Politique

Félix Tshisekedi : La Décision

Jamais décision n’aura été aussi attendue en République Démocratique du Congo : à partir de ce mercredi 25 novembre, démarre le compte à rebours de l’attente du verdict des consultations nationales initiées par le Président Félix Tshisekedi. Ouvertes depuis le 2 Novembre 2020 au Palais de la Nation, les consultations pilotées par le chef de l’Etat dans l’optique d’une « union sacrée de la Nation », seront bouclées ce mercredi 25 novembre.

Durant trois semaines, Félix Tshisekedi aura prêté une oreille attentive à plusieurs couches sociales et politiques du pays, venues lui proposer des pistes de solution pour la sortie de la crise politique qui frappe de plein fouet la République Démocratique du Congo. Dans son adresse de 6 minutes à la Nation le 23 octobre dernier, le successeur de Joseph Kabila avait présenté un tableau peu reluisant de la situation générale du pays, caractérisée par la persistance des turbulences au sein de la coalition FCC-CACH au pouvoir. Face à ce tableau jugé sombre, Fatshi a alors levé l’option de se tourner vers le peuple, souverain primaire et les acteurs socio- politiques du pays afin de recueillir leurs avis et idées forces pour la sortie de crise.

«A l’issue de ces consultations, je reviendrai vers vous, pour des décisions qui n’excluront aucun cas de figure », avait-il annoncé au cours de son discours. Un peu plus d’un mois après son appel à la nation, si les congolais de plusieurs camps qui ont été consultés ont suggéré plusieurs scenarios pour la sortie de la crise, le président sait lui-même, ainsi qu’il avait dit dans son adresse du 23 octobre, qu’il ne ménagera aucun effort pour « préserver la paix et l’unité nationale ».
Il faut dire que dans l’opinion nationale, plusieurs tentent de dégager d’ores et déjà les tendances générales sur ce que devra dire le Chef de l’Etat au finish.

Il est vrai que pour une bonne partie des personnalités consultées, le Président de la République devra à tout prix annoncer la rupture du « mariage » FCC-CACH, puisqu’ à la base, selon elles du blocage actuel du pays.

Cette solution est néanmoins nuancée par certaines autres personnalités. Les princes de l’Eglise ont estimé quant à eux qu’il convient, pour sortir le pays du gouffre, mettre à la première place les intérêts du peuple et de la RDC, tout en tenant la main des autres fils du Congo en vue d’un rapprochement des extrêmes. Un dialogue sincère et une réévaluation de l’accord de coalition FCC-CACH a été aussi parmi les propositions.

Avec les consultations, le Congo s’est exprimé. Ceux qui en avaient gros sur le cœur ont vidé leur sac devant le chef. Et seul devant sa conscience, le président Tshisekedi doit trancher cette problématique de la coalition, aux allures d’une équation à plusieurs inconnues. A ce jour, il faut dire que plusieurs ont été excédés par les contradictions dans la coalition. Ces contradictions ont été d’autant plus nocives qu’elles engendraient et engendrent un antagonisme gênant. Ainsi, le Congo est suspendu à la décision du Président de la République. Une décision qui devra tenir compte de l’histoire de la République Démocratique du Congo, un pays qui s’est construit et forgé sur la base du consensus socio-politique de manière presque permanente.

La République Démocratique du Congo semble avoir, inscrit dans son ADN, une sorte de nécessité de consensus permanent. Cette évidence est vérifiable, depuis le Congo né des cendres des empires et royaumes. Il est aussi évident que depuis l’histoire, les forces dirigeantes qui ont tenté de faire triompher et d’écraser d’autres forces, se sont retrouvées devant un mur, n’offrant qu’une seule issue : le consensus. Léopold II l’a appris à ses dépens. Mû par ses velléités de régenter et réprimer à tout prix, il avait perdu ce pays qu’il considérait comme son bien privé au profit de la Belgique qui elle-même avait pris les rênes du Congo sous l’œil de la Société des Nations. L’histoire renseigne alors qu’à tout moment que le politique déroge à cette règle salutaire, le pays retombe dans le chaos. Cette même histoire renseigne aussi qu’au moment des luttes pour l’indépendance, le consensus des pères de l’indépendance avait eu raison de l’obstination des Colons Belges à vouloir écraser les voix congolaises.

Les années après indépendance fourmillent d’exemples, l’envie d’une force à s’imposer violemment sur une autre, a donné souvent naissance à un monstre à plusieurs têtes. Cela se vérifie avec l’épisode Kasavubu-Lumumba en 1960, Kasavubu-Tshombe en 1965. Cyrille Adoula, premier ministre après la mort de Lumumba qui s’était mis en tête de neutraliser le parlement, avait ouvert un champ à une chienlit indescriptible. Le dialogue Intercongolais est là pour convaincre tous, qu’à chaque fois que les uns et les autres ont posé leur regard dans la même direction, les avancées ont été plus évidentes.

En invitant les uns et les autres aux consultations pour l’union sacrée de la Nation, Félix Tshisekedi a fait preuve d’un sens élevé de la nation dans sa diversité. La situation que traverse la République Démocratique du Congo peut aussi constituer une épreuve pour celui qui, dès le mois de février 2021, présidera aux destinées de l’Union africaine, un poste stratégique qui exige une capacité énorme dans la gestion des conflits et des crises multiformes à travers le continent.

Théodore Ngandu et Patrick Ilunga

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