Economie

En dépit des turbulences et soubresauts de l’économie mondiale : la RDC devient de plus en plus attractive et une destination privilégiée des investissements

La République Démocratique du Congo (RDC), forte de son expérience dans la mise en place des stratégies pour juguler les différentes crises économiques, a mis en place un arsenal juridique des réformes pour améliorer le climat des affaires et attirer de plus en plus les investissements tant directs étrangers (IDE) que des nationaux. Les tendances en termes d’attractivité tant des IDE que des investissements locaux montrent que la RDC est sur la bonne direction en dépit des turbulences et soubresauts de l’économie mondiale. Le rôle de l’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements (ANAPI) dans la relève de la pente à travers des activités de promotion est indéniable malgré les contraintes financières. Les chiffres, ci-dessus, susmentionnés révèlent que, malgré situation de la pandémie de Covid-19 qui a secoué les économies de tous les pays du monde, y ajouter les conflits entre la Russie et l’Ukraine, la RDC devient de plus en plus attractive et une destination des investissements comme le montre le nombre et le volume croissant des IDE, allant jusqu’à 120% d’accroissement pour le volume, entre 2021 et 2022 en dépit des déséquilibres sectoriels et provinciaux.

Par Dieudonné Buanali

INTRODUCTION

La RDC a opté pour une économie de marché dans lequel, le secteur privé est le principal moteur de la croissance.

L’investissement privé est une condition préalable indispensable à la croissance économique. Au sein des pays en développement, des pays émergents comme dans les économies en transition, l’investissement constitue une source importante de croissance des revenus, de création d’emplois, de transfert de technologies et de modernisation de l’outil de production.

Fixer un cadre réglementaire approprié pour l’investissement a toujours été une    préoccupation    fondamentale    des    responsables    des    politiques    relatives    à    l’investissement.

Le Code des Investissements de 2002, est un outil qui est né d’une part de l’absence de philosophie du Code de 1986 et de l’autre part d’une des recommandations  du Comité préparatoire de la Conférence internationale sur le financement du développement lors de la quatrième session qui a eu lieu au Mexique à Monterrey du
14 au 25 janvier 2002 à savoir : « mettre en place un cadre juridique favorable aux investissements, lequel est indispensable pour mobiliser les ressources nationales, accroître la productivité, réduire la fuite des capitaux, stimuler le secteur privé et attirer l’investissement étranger et l’aide internationale et les employer à bon escient »[1].

La République Démocratique du Congo forte de son expérience dans la mise en place des stratégies pour juguler les différentes crises économiques, elle a mis en place un arsenal juridique des réformes pour améliorer le climat des affaires et attirer de plus en plus en les investissements tant direct étranger que des nationaux.

Cet article met en exergue les informations relatives aux projets agréés au Code des Investissements pour la période allant de 2020 à 2022.

Les projets d’investissements agréés sont ici présentés selon leurs secteurs d’activités (Services, Industrie, Agriculture et Exploitation forestière et Infrastructures),  leurs sous-secteurs (branches) ainsi que  selon l’origine de leurs capitaux (Investissements Directs Etrangers et Investissements nationaux). Les données présentées, de source primaire,  sont issues des activités quotidiennes de l’Agence.

  1. ANALYSE DE LA SITUATION DES PROJETS D’INVESTISSEMENT AGREES
  1. Situation générale des décisions d’investissement

La période sous examen  a vu l’agrément de  278 projets aux avantages du Code des Investissements. Il sied de relever que  quand bien même les données de l’année 2022 son partielle, elle a enregistré 43% des projets agréés de la période avec un volume de décision d’investissement au mois d’octobre de 44% du total de la période représentant 4 054 255 906 USD.

Cette performance est consécutive à différentes stratégies de promotion des opportunités d’investissement et de l’image positive du pays malgré les difficultés d’ordre sécuritaire à l’Est auxquelles le gouvernement fait face.

De l’analyse de la période, l’année 2019 détient le volume d’investissement le plus bas de la période, soit 1,05 milliard USD.  Ce faible niveau se justifie par deux faits majeurs à savoir : (i) L’observation, par les investisseurs, de l’évolution de l’environnement politique issu de la première passation civilisée du pouvoir dans le pays où il y a eu un Président de la République sortant et un autre entrant. (ii) Le début de la première vague du Coronavirus et ses conséquences.

L’année suivante a connu une embellie à la suite des différentes mesures mises en place pour résorber les effets de la crise liée à la Pandémie de Covid-19 notamment dans l’amélioration du climat des affaires, particulièrement dans domaine des finances publiques avec la baisse ou la suppression de certaines taxe , celles-ci ont  permis à ce volume de rebondir à 2,49 milliards en 2020, passer à 2,67 milliards en 2021 et culminer en début du dernier trimestre de l’année 2022 à 4,05 milliards de dollars américains .

Tableau 1 : Evolution du volume d’investissement de 2019 à 2022

Année Nombre de projets Coût d’Investissement

(USD)

Emplois à créer
2019 62 1 051 104 753 6 082
2020 59 2 498 898 433 6 851
2021 64 2 672 941 535 6 908
2022 (en cours) 93 4 054 255 906 7 859
Total 278 10 277 200 627 27 700

Source : ANAPI/Direction des Agréments, octobre 2022

Il sied de souligner également le caractère résilient de l’économie congolaise qui, après avoir subi les perturbations liées successivement à la Pandémie de Covid-19 et au conflit russo-ukrainien, a maintenu une bonne trajectoire de croissance. En effet, alors que la croissance prévisionnelle était de 5,7%, le taux réel s’élève à 6,2% en 2021, surclassant celui de la sous-région d’Afrique Subsaharienne qui a enregistré un taux réel de 4,1% pour la même année. La contribution du secteur non-minier à ladite croissance est de 3,2% contre 3% du secteur minier, traduisant ainsi les efforts fournis par le gouvernement dans la diversification de l’économie du pays.

  1. Décisions d’investissement par secteur d’activités

Le Code des Investissements distingue 4 secteurs d’activités qui regroupent chacune en son sein des sous-secteurs. Pour le besoin de l’analyse, les résultats de la période sous analyse révèlent les éléments suivants : (i) le secteur de Services, avec ses 137 projets se classe premier sur la période, avec 5,19 milliards USD, suivi de (ii) l’Industrie avec 128 projets, pour un volume de 3,45 milliards USD. Ces deux secteurs demeurent dans le même ordre en ce qui concerne la création d’emplois directs avec 14 730 et 10 255 respectivement

.  Volume d’investissement par secteur en USD

Source : ANAPI/Direction des Agréments, Octobre 2022

Cependant, en 2022[2], le secteur de l’Industrie est en tête avec 1,7 milliard USD suivi de celui des infrastructures avec 1,27 milliard USD puis (iii) les Services avec 1,09 milliards USD. Cette performance exceptionnelle du secteur des infrastructures est attribuée à l’agrément d’un projet d’utilité publique, relatif à la construction de 1038 Km de route dans la Province du Sud-Ubangi, pour un coût d’investissement estimé à 1,19 milliards USD.

Les secteurs de l’industrie et des infrastructures ont franchi chacun en 2022, la barre de 1 milliard USD de décision d’investissement.

Paradoxalement à cette évolution, le secteur de l’Agriculture toujours  à la traîne avec 2 projets pour un volume d’investissement de 18 940 276 USD et 140 emplois à pourvoir pour toute la période sous examen. Il faut redoubler plusieurs efforts pour attirer plus d’investissements dans ce secteur qui est l’une des priorités du Gouvernement.

A cet effet, il sied de rappeler que des réformes dans le secteur de l’Agriculture à l’instar du Décret n°13/049 du 06/10/2014 portant régime fiscal applicable aux entreprises éligibles au Partenariat Stratégique sur la chaîne de valeur et du Code Agricole (loi n°11/022 du 24 décembre 2011 portant principes fondamentaux relatifs à l’agriculture), ont été mise en place pour accroître les opportunités d’investissement dans ce secteur., Ces mesures vont de la production à la commercialisation afin de créer une chaîne de valeur compétitive au niveau de la sous-région.

Avec son potentiel agronomique exceptionnel et une superficie de terres agricoles inégalée en Afrique, la RDC est à même de nourrir 2 milliards de personne. La RD Congo dispose de plus de 80 millions de terres arables dont moins de 10% sont actuellement exploités. Le gouvernement s’attèle à relancer ce secteur grâce à des actions de désenclavement des viviers agricoles. En effet, la construction et  la réhabilitation des routes de dessertes agricoles permettront d’acheminer la production vers les centres de consommation.

Cette épineuse question est prise en compte (i) dans un volet de mise en œuvre du Programme de Développement Local de 145 territoires qui favorise le développement des infrastructures dans les provinces et l’interconnexion de ces dernières. Mais aussi, (ii) dans  le Plan Directeur d’Industrialisation qui permettra la création d’une véritable chaîne de valeur, nécessaire pour aboutir à une diversification de l’économie congolaise. Il conviendrait de réaliser  une bonne allocation des ressources budgétaires afin de soutenir les différents programmes sectoriels.

  1. Décisions d’investissement suivant l’origine des capitaux

Au cours de cette période, un volume d’investissement d’environ 10,23 milliards a été réalisé avec 4,05 milliards pour la seule année 2022, dont 3,53 milliards USD d’IDE et 522,64 millions d’investissements nationaux. Il se dégage ainsi une tendance particulièrement positive pour l’année 2022, soit un accroissement de 51,68% par rapport à l’année précédente.  Ainsi pour la période 2019-2022, l’on enregistre 7,88 milliards d’IDE et 2,40 milliards des investissements nationaux, soit respectivement 76,65 % et 23,35% dudit volume. En termes de nombre de projets et d’emplois à potentiels, les IDE demeurent en tête avec 144 projets et 16 006  emplois à pourvoir.

Evolution des décisions d’investissement selon l’origine des capitaux

Source : ANAPI/Direction des Agréments, Octobre 2022

La stabilité du cadre macro-économique du pays, couplée à la bonne performance de l’économie, a constitué un élément d’attrait non négligeable pour les IDE. L’année 2022 encore en cours, enregistre déjà un accroissement de 120% en termes de volume d’IDE attirés. Il s’agit d’une performance non négligeable car pour la première fois depuis 2019, le volume des IDE longtemps resté en-deçà de 2 milliards, ont atteint 3,53 milliards. Ces tendances sont confirmées par la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED), qui  ressort une évolution positive du flux entrant des IDE en RDC passant de près de 1,65 milliard USD en 2020, à 1,87 milliard USD en 2021. Au regard des principaux facteurs servant à déterminer la capacité d’un pays à attirer l’IDE, au nombre desquels figurent : (i) la taille des marchés et les perspectives de croissance ;(ii) le cadre réglementaire et le cadre d’action ; (iii) le capital de ressources humaines et naturelles ; (iv) les infrastructures matérielles, financières et technologiques ; et (v) l’ouverture aux échanges internationaux et l’accès aux marchés mondiaux. A ces éléments, on doit reconnaître les efforts entrepris par le gouvernement pour améliorer l’image de notre pays en le rendant fréquentable et attractif.

  1. Décisions d’investissement selon les Provinces

La répartition des décisions d’investissements sur le territoire national  est disparate. En effet, en termes de volume, les Provinces de Kinshasa, du Lualaba, du Haut-Katanga et du Sud-Ubangi ont été celles qui ont enregistrés les chiffres les plus importants dépassants 1 milliard USD. Il convient de signaler qu’il y a certains projets d’investissement qui sont interprovinciaux  et occupe la deuxième position en termes de nombre (44) mais en tête pour ce qui concerne les emplois potentiels, 8 341 emplois et le volume 3,23 milliards USD.

. Volume de décisions d’investissement par province (en USD)

Source : ANAPI/Direction des Agréments, Octobre 2022

D’une façon globale, sur les 26 Provinces du pays, il y a 19 Provinces qui ont vu les investissements se réaliser dans leurs espaces mais de manière disproportionnée. Il existe des Provinces telles que le Kasaï Central, le Maï-Ndombe, le Bas-Uélé, le Kwango, le Haut-Lomami, la Lomami n’ont enregistré aucun projet dans leurs espaces. Les efforts de promotion devront être multipliés pour attirer les investissements dans ces coins de la République en vue de contribuer à la création de richesse et d’emploi.

Les décisions d’investissement se sont concentrées  essentiellement vers les provinces qui présentent un minimum d’infrastructures et d’intégration d’activités. Ainsi, pour permettre à toutes les provinces d’avoir une base sur laquelle reposeront les investissements, il faudrait mettre en exécution le Programme de Développement Local des 145 territoires.

. Nombre de décisions d’investissement par province

Source : ANAPI/Direction des Agréments, Octobre 2022

  1. CONCLUSION

Les tendances en termes d’attractivité tant des IDE que des investissements locaux montrent que la République Démocratique du Congo est sur la bonne direction en dépit des turbulences et soubresauts de l’économie mondiale. Le rôle de l’ANAPI dans la relève de la pente à travers des activités de promotion est indéniable malgré les contraintes financières.

Les chiffres susmentionnés,  révèlent que, malgré situation de la pandémie de Covid-19 qui a secoué les économies de tous les pays du monde, y ajouter les conflits entre la Russie et l’Ukraine, la RD Congo devient de plus en plus attractif et une destination des investissements comme le montre le nombre et le volume croissant des IDE, allant jusqu’à 120% d’accroissement pour le volume, entre 2021 et 2022 en dépit des déséquilibres sectoriels et provinciaux.

Bien que cette l’évolution est positive le Gouvernement devra davantage fournir des efforts dans la poursuite des réformes économiques et des dispositifs juridiques en vue de rendre la RD Congo véritablement une destination privilégiée des investissements au centre de l’Afrique et au regard de ses énormes potentialités.

Pour ce faire, cela nécessite l’allocation des ressources importantes pour des actions de promotion d’envergure à travers des secteurs prioritaires en vue de la diversification de l’économie nationale.

Certaines Provinces à l’instar de l’Equateur, du Kasaï-oriental, du Sud-Ubangi, du Haut-Uélé et dl’Ituri, redeviennent propices à recevoir des projets d’investissement. A cet effet, plus d’efforts devraient être fournis pour permettre à ces Provinces d’attirer des Investissements afin d’assurer leur viabilité économique et l’épanouissement des populations. Les autorités de ces Entités Décentralisées sont encouragées à identifier les projets ayant le besoin de financement pour des actions de promotion appropriées.

Ainsi, dans  une perspective optimiste, il porte à croire que les réformes entreprises, associées à la mise en œuvre du Programme de Développement Local de 145 territoires, le Plan Directeur d’Industrialisation et d’autres programmes sectoriels, constitueront, une fois réalisés, un catalyseur économique favorisant une intégration interprovinciale, un accroissement du marché intérieur et l’existence d’un support minimum en infrastructures pour attirer plus d’investissements et hisser le pays parmi les meilleures économies du Continent.

Nations Unies : Rapport de la Conférence internationale sur le financement du développement, Monterrey (Mexique), 18-22 mars 2002

Sur base des données recueillies à fin septembre 2022

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