Politique

EN ROUTE VERS LA PRESIDENTIELLE 2023 : Politoscopie en temps réel

 Dans notre dernière édition (Cfr. Géopolis Hebdo n° 1296 du mercredi 22 mars 2022), nous avions ouvert une série d’articles en rapport avec l’ambition présidentielle qui reste la plus forte expérience qu’un peuple peut vivre avec l’un de ses concitoyens qui aspire à le diriger. Il n’est pas non plus donné au premier quidam de venir s’imposer comme le futur et principal leader de son peuple sans qu’il y ait traçabilité de cette ambition dans son histoire. Pour éviter de donner la parole aux charlatans politiques, issus d’une génération spontanée, produits d’une législation laxiste, nous avons convenu avec les forces de notre déontologie d’anticiper sur les questions d’ambitions, de scruter les moindres annonces en rapport avec cette échéance et de donner à nos lecteurs la primeur de nos analyses de manière à susciter le débat républicain, tout en garantissant à chaque citoyen ses droits constitutionnels. Il ne s’agit nullement de propagande, il est question des valeurs, des idées forces et des personnalités de premier plan confrontés aux problématiques du pays face à leur ambition manifestée ou non. Dans cette édition, nous planchons sur deux congolais, Matata Ponyo et Delly Sessanga qui n’ont pas encore fait une quelconque déclaration mais dont l’agir public témoigne d’une carrure pour cette ambition.

AUGUSTIN MATATA PONYO, entre miroir et cristal

Il n’a fait aucune déclaration dans ce sens, rien d’officiel ne nous permet de nous avancer sur ce chemin de l’analyse prospective pour affirmer que parmi les candidats sérieux qui sont attendus en 2023, figure Augustin Matata Ponyo. Mais s’arrêter à ce constat, c’est faire preuve de paresse intellectuelle, car notre métier passe aussi par la capacité entendue de lire des signes. Comme disait Jésus-Christ à ses disciples en s’exclamant, ne savez-vous pas lire les signes du temps ? Vous savez bien que quand les nuages s’assombrissent à l’Est, c’est le signe de l’imminence de la pluie ? En cette matière de politique, une candidature à la présidence, si elle est liée à un destin, si elle ne relève pas de la mégalomanie, elle se construit au travers des signes que les initiés de la chose publique peuvent détecter s’ils s’y mettent. Des signes de cette nature, il y en a plusieurs dans la vie de l’ancien Premier ministre Matata ponyo qui, il faut le dire, a vécu parmi nous avec une redondance philosophique puissante.

Il y a quelques semaines au vernissage du livre lui dédié et écrit par Feu journaliste Tshitenge Lubabu et le professeur Bertin Makolo Muswaswa, des paroles furent prononcées par des éminences grises de ce pays qui laissaient entrevoir une conviction de tous que le parcours de cet homme d’Etat congolais n’était pas terminé, qu’il y avait en lui un stock d’idées et une vision claire de la chose publique. A la page 167 du livre Matata Ponyo ‘’ D’un bidonville à la Primature ‘’, alors que les auteurs parlent du sentiment qui l’avait animé quant à sa prise de possession de la primature, il avait évoqué l’image de ses prédécesseurs en pensée, il avait pris le poids de la responsabilité qui a pesé sur ces hommes d’exception, à commencer par Patrice-Emery Lumumba.

Pour Matata Ponyo, conduire un gouvernement, c’est conduire un peuple, tâche herculéenne qui demande un supplément de force. Et lui, à l’époque, il va choisir la prière du Roi Salomon pour faire face aux défis et aux attentes de la population : « Veuille donc, Seigneur, me donner l’intelligence nécessaire pour gouverner ton peuple et reconnaitre ce qui est bon ou mauvais pour lui. Sans cela, personne ne serait capable de gouverner ton peuple, qui est grand (1 Rois – Chapitre 3 : 9).

On peut déjà se faire une idée du sérieux que Matata Ponyo confère aux choses simples de la vie, et combien il prend dans toutes leur ampleur les charges qui lui sont confiées. L’un des signes majeurs qui permet aux observateurs de ne pas se tromper sur son éventuelle ambition est sa capacité à tout archiver, des simples lettres des citoyens aux réponses reçues des grandes personnalités, il fait tout consigner comme s’il savait qu’après lui, quand on étudiera sa vie et ses prouesses, il y aura des matériaux qu’il aurait déjà mis en valeur. Avec un tel goût de l’achevé, il est normal que le fleuve de son ambition coule désormais vers son delta.

Toujours dans ce livre où des pistes de la pensée archéologique sont enfouies, on retrouve une autre pensée qu’il avait consignée en la faisant sienne, la parole de Nelson Mandela qui disait que : « L’honneur appartient à ceux qui jamais ne s’éloignent de la vérité, même dans l’obscurité et la difficulté, ceux qui essaient toujours et qui ne se laissent pas décourager par les insultes, l’humiliation ou même la défaite ». On peut saisir à partir de ce moment qu’on est en face d’un homme qui porte forcement une vision et qui dans le contexte actuel peut aussi porter un projet. Comment être sûr de ne pas se tromper ? Il faut s’instruire des faits actuels et relativement anciens. Les initiés savent que le nom de Matata Ponyo se trouvait sur la Short-List des dauphins possibles du président Joseph Kabila. Cette possibilité qui ne s’est pas réalisée, a certainement laissé en lui un fond de motivation. Deuxième fait, c’est sa démission du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) et du Front Commun pour le Congo (FCC).

Cette décision qui demandait un courage exceptionnel avait été prise dans un temps non suspect et relevait juste d’un ajustement des principes aux réalités vécues. Matata Ponyo a sans doute des atouts importants, car son passage à la primature a laissé des traces indélébiles dans le champ des performances qu’un État peut engranger quand il se décide de suivre un chemin de la rigueur. Il n’est un secret pour personne que cette éventualité de se présenter aux prochains scrutins n’est pas étrangère aux difficultés administratives et judiciaires qu’il rencontre ces derniers temps. Il faut aussi envisager le fait que toutes ces brimades, ces tracasseries puissent  le décourager  de continuer sur cette route sinueuse. Il peut comme dans un miroir se dire qu’il a eu un parcours exceptionnel et que déjà l’histoire retiendra qu’il y a eu un successeur de Lumumba qui a fait honneur à la fonction de Premier ministre. C’est déjà méritoire et beaucoup des politiques s’en contenteraient. Mais, il peut aussi comme l’espèrent certains de ces proches de se comporter comme un  cristal dont le rôle est de capter la lumière et par un jeu de concentration propre aux cristaux, de produire un rayon puissant qui transforme tout ce qui entre en contact avec lui.

Aurait-il le temps de monter un parti politique capable, dans ce délai court, de triompher de l’adversité et de se positionner comme une forme alternative ? Voilà des questions qui jalonnent le pavé de ses intentions supposées. Il est vrai qu’en 2011, l’Union pour la Nation Congolaise (UNC, parti cher à Vital Kamerhe) avait battu le record de se présenter aux élections juste une année après sa création. Il est vrai que cette question va se poser pour lui et une autre non la moindre, c’est celle des alliances, car il devrait se joindre à une autre dynamique ou vice versa pour que les forces conjuguées puissent produire un effet d’entrainement victorieux. Des analystes futés avancent l’hypothèse d’une jonction entre le Président honoraire Joseph Kabila et Matata Ponyo afin de tenter de rééditer ce qui a manqué en 2018.

Fort de la machine Kabila et de l’aura Matata, il est vrai qu’un tel alliage peut faire mal à l’adversaire. Mais nous restons dans les hypothèses et nous estimons que Matata Ponyo est un candidat sérieux avec lequel, les parties prenantes devraient compter si l’on veut faire un pas dans la direction de la conquête du pouvoir. Encore faut-il qu’il négocie un cessez-le-feu avec les instances judiciaires et que ses collègues sénateurs lui permettent de regagner ses immunités.

Il est vrai qu’il se doit de fonctionner sur une extension de sa pensée vers les couches populaires qui restent les viviers politiques qui fournissent le gros des électeurs. Au travers de l’administration financière et économique du pays, il est sûr de bénéficier d’une armée des cadres qui se sont reconnus dans son combat et avec lesquels, il a engrangé les résultats dont l’histoire se souvient. Faisant partie de l’élite de l’élite, il a besoin des relais vers les autres catégories de la population. En attendant que de son côté se manifeste une ambition publique assumée et déclarée, il est essentiel de retenir que son offre politique sera parmi les plus disant au regard des domaines qu’il a choisi d’animer surtout, ceux relatifs au leadership et à la bonne gouvernance.

DELLY SESSANGA HIPUNG, des ailes  aux racines

Le président du parti ‘’ Envol ‘’ est un véritable phénomène politique. Autant il attire à lui d’empathie au sein de la  population, autant il est redouté par des politiques qui lui trouvent une capacité de déploiement politique suspecte, comme s’il avait toujours un tour de plus dans ses poches. Il y a des évidences quand on parle de Delly Sessanga notamment qu’il est l’un des élus les plus actifs en matière des propositions des lois. Depuis trois législatures, il a réussi à s’imposer comme l’un des piliers de l’Assemblée nationale. Ses contributions sont substantielles dans la création des structures phares de l’État congolais. A ce jour, l’élu de Luiza n’a fait aucune déclaration pour manifester une quelconque ambition présidentielle, mais il a posé des actions qui dénotent d’une volonté souveraine de conduire désormais sa vie politique avec un brin de souveraineté.

Entré en politique très jeune, il a eu le temps d’apprendre, de ses mentors, de ses succès, de ses échecs, de ses illusions, de ses désillusions, des faux espoirs et des courtes victoires. Depuis les savanes de Sun-City (Afrique du Sud, 2002) où il fut ses pas dans l’agora politique nationale jusqu’à l’Assemblée, on peut dire qu’il a été à la bonne école de la vie. Comment ne pas profiter de la puissance d’être d’un Zahidi Arthur Ngoma avec qui, il a commencé la pensée politique en France à l’issue de ses études et avec lequel, il s’est retrouvé à Goma dans cette épopée politique de la fin des années 90. Lui, Delly Sessanga a été ainsi au contact de cette réalité de feu qu’est la guerre. Il a été proche de Wamba dia Wamba, le professeur de qualité qui s’était désolidarisé du RCD/Goma. Dans cette quête d’expérience, Delly Sessanga va fourbir ses armes. Il arrive à Sun-City parmi les plus proches collaborateurs de Jean-Pierre Bemba, président du Mouvement de Libération du Congo (MLC) et leader de la rébellion du nord-ouest. Un homme apprend des autres et grandit  des circonstances. Le gouvernement issu du dialogue entre congolais fait de lui Directeur de cabinet du Vice-président de la République en charge de l’ECOFIN. Il est déjà initié si l’on peut le dire à la gestion des dossiers stratégiques du pays et participe à la mise en place de cette politique spéciale d’une présidence avec quatre Vice-présidents. C’est une forme d’équipe nationale des Léopards politiques. Cette expérience va être complétée par le poste du Ministre du Plan, posture qui donne une vision systémique des problématiques nationales de développement. Et depuis lors, le patron d’Envol est au cœur du construit législatif et connaît dans ses moindres détails l’architecture institutionnelle de notre pays.  Il a aussi posé l’acte de rupture en quittant l’Union sacrée de la nation (USN, la majorité au pouvoir), pas forcément pour en devenir un adversaire acharné, mais pour augmenter les chances du pays de posséder d’autres cordes à son arc d’alternatives.

Sans doute, Delly Sessanga a compris que le temps est venu pour lui d’assumer son destin national. Il n’est plus le jeune trentenaire de Sun-City. Il a vu le temps coulé et désormais, conscient de son offre secrètement élaborée, il veut sans doute aussi faire sa proposition de mariage au peuple congolais. Il a des atouts certains au regard de son parcours, mais c’est justement la perception de ce même parcours qui constitue une faiblesse, car pour une certaine opinion, les changements des postures qu’il a eu ces vingt dernières années peuvent paraître pour de la versatilité. Or, en politique le peuple a besoin d’un leadership stable, car perçu comme un roc sur lequel des destins particuliers se construisent. C’est à lui de montrer qu’au-delà des changements imposés parfois par des circonstances, il est resté au fond la même personne avec les mêmes valeurs qui forgent la personnalité des grands serviteurs de l’État. Ce travail de nettoyage de l’image est indispensable et il est à sa portée, car il est question de changer la perception que l’on se fait de quelqu’un et d’éloigner aussi les effets des délateurs de son travail. Il a eu plusieurs expériences au sein des mouvements où il fut un collaborateur de choix, il a ainsi fourbi des armes particulières qui lui permettent d’aller n’importe où. Ce sont ses ailes puissantes. Il s’agit maintenant pour lui de montrer les racines en donnant un sens à la sève qui monte. Certains analystes pensent qu’il est encore possible que dans le jeu d’alliances, il s’associe à Moïse Katumbi si jamais celui-ci bute encore sur les obstacles judiciaires historiques. Comme on le voit, il y a une forte probabilité  que l’élu de Luiza puisse postuler et tenter sa chance dans cette élection qui sera d’abord un affrontement entre d’anciens alliés.

WAK

 

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