Politique

Entre messianisme et rationalité politique : Voici quatre pôles d’ambitions de la Présidentielle 2023

La présidentielle de l’année prochaine s’annonce magique, car elle porte un tel degré de mystère que l’on ne sait à quel saint se vouer et surtout, quelle route emprunter pour y arriver en entier. Déjà, les spirituels s’en sont mêlés avec des prophéties poignantes et des prédictions aussi claires à l’expression qu’elles sont floues dans l’interprétation. Il ne manque que des boules de cristal pour lire l’avenir politique et le destin des institutions et de leurs animateurs. Il y a une telle charge émotionnelle que la raison, la froide raison est loin de prendre corps dans les différentes prises de position. La présidentielle en République Démocratique du Congo (RDC) n’est pas encore devenue un vol calme dans un ciel clair, elle est toujours un voyage à risque au cours duquel, le pays est confronté à la plus grande menace de son implosion. Les différents États à ce jour sont tous dans des réflexions qui ne sont pas des profondes analyses, car les conditions des élections libres, démocratiques et transparentes sont construites par ceux qui sont aux affaires, ceux qui n’y sont pas et ceux qui sont tapis dans l’ombre et qui espèrent influer sur ces élections dans le but de leur conférer une tenue aux couleurs de leurs intérêts. Quelles sont les différentes plates-formes d’intelligence politique et de stratégie électorale qui se positionnent déjà ? Comment dans ce bourgeoisement des postures détecter les vrais projets politiques, c’est-à-dire les projets qui portent réellement une vision transformatrice ? Extrêmement difficile, c’est pourquoi nous empruntons l’autre chemin, celui des ambitions exprimées par les différents leaders en confrontant leurs propos et leurs politiques aux faits de la réalité congolaise. Dans cette première livraison, Géopolis Hebdo vous conduit vers la découverte de quatre sphères politiques d’ambitions non déclarées mais incarnées comme telles. Quatre grandes candidatures sont susceptibles de remplir les cases essentielles de cette échéance de rupture : Félix-Antoine Tshisekedi, Joseph Kabila, Martin Fayulu et Moïse Katumbi. D’autres ambitions non encore déclarées comme celles que l’on colle à Matata Ponyo, Delly Sessanga, Vital Kamerhe, à Dr Denis Mukwenge… seront examinées dans une deuxième production quand des indices puissants seront perceptibles sur la matérialité de ces ambitions. Pour le moment, les quatre voies politiques sont développées dans les lignes qui suivent.

FELIX-ANTOINE TSHILOMBO TSHISEKEDI

Le président en fonction de la République Démocratique du Congo est candidat à sa propre succession, chose qui lui est autorisée par la constitution et qui entre dans les pratiques constitutionnelles. Le fait d’avoir clairement manifesté son ambition en cours de mandat a eu l’insigne vertu de clarifier les choses surtout dans son camp où celui qui manifeste la même ambition doit traverser la frontière de la famille politique. Deux forces sont à l’œuvre pour matérialiser l’ambition du Président Tshisekedi. D’abord, il y a l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, son parti) qui s’est davantage déployé sur le territoire sous la force de l’exercice du pouvoir. L’ensemble des ministres de ce parti ont décidé d’animer des fédérations et de construire localement des ancrages politiques. Les élus de ce parti même s’ils ne sont pas nombreux, auréolés désormais de faire partie de la majorité, ils sont mobilisés pour faire avancer la cause de leur parti et surtout, de leur champion. Une autre force qui couvre cet agenda est l’Union sacrée pour la nation (USN), la dynamique mise en place par le président Tshisekedi au lendemain de sa rupture avec le Front commun pour le Congo (FCC). L’Union sacrée, c’est l’attelage des professionnels politiques, des personnalités rompues à l’action politique et qui sont des véritables manœuvriers des échéances politiques. Ils seront déterminants pour allonger l’influence électorale du candidat, car ils sont nombreux et viennent des plusieurs horizons.

Sachant qu’on leur fera confiance difficilement, car certains sont venus du camp opposé, ils ont aussi cherché à gagner leur tranquillité en déclarant leur choix sur le candidat président. Les deux habiles politiques comme Bahati Lukwebo et Lambert Mende n’ont pas lésiné pour déclarer le choix de leur candidat. Les autres sont attentistes et vont se déclarer en fonction des dividendes qu’ils espèrent obtenir pendant cette période du mandat.

Si cette candidature a l’avantage d’être porté par un gros calibre de la politique nationale de surcroit en fonction, elles comportent deux faiblesses que doivent intégrer les analystes et les stratèges. Ces deux faits sont l’obligation pour Félix Tshisekedi de présenter un bilan. Et ce bilan qui est déjà en train de se réaliser par l’action courageuse de Sama Lukonde (Actuel locataire de la primature, Ndlr), ce bilan du fait de son importance stratégique souffre déjà d’une diabolisation. Certaines forces politiques ont décidé de l’échec de Félix Tshisekedi avant même qu’il ait achevé son plan. C’est une construction de l’opinion sur la mauvaise foi et une décision de ne voir que les choses qui ne marchent pas. Chaque jour, des éditoriaux sont publiés pour pousser l’opinion vers une vision négative de l’action des Warriors. On peut dire que c’est de bonne guerre, car face à un bilan positif, il devient difficile de ne pas proroger le mandat de celui qui aurait obtenu des grands résultats.

Un autre fait à signaler est que plusieurs alliés de Félix Tshisekedi vont se présenter contre lui alors qu’ils avaient été avec lui aux élections passées. Mais c’est un désavantage relatif, car plusieurs qui n’avaient pas voté pour lui vont aussi le faire. La clé pour lui est de négocier pour désintéresser les ambitions les plus représentatives de manière à construire une vraie force politique. C’est une expérience magnifique, un grand défi que celui de donner aux tenants du pouvoir l’occasion de se présenter devant le peuple avec l’obligation de résultat. C’est un enrichissement de la démocratie  congolaise qui devient ainsi un exemple dans cette Afrique qui n’a connu que peu des cycles tant les règnes sont longs et monotones.

MOISE KATUMBI CHAPWE

Le président du parti politique ‘’ Ensemble ‘’ n’est plus à présenter, avec le temps il est devenu et est perçu comme une icône de la scène politique congolaise. Son ambition présidentielle remonte déjà au scrutin passé, mais des montagnes d’obstacles se sont montrées devant lui et il a été carrément sous le poids des dossiers judiciaires qui l’ont empêché de se présenter. La question qu’il convient de se poser est celle de savoir si les raisons évoquées par plusieurs offices à l’époque ont été balayées par les avocats de Moïse Katumbi ? Il serait dommage que cette candidature bute sur des broutilles juridiques. Un autre dossier et non de moindre qu’il est essentiel de clarifier, est le fait qu’à ce jour Moïse Katumbi est allié à Félix Tshisekedi. Si sa candidature est confirmée alors, il ira contre son allié et devrait se partager son électorat qui est aujourd’hui porteur d’un même leadership. Tshisekedi contre Katumbi cela risque d’être un combat de titans sans pitié. Il est encore temps que lui Moïse Katumbi se disponibilise  pour discuter avec Félix Tshisekedi sur la gestion de cette séance, car il n y a qu’un seul poste pour plusieurs personnes.

S’il parvient à vaincre ces deux préalables, le président d’Ensemble sera un redoutable adversaire, car il a un courant de sympathie important dans le pays et ses actions antérieures et ses réalisations lui donnent des appuis considérables dans le pays. Quand bien même, il était personnellement  absent aux derniers scrutins, il a su au travers de son groupe obtenir plusieurs sièges au parlement (Assemblée nationale et Sénat). Il est l’une des forces qui pèsent au sein de l’USN, mais encore faut-il pour lui qu’il soit mis dans les conditions non conflictuelles et que son ambition soit éprouvée au choix du peuple.

Aujourd‘hui, il doit passer par une forme de négociation avec ses alliés d’hier pour qu’éclate son offre politique, car cela serait vraiment mortel qu’une campagne électorale dans ce pays puisse opposer deux personnes comme Tshisekedi et Katumbi qui sont construits sur une même moule politique et dont les offres sont semblables. Dans la société, cela va opposer des personnes proches, des ethnies proches et surtout, des provinces qui ont eu déjà à souffrir d’un contentieux regrettable. Il est angoissant le moment qui verra dans une même famille des frères s’opposer pour ce choix de proximité. Il est aussi vrai que les politiques congolais ont fait des élections des moments anxiogènes qui font des  victimes expiatoires avant même que les objectifs ne sont pas atteints.

Moïse Katumbi est à la croisée des chemins, il doit choisir entre la puissance de la force politique et la force de la puissance économique.  Moïse Katumbi dispose d’un parti puissant mais qui doit encore faire ses preuves à l’aune de la cupidité des hommes politiques qui changent casaque au rythme des sollicitations et des positionnements.

MARTIN FAYULU

Le ‘’ soldat du peuple ‘’ est encore en course et sa dernière tournée dans le Congo profond lui a convaincu qu’il avait un destin national à assumer. Martin Fayulu en ayant misé sur le temps et en indiquant des indicateurs sociaux comme vecteurs d’évaluation de l’action des dirigeants en place, a tiré des jackpots de la politique. Il sait que les déceptions du peuple sur les promesses non réalisées de la présente législature sont un soubassement important de sa montée en politique.

En fait le leader de Lamuka qui fait partie des politiques congolais de la troisième génération, a démontré que l’on peut servir son peuple en prenant en charge ses aspirations profondes et en les portant au niveau de la conscience collective. Si Martin Fayulu est populaire, il reste néanmoins le défi de construire une force politique qui soit à même de le porter vers la magistrature suprême.

On se souvient que sa candidature fut portée aussi par des leaders costauds issus de l’Accord de Genève, en l’occurrence Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba. Il avait aussi le soutien de la puissante Église catholique du Congo qui s’était déployée pour lui. Ces soutiens importants ne sont plus présents aujourd’hui. Au moins Moïse Katumbi a déjà montré ses couleurs, il ne va pas accorder son appui à Martin Fayulu d’autant plus que lui-même sera candidat. Quelles sont les alliances que le leader de l’Engagement citoyen pour le développement (Ecidé) devrait mobiliser pour donner un substrat socio-politique à sa démarche présidentielle ? Celui qui répondra à cette question fera avancer cette cause politique. La popularité d’un homme politique surtout, celui de l’opposition, doit se transformer en vrai soutien au moment où des leaders intermédiaires reprennent son combat et l’installent dans l’acte concret de soutien. Aujourd’hui Martin Fayulu est en connexion profonde avec Adolphe Muzito, encore que celui-ci est aussi sur la montagne de la même ambition. Il y a quelques semaines, des femmes de son parti lui ont demandé de se présenter à la magistrature suprême. Au moins au niveau de la plateforme Lamuka, ce débat est latent et peut devenir consubstantielle de cette formulation. Quand on analyse l’espace politique, les derniers rapprochements, on lit un soupçon de contact entre le FCC et Lamuka. Dans le cas improbable où un rapprochement se faisait entre les deux familles et qu’elles décidaient de copte Martin Fayulu comme leur champion, il pourrait y avoir un vrai raz de marée, car le fond serait une sorte de vengeance pour le FCC qui n’a pas encore bien digéré la fin de la collation FCC-CACH. Mais ce chemin est tortueux, il faudrait des dépassements essentiels des egos et une lecture froide des vraies chances des uns et des autres qui auront à affronter un président en exercice. Martin Fayulu se doit de faire la bonne lecture et de savoir de quelle manière il va monter sur ce chantier de l’ambition suprême.

JOSEPH KABILA

Candidature  improbable tant elle fait déjà l’objet de polémique, elle est néanmoins sociologiquement à mettre sur la table, car des congolais des plusieurs horizons qui se reconnaissent dans l’ancien président ont exprimé le besoin de le voir revenir sur la scène politique en qualité de candidat à la magistrature suprême. Ce qui pouvait être un fantasme au niveau de la base ne l’est plus quand l’ancien directeur de cabinet du président honoraire, un juriste, de surcroît professeur des universités, déclare qu’il n’y a rien qui empêche le sénateur à vie à revenir à la magistrature suprême.

Cette déclaration à laquelle, il faut ajouter d’autres assumées par plusieurs politiques congolais, a le mérite de provoquer le débat. Comme il est de coutume dans le pays de Lumumba, ce débat va clarifier les choses et pourra pousser celui qui est le premier concerné à se prononcer, car il est prudent de ne jamais parler à la place du premier concerné. On se souvient que Joseph Kabila Kabange avait, à l’époque, dit que sa parole de militaire était en jeu qu’il n’allait pas se présenter à un troisième mandat.

Dans la construction d’une stratégie de retour, on peut aussi comprendre que la famille politique FCC puisse surfer sur la vague Kabila qui a encore des adeptes pour pouvoir trouver des points de jointure pour échafauder sa structure de conquête. Que Joseph Kabila  soit candidat ou pas, le groupe politique se doit de concourir à ces élections à tous les niveaux s’il espère revenir aux affaires et compter sur les décisions essentielles qui fonderont l’avenir du pays. Entre les mains de Joseph Kabila, la possibilité de choisir un candidat qui va incarner son combat et celui de sa famille s’il n’est pas lui-même candidat. Comment va-t-il réaliser cette prouesse au regard des divisions qui règnent au sein de sa famille politique où une catégorie des jeunes estime que les « vieux » sont à la base de la débâcle que le FCC a connu récemment ? Comment va-t-il faire pour donner un capitaine qui soit respecté et qui devienne un champion pour son combat ?

Ceci devient difficile au regard du temps qui sépare le pays de ces échéances. Il est alors possible que Joseph Kabila appuie l’un des candidats pour qu’avec lui, il puisse construire une autre coalition de gouvernance. Le nom de Martin Fayulu n’est pas cité en vain. Wait and see !

WAK

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