Culture

Éditorial : Mobutu, 25 ans après, que reste-t-il du Maréchal ?

Ce 7 septembre 2022, le maréchal Joseph Désiré Mobutu totalise 25 ans depuis qu’il a rendu son dernier soupir.

L’homme qui a régné à la tête de l’ex Zaïre pendant presque 32 ans, repose depuis

un quart de siècle dans un modeste tombeau en forme de chapelle au cimetière européen de Rabat, réservé aux non-musulmans. Un sépulture avec comme signe pour identifier le défunt qui s’y couche, trois lettres : MSS (Mobutu Sese Seko), les initiales de l’ancien président.

Un quart de siècle après sa mort, que reste-t-il du Maréchal ? Politiquement, pas grand monde n’ose se réclamer de l’ancien président. Le parti MPR (Mouvement populaire de la révolution) ? Il n’est presque plus visible. Le parti Union de démocrates Mobutistes (UDEMO) créé par son fils biologique Nzanga Mobutu, existe certes, mais l’image de Mobutu, souvent associée (à tort ou à raison) à la dictature, à la mauvaise gestion du pays et sa déchéance, n’est assumée par personne aujourd’hui. En privé, à peine si un acteur politique peut se revendiquer de l’ex-président. Même les très proches de l’ancien dirigeant ne parlent qu’à demi mots de son héritage politique, arguant qu’il y a eu des erreurs collectives sous le règne du Maréchal.

L’ancien chef de l’État est-il encore “l’homme seul”, comme l’avait dépeint un journaliste en 1962 , 25 ans après sa disparition ?

Il est vrai que l’ancien homme fort n’est plus aussi honni comme il l’avait été au lendemain de son éviction. D’ailleurs, l’évocation de son nom soulève chez plusieurs de ses compatriotes aujourd’hui, une douce nostalgie, un sentiment de regrets devant la flopée des désillusions qui se sont enchaînées ces 25 dernières années. De Mobutu Sese Seko, une partie des Congolais se rappellent d’un chef charismatique sous la houlette duquel le Congo (Zaïre à l’époque) ressentait une fierté. L’autre aspect de l’héritage de Mobutu est le sentiment qu’ont toujours éprouvé les congolais d’appartenir à une grande nation, celle qui n’est pas comme n’importe quelle nation et qui doit demeurer une et indivisible, quoi qu’il arrive. Ça, c’est la réussite posthume et le plus grand leg du Mwana Wa Yemo.

L’homme à fort caractère et qui cultivait le culte de la personnalité et du chef, a néanmoins transmis ces traits aux congolais. On lui doit le fameux Djalelo, ce griotisme à la congolaise qui a traversé des époques et qui a encore la peau dure aujourd’hui. Il a légué au Congo une sorte de démocratie à double face : d’un côté, un multipartisme anarchique et d’un autre, la tendance, de manière générale, pour la société congolaise à réprimer les voix dissidentes, même dans des organisations à priori démocratiques. Une schizophrénie largement développée par les partis politiques Congolais : certains prônent la démocratie, mais sont dirigés de manière très peu démocratique. Le maréchal revendiquait à haute voix “le droit à être différent des autres”. C’est seulement à contrecoeur qu’il a laissé germer même ce semblant de démocratie des années 1990. Il n’a jamais aimé l’opposition au chef, et il ne s’en cachait presque pas. “Le système occidental prône le choc des idées. Nous, nous nous mettons ensemble, nous discutons, nous cherchons la paix et la concorde”, disait-il.

Amoureux des lettres, il accompagnait sa pensée par une citation de Sédar Senghor : “On ne veut pas d’un monde d’opposition, on veut la juxtaposition”. Tout Mobutu est là. Il était toujours capable de retourner une opposition farouche, diviser les opposants, s’attacher les services des pourfendeurs d’hier. Ça, aussi c’est un héritage qui a survécu au maréchal.

L’ancien homme fort, mort à seulement 66 ans, traîne un lourd passif derrière lui, surtout lorsque vous entendez parler de lui, certaines personnes, toutes nationalités confondues. Mais peut-être qu’il ne faut pas en rajouter dans ces lignes. Après tout, nous appartenons à cette culture qui ne se donne pas le luxe de parler en mal de ceux qui se couchent pour l’éternité…

Patrick Ilunga

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