Economie

Gestion de la chose publique-Franck Apenela : « L’ensemble des opérations des finances publiques devrait être numérisé afin d‘en assurer la traçabilité, la transparence et le contrôle. »

Au regard des enjeux et grands questionnements de l’heure qui guettent la gestion de la chose publique en République Démocratique du Congo, plus d’un Congolais s’interrogent sur les mécanismes probants pouvant sortir le pays dans la crise tant politique, économique que sociale. C’est dans cette optique que Franck Mwe Di Malila Apenela, homme politique congolais, vice-ministre honoraire à la Coopération internationale et à l’Intégration régionale de 2014 à 2016, vice-ministre du Plan de 2016 à 2017, puis ministre du Tourisme du 10 avril 2017 au 9 septembre 2019, est sorti de son silence a travers une interview exclusive qu’il a accordée à Géopolis Hebdo. Il a apporté la lumière autour de l’exercice de l’Inspection Générale des Finances, sa vision sur l’homme politique congolais, la pression des multinationales sur les dirigeants Congolais ainsi que le retour en puissance du tribalisme en RDC.

Géopolis Hebdo: Quelle lecture faites-vous du travail de l’Inspection Générale des Finances dans la mesure où celle-ci est dans une opération d’assainissement des finances publiques ?

Franck Apenela: L’assainissement des finances publiques entre dans le cadre du renforcement des mécanismes de transparence et de redevabilité tel que décliné dans le programme du Gouvernement de la République en place. Lequel est articulé autour de 15 piliers, regroupés en 4 grands secteurs à savoir:

Politique, Défense et Sécurité; Économie et Finances ; Reconstruction;Social et Culturel.

Particulièrement, s’agissant du secteur économique et financier, le programme met en exergue la lutte contre la corruption et les crimes économiques, l’amélioration de la gouvernance dans la gestion des ressources naturelles, des entreprises du portefeuille et des finances de l’État, l’amélioration du climat des affaires et la promotion de l’entrepreneuriat et de la classe moyenne, la diversification de la création des conditions d’une croissance inclusive.

D’où l’aspect Contrôle doit être renforcé pour lutter contre les pesanteurs inhibitrices qui sont en asymétrie avec le développement et l’émergence de la RDC. Ce qui revient à dire que les actions menées par l’IGF sont à stimuler pour atteindre la mobilisation optimale des recettes, de l’amélioration de l’efficacité de la dépense publique ainsi que de la promotion de la discipline, de la crédibilité et de la transparence dans l’exécution des opérations financières de l’État.

Ce qui interroge au-delà de la mission de l’IGF, ce sont les résultats obtenus, la fiabilité et l’objectivité des rapports, la perplexité de l’opinion, les contestations des personnes mis en cause, les procédures appliquées, les instruments utilisés, les priorités et la précipitation des dossiers traités mais aussi contextuellement le fait que l’IGF soit sous la tutelle directe du Président engendre de la suspicion et conclut à la subjectivité d’un service technique de contrôle et de surveillance indispensable de l’État qui devrait structurellement être sous la tutelle des ministères des finances et du budget.

À mon sens, l’assainissement des finances publiques certes, mais l’évaluation des dispositifs publics, les recommandations aux responsables publics, la modernisation des administrations et l’impartialité de ses missions doivent être prépondérantes dans l’action de l’ IGF afin de ne pas être perçu tel qu’actuellement comme un instrument politique .

Geopolis Hebdo: N’êtes vous pas choqué de savoir que des hommes et des femmes qui ont la charge de conduire les affaires publiques se sont trouvés au cœur des détournements des deniers publics?

Franck Apenela: je suis non seulement choqué mais surtout heurté de constater que des gestionnaires de la chose publique dont les faits délictueux constatés par la justice bénéficient de certaines clémences et qu’à contrario, d’autres gestionnaires publics accusés de malversations supposées, subissent le verdict populaire notamment à travers les réseaux sociaux et l’interprétation des lois de la république est assise bien souvent sur des critères d‘opinion.

Nonobstant cela,pour notre grand pays, il est crucial qu‘enfin des hommes et des femmes intègres , compétents accèdent aux charges publiques pour son développement.

Un grand pays ce n’est pas seulement le nombre des kilomètres carrés, la diversité de ses ressources naturelles, c’est Avant et surtout l’ Homme qui est au centre des actions à mener.

Sinon, vous êtes un colosse aux pieds d’argile.

Ceux qui pillent l’État , lorsque c’est avéré doivent subir toute la rigueur de la loi en toute impartialité.

Geopolis Hebdo: Selon vous, comment devrons nous procéder pour combattre la corruption, le détournement des fonds publics ?

Franck Apenela: En dépit de toutes ses richesses naturelles constituées de ses forêts, de son bassin hydrique, de ses minerais stratégiques, de sa faune, de sa flore et de ses terres arables, le budget de l’État n’a jamais atteint 5 milliards de dollars américains en comparaison avec le Sénégal dont le budget dépasse 14 Milliards de dollars américains par an.

Symptomatique d’une économie informelle.

Le renforcement de contrôle dans l’exécution des opérations budgétaires de l’État doit être renforcé, tant au niveau de la mobilisation des recettes du Trésor Public qu’au niveau de l’exécution des dépenses conformément aux principes édictés par les différents textes légaux dans ce secteur.

L’ensemble des opérations des finances publiques devrait être numérisé afin d‘en assurer la traçabilité, la transparence et le contrôle.

Des sanctions doivent être d’application pour encourager positivement ceux qui excellent dans leurs tâches et punir sans tergiverser ceux qui persistent dans des actes répréhensibles.

Pérenniser des mécanismes afin d’assurer aux agents de carrière des services publics de l’État, de l’Armée comme de la Police Nationale, des salaires ou soldes leur permettant de pouvoir vivre décemment et les mettre à l’abri des tentations « de coulage des recettes » de l’État ou des détournements des deniers publics.

Urgemment, engager une vrai réforme de la justice pierre angulaire de l’État.

Geopolis Hebdo: Selon certaines opinions, la pression qui s’exerce sur nos dirigeants vient principalement des multinationales. Vous avez été Ministre de la coopération, aviez vous la même lecture?

Franck Apenela Les multinationales lorsqu’elles exercent des pressions, les font rarement sur le Ministre de la coopération. Tous les Dirigeants sous toutes les latitudes et longitudes peuvent être soumis à des pressions .

L’important pour un dirigeant est d’être en capacité de ne pas y céder par intégrité pour les intérêts de son peuple et de son pays. La pression est le quotidien d‘un responsable politique.

Il se doit de l’apprivoiser. Sans déroger au devoir de réserve qui me lie, j’ai en mémoire un Conseil des Ministres durant lequel le Président Honoraire Joseph Kabila Kabange avait répondu à un membre du Gouvernement qui avait exprimé l’éventualité de pression exogène sur certains décideurs de notre pays.

«Monsieur le Ministre, les pressions, les intimidations nous tous, nous en avons et en aurons. Seul l’amour de votre pays et sa souveraineté, la souveraineté de notre peuple compte. C’est cela la vérité».

Ce jour-là, de la pertinence de son propos, j’en ai tiré un dogme pour chacune de mes décisions en tant que Ministre et agir ainsi aux mieux pour servir mon pays.

Geopolis Hebdo: comment voyez-vous l’avenir de la RDC au regard du retour triomphant des extrémismes teintés d’une dose tribale?

Franck Apenela : Depuis que vous m’interviewez, j’ai toujours combattu les idées extrêmes. Il est pathétique de constater qu’après plus de six décennies d’indépendance, le vécu de la nation congolaise unie par le sort, le sang, le tribalisme refasse surface comme socle des nouveaux «extrémistes».

A mon sens, certains politiciens activistes clivent notre nation à des fins personnelles en manipulant les cercles dans lesquels ou sur lesquels ils peuvent exercer une influence relative dans ce contexte paupérisé.

La particularité et le danger de l’extrémisme actuel, vous l’avez énoncé, tient qu‘il soit teinté d’une dose tribale.

Une frange de l’opinion et des organisations diverses ont dénoncé depuis la passation pacifique du pouvoir «une tribalisation» dans l’exercice des responsabilités publiques a priori aucun correctif n’a été effectué.

Nous devrions instituer une grande commission chargée de réfléchir à la question tribale récurante dans notre pays, un facteur prééminent qui influe sur le cycle électoral, l’exercice du pouvoir, l’administration de la justice et la promotion sociale.

«Un extrême en produit un autre»

Geopolishebdo.

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