Economie

Grand Inga : Qui bloque le développement du méga-barrage sur le majestueux fleuve Congo ?

Trois ans après la signature du contrat entre le géant public chinois Three Gorges et la Présidence de la République, sous Joseph Kabila, c’est toujours le statu quo qui règne, rien n’avance. Le développement du méga-barrage d’Inga, dont le site est situé dans la province du Kongo Central, à l’ouest de la République démocratique du Congo (RDC), est-il renvoyé aux calendes grecques ? Qui en est le constructeur ? Le coût du projet ? A-t-on déjà trouvé des financements ? Ces derniers ne vont-ils pas créer un nouvel endettement du pays ? A quand le premier coup de pioche ? La durée des travaux ? Les sous-traitants congolais seront-ils pris en compte ? Quel est le rôle de la Société Nationale d’Electricité (SNEL) ? Qu’en est-il des questions environnementales et du plan de délocalisation ? L’électricité produite sera-t-elle vendue en RDC pour son industrialisation ou déjà achetée par certains États et multinationales ? Des questions parmi tant d’autres qui taraudent les esprits dans quelques salons huppés de Kinshasa, capitale de la RDC. Mais une chose est sûre, la multinationale chinoise Three Gorges s’est vu définitivement retirer l’exclusivité pour le développement du barrage d’Inga III au profit du géant canadien Fortescue Metals Group. Les raisons ? Réponse dans cette enquête réalisée par Géopolis Hebdo.

” Marginalisé depuis l’alternance au sommet de l’Etat congolais en 2019, Bruno Kapandji, officiellement Chargé des Missions de l’Agence pour le développement et la promotion du Grand Inga (ADPI), se voit contraint de renoncer définitivement au contrat négocié par ses soins en 2018 avec l’entreprise publique chinoise Three Gorges, et qui portait sur le développement du seul méga-barrage d’Inga III ”, lit-on dans le dernier numéro de Africa Mining Intelligence.

En réponse à une lettre adressée fin juillet au conseiller spécial auprès du Président de la République chargé des Infrastructures, Alexy Kayembe de Bampende, ajoute notre source, Bruno Kapandji s’est engagé à ” prendre les dispositions requises pour matérialiser la décision du Chef de l’Etat annoncée à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, le 13 juin 2021 “. Ce jour-là, le président Félix Tshisekedi avait entériné le choix du minier australien Fortescue Metals Group pour développer l’entièreté du projet du Grand Inga (Inga III à Inga VIII) censé produire à terme 42 000 MW. ” Prévoyant de développer d’autres sites en RDC, Fortescue entend mettre sur pied une capacité allant jusqu’à 70 000 MW ”, avons-nous appris des sources proches du dossier.

Mais que reproche-t-on réellement à la partie chinoise ?

Il est reproché au contrat conclu avec Three Gorges le fait de contenir des écarts entre les réalisations effectives et les obligations prévues par l’accord de développement exclusif du 16 octobre 2018. La partie congolaise reproche en l’occurrence à Three Gorges le fait de ne jamais avoir financé les études de faisabilité du projet, comme cela était prévu initialement.

Écartés du jeu par le Gouvernement de la République, les Chinois ont toutefois été invités à prendre langue avec les Canadiens et à devenir leurs partenaires pour la concrétisation du Grand Inga. Cette perspective semble très improbable. Pour preuve, une forte délégation de la haute direction de Three Gorges qui devrait se rendre dans la capitale Congolaise, a annulé in extremis le déplacement de Kinshasa dans la foulée depuis l’annonce du Président Tshisekedi.

Hormis les chinois, le projet de développement du méga-barrage d’Inga qui fait couler beaucoup d’encre et de salive dans le microcosme politique congolais avant même sa mise en œuvre, est dénoncé par un pan entier de la société civile congolaise.

La RDC et Fortescue assignés en justice

Le Gouvernement de la RDC ainsi que la société Fortescue Metals Group pourront bientôt se retrouver devant le juge dans une juridiction australienne, sur base d’une plainte déposée par le responsable du Parlement des Jeunes de la RDC. Le plaignant reproche au Gouvernement congolais et la société Fortescue Metals Group d’être à la base notamment de plusieurs cas de ” violations de droits humains ” dans le cadre de la mise en œuvre du développement du projet Grand Inga. Les deux parties sont également accusées de ” corruption, de violation de la loi relative aux marchés publics, de violation de droit d’accès à l’information, d’abus de pouvoir et autres ”.

En attendant l’ouverture du procès, le projet du méga-barrage hydroélectrique Grand Inga continue d’alimenter les polémiques. ” Il (Ndlr : Grand Inga) est géré en toute opacité à la présidence de la République. Le Gouvernement n’étant pas assez impliqué, ce grand projet échappe au contrôle de l’Assemblée nationale. Seuls quelques conseillers spéciaux du Président de la République s’occupent du dossier et il ne reste aux ministères sectoriels que la signature protocolaire ”, a dénoncé Arthur Omar Kayumba, Président national du Parlement des jeunes de la RDC. Avant d’ajouter : ” Si cette convention n’est pas annulée et que les projets y découlant ne sont pas placés sous la gestion du Gouvernement central et le contrôle de l’Assemblée nationale avec comme préalable les études d’impact environnemental, nous poursuivrons notre action judiciaire jusqu’au procès d’annulation judiciaire de cette convention et à la condamnation des personnes y impliquées ”.

Le Parlement des Jeunes menace de rendre public et accessible cette Convention relative au développement d’industries Vertes Substantielles en RDC au cas où le Gouvernement ne faisait marche arrière.

« La quête de légitimé et du charme diplomatique du régime de Kinshasa ne cesse de plonger le pays dans une sorte du coma volontaire dans les relations internationales classiques. Plusieurs autres secteurs comme les mines, les hydrocarbures, … doivent avoir subi des coups durs des contrats léonins négociés aux fins de légitimation », estime le Président du Parlement des jeunes de la RDC.

Le Grand Inga

Selon les estimations, le potentiel hydroélectrique du site d’Inga est de 44 000 MW, dont 1775 MW déja installés à Inga 1 et Inga 2. Le grand Inga, avec un peu plus 42 000 MW, sera en puissance installée le double de la production d’énergie du barrage des Trois Gorges en Chine, soit plus du tiers de l’électricité totale actuellement produite en Afrique. Le Grand Inga est une série de barrages qui sont proposés sur la partie inférieure du fleuve Congo en RDC.

A quand la réforme de l’ADPI annoncée par Sama Lukonde ?

Le développement du secteur de électricité est le 12ème pilier du Programme gouvernemental présenté en avril 2021 par le Premier ministre, Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, pour solliciter à la fois le vote et l’investiture de son Gouvernement. Développer l’électricité, c’est promouvoir l’industrialisation du pays. Dans le secteur énergétique, en vue de faciliter l’accès de la population à l’électricité et poursuivre les efforts d’attraction des investisseurs pour la matérialisation de la construction
du barrage Inga III et Grand Inga, le Gouvernement central compte impérativement réformer l’Agence pour la promotion et le développement du Projet Grand Inga en vue de développer des projets des micro-barrages et des énergies propres et renouvelables, tout en lui donnant une mission plus élargie.

Il s’agit notamment de détacher l’ADPI, service spécialisé au sein de la Présidence de la République, de la tutelle du cabinet présidentiel et lui donner une certaine autonomie de gestion, lui doter d’un Conseil d’administration, d’une Direction générale, d’un personnel qualifié, d’un siège propre, des moyens conséquents et surtout, de clarifier ses missions. Malheureusement, cette réforme qui doit porter sur l’ordonnance nº 15/079 du 13 octobre 2015 portant création, organisation et fonctionnement d’un service spécialisé au sein de la Présidence de la République dénommé
ADPI se fait toujours attendre. Dans cette attente, l’obscurité continue de gagner du terrain sur toute l’étendue du territoire national à la place des lignes à très haute tension.

Dieudonné Buanali

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