’OMS se sont pris à temps pour contrer cette épidémie a été efficace pour empêcher une propagation à grande échelle de la fièvre hémorragique. “Avoir un personnel antérieurement formé a été un atout”, a dit le Docteur Aruna.

Les facteurs environnementaux peuvent intervenir dans l’apparition de cette maladie. Parmi ces facteurs, il y a cette pression démographique de l’homme sur l’environnement. Il y a quelques années, il y avait des zones protégées, mais avec l’exploitation de ces zones, maintenant l’homme est en contact avec la faune sauvage, principal terreau des virus. L’interaction devient forte entre l’homme et le monde animal”.

Le médecin en chef dans la surveillance épidémiologique explique que le virus est charrié par les chauves-souris et les primates dans des zones de forêts denses. Cette raison explique pourquoi l’épidémie ne s’est jamais développé avec la même mortalité dans des zones urbaines, comme à Kinshasa. La capitale congolaise est à plus de  1000 kilomètres de la zone rouge où la maladie a éclaté.

Selon certains experts de cette maladie, Ebola est certes potentiellement mortelle, mais une bonne connaissance des moyens de prévention peut aider à mieux la maîtriser. Le virus d’Ebola serait dix fois moins contagieux que la rougeole ou le choléra et ne se transmet pas dans l’air, ni dans l’eau. Il est fragile et meurt à l’air libre. Ce virus se transmet via un contact corporel à travers les fluides (sueur sang déjections, salives etc) corporels d’un malade.

Au centre de surveillance épidémiologique, on précise néanmoins que le virus existe dans la nature. Et que la seule façon de s’en protéger est la prévention par le biais de la vaccination, le lavage des mains, éviter le contact physique, surtout en isolant les malades. C’est cette technique qui avait été utilisée par le médecin français Gilberta Raffier, le Belge Jean-François Ruppol, docteur congolais Ngoy Mushola et l’epidemiologiste congolais Jean-Jacques Muyembe pour enrayer cette maladie lorsqu’elle apparut pour la première fois à Yambuku, à 1000 kilomètres de Kinshasa, dans la province de l’Equateur entre septembre et octobre 1976. Cette première épidémie d’Ebola avait tué 300 personnes.

Sans savoir de quelle maladie il s’agissait en pleine zone forestière au fond du Congo, appelé alors Zaïre, les docteurs Gilbert Raffier et Jean-François Ruppol avaient néanmoins ramené des prélèvements. Ces échantillons qui avaient été envoyées à Atlanta et à Anvers, en Belgique, permettront d’identifier l’un des virus les plus redoutés. Ils l’ont baptisé Ebola, du nom d’une rivière de Yambuku dans la province de l’Equateur.

Près de 50 ans après sa découverte, Ebola continue à faire ravages. Le virus a été découvert aussi en Guinée Conakry, en Sierra Leone, au Liberia ou au Gabon, mais la RDC semble être encore l’épicentre de cette terrible maladie.

En dépit des prévenances des experts, le contact entre les congolais et la viande de brousse s’intensifie. Certains congolais aiment particulièrement consommer les singes et même les chauves-souris sauvages.

Patrick Ilunga

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