Editorial

Éditorial : Monusco, l’ineffable !

On se croirait dans un film de fiction. Voir une force censée ramener la paix, forcer les barrières d’un poste frontalier, pénétrer un pays, tirer et tuer des gens non armés… Et pourtant c’est la réalité. Et dans le communiqué de presse où Bintou Keita représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies en RDC reconnaît les faits, la chef de la Monusco parle des militaires de la Monusco “de retour de congé” ! Incroyable. Comme ça, ces soldats partent en congé avec leurs fourgons, chars et blindés ! Incroyable !

Au vu des évènements qui se sont succédés, on peut dire que la Monusco a affiché au grand jour son incapacité à ramener la paix en RDC. Elle a touché le fond, au point que certains congolais se demandent si la mission onusienne au Congo ne peut pas être comptée comme un groupe armé, au même titre que certaines forces négatives. 3 Congolais ont perdu la vie dimanche à Kasindi, fauchés par les balles des soldats de la Brigade d’intervention de la Monusco. En moins d’une semaine, 32 congolais et 4 membres de la Monusco sont morts dans les manifestations violentes pour exiger le départ du Congo de cette mission.

Pour les morts de l’ancien MONUC, Khassim Diagne, représentant adjoint du secrétaire général des Nations unies en RDC, s’est empressé de condamner “les assaillants” qui ont attenté à la vie du personnel de la Monusco (ce qui est tout aussi condamnable). En même temps, Khassim Diagne n’a pas condamné les forces de la Monusco pour la mort des manifestants. Ensemble avec les autorités congolaises, Diagne a affirmé que seules les enquêtes établiront la responsabilité dans la mort des manifestants.

Pour réfuter la responsabilité des soldats de la Monusco dans la répression sanglante qui a coûté la vie aux protestataires, ce haut cadre de la Mission onusienne en RDC a déclaré : “Nous sommes les Nations unies, nous ne pouvons pas tirer sur des civils”. La vidéo montrant les soldats de la Monusco pénétrant le Congo par effraction et le fait que Bintou Keita ait reconnu l’acte fatal des militaires de la Monusco, doivent être une terrible évidence pour Khassim Diagne.

Pour les morts des civils à Uvira, dans les mêmes manifestations anti-Monusco, il s’agirait d’un tir des soldats de la paix dans un câble électrique qui a sauté et a ensuite électrocuté les protestataires, selon la version officielle.

Pendant ce temps, Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU a mis en garde :”toute attaque contre les soldats de la paix de l’ONU peut constituer un crime de guerre”.
Que dire maintenant de la fusillade de ces mêmes soldats de la paix sur des congolais à Kasindi ?
Évidemment, les autorités ont annoncé des “enquêtes” qui ont “déjà commencé”, pour identifier les auteurs des tirs depuis les débuts des manifestations. Il faut espérer que l’enquête ne s’enlise pas, qu’elle livre ses conclusions et que les coupables soient réellement punis.

Il y près d’un mois, une autre enquête a été ouverte sur la fusillade par “inadvertance” de deux soldats (congolais et ougandais au Nord-Kivu) par un soldat de l’armée Ougandaise. Près de 30 jours après, on ne sait pas ce que les enquêtes ont dit. L’attention de tous est happée par l’instant présent, qui risque aussi d’être zappé si jamais un autre événement à forte charge émotionnelle venait à se produire. Ainsi va le Congo.

Patrick Ilunga

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