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Interview exclusive – Franck Mwe di Malila : “Seul le respect de la Constitution peut favoriser le consensus nécessaire à la tenue des élections de 2023”

Il s’est fait discret depuis la fin de ses fonctions au Gouvernement de la République avant les élections de 2018. Franck Mwe di Malila qui s’exprime peu,  a accepté sur insistance de notre rédaction de s’épancher d’abord sur le décès de la reine Élisabeth ll et ensuite sur le processus électoral en RD Congo, processus qui selon lui, ne suit pas son cours normal. Il est presque certain que le rendez-vous de 2023 ne sera pas respecté à cause de certains paramètres qui impactent négativement le processus. Mais pour l’ancien ministre, le plus grand problème de ces élections c’est l’absence de consensus entre les parties prenantes. Cette situation peut entraîner des crises multiples de légitimité et exposer le pays à des menaces supplémentaires à part celles qui endeuillent déjà les populations de l’Est. Moment de fort échange d’un homme qui use de la fermeté dans son langage sans se départir d’une certaine retenue.

Ci-dessous l’intégralité de l’interview.

Géopolis Hebdo : Que vous inspire le décès de la reine Élisabeth II ?

Franck Mwe di Malila : La fin d’une époque certes, mais surtout le sens du devoir et une faculté extraordinaire d’adaptation à la modernité.

GH : Dans son propre discours en 1947, elle a évoqué le service comme le leitmotiv de son engagement, qu’en pensez-vous ?

FMM : Jusqu’à son dernier souffle, la Reine Elisabeth II a tenu son serment. Toute son existence a été dédiée au service de son peuple, de l’Etat et de la Nation, en dominant ses états d’âme. La Reine symbolisait dans toute sa dimension une figure d’Etat d’exception.

GH : Dans le cadre de la Coopération état à état, on voit que celle-ci ne s’est pas développée avec l‘Angleterre. Comment pouvez-vous expliquez cet état des choses ?

FMM : La Grande Bretagne est actuellement parmi les cinq plus grands bailleurs de fonds bilatéraux de la RDC. La coopération britannique soutient des secteurs aussi divers que la santé, l’éducation, le développement économique, l’environnement, les droits humains, avec une enveloppe estimée à 130 millions de dollars l’an. L’aide internationale ne permet pas le développement d’un pays. Par contre le renforcement des partenariats commerciaux et des investissements peuvent mener au développement. La RDC devrait se positionner comme partenaire économique, plutôt que récipiendaire d’aide, par exemple en améliorant le cadre des investissements. Le climat actuel des affaires en RDC inspire plutôt le scepticisme, le pays étant classé 183ème sur 190 pays au classement «Doing Business». Les contingences liées au climat des affaires, la confiance dans les institutions politiques, le respect des droits de l’homme, le déficit d’énergie et la carence d’infrastructures, demeurent des obstructions à l’accroissement de sa coopération avec la Grande Bretagne et d’autres partenaires.

GH : De votre expérience d’homme d’Etat, comment évaluez-vous la capacité de la diplomatie congolaise à faire face aux menaces qui pèsent sur la RDC ?

FMM : Pour faire adéquatement face aux menaces, menaces, objectifs et intérêts poursuivis doivent être mis en corrélation. Au regard de la diplomatie actuellement menée par la RDC, les objectifs et intérêts paraissent difficiles à appréhender. Il semble y avoir une défaillance à définir un fil conducteur en mesure de doter la RDC d’une politique étrangère forte, intelligible, efficiente, en mesure de contracter des alliances solides privilégiant les intérêts du pays. Une diplomatie d’annonces, de bons sentiments, versatile et décousue qui s’évertue à préserver la faveur de l’opinion et des medias et se contente de postures diplomatiques plus ou moins opportunément conçues pour être en phase avec les émotions du jour, ne pèse pas lourd sur l’échiquier international. La situation avec certains de nos voisins, l’adhésion à East African Community (EAC), notre position environnementale et la gestion des hydrocarbures entre autres, permettent de s’interroger et semblent symptomatiques de l’incohérence de la diplomatie congolaise.

GH : L‘année 2023 sera celle des élections, pensez-vous qu’il existe encore des chances d’avoir ces élections dans le délai ?

FMM : Non ! Toutefois, les Instances autorisées affirment que l’ensemble des conditions sont réunies pour la tenue des élections, y inclus le financement. Néanmoins, certains paramètres sont de nature à susciter la perplexité sur la tenue effective des élections en 2023 conformément à la Constitution, tels que la publication par la CENI de sa feuille de route; les besoins financiers du processus électoral, évalués pour cette année à 620 millions de dollars US, dont seul l’équivalent d’un trimestre a été effectivement décaissé selon toujours la CENI; l’annonce par son Bureau du début de l‘enrôlement au mois d’octobre 2022, sachant que sa feuille de route projette à 20 mois la clôture de cette opération; d’autres préalables exogènes tels que l’acception par tous de l’objectivité de la CENI; l’impartialité de la Cour Constitutionnelle et la volonté politique d’organiser des élections dans le délai constitutionnel. Les deux plus grandes confessions religieuses, catholique et protestante, par le biais de la CENCO et de l’ECC continuent de plaider pour le dialogue et le consensus pour des élections apaisées en 2023. Au-delà de cette incertitude de date, le doute profond de la crédibilité de ces élections s’installe; en soi, un aveu d’échec de la bonne santé de la démocratie en RDC après « La passation pacifique du pouvoir » par J. Kabila le 24 janvier 2019, cependant historique; à peine 4 ans, les mêmes maux ressurgissent.

GH : Dans ces conditions comment reconstruire un consensus électoral pour une participation ?

FMM : Le 18 février 2006 notre Constitution a été adoptée par référendum, c’est l’acte fondateur de notre jeune démocratie. Le respect de la Constitution est le socle fondamental du consensus national. D’autres pays de la région, le Kenya, le Ghana, le Sénégal ont organisé des élections en respectant leur Constitution, le consensus a été automatique, pourquoi pas la RDC ?

GH : Quelles sont, selon votre entendement, les menaces qui pèsent sur le processus électoral ?

FMM : Que celui-ci ne respecte pas le délai constitutionnel, auquel cas les Institutions seraient certes légales, mais plus légitimes. Que l’objectivité et l’impartialité des organes en charge de ces élections soient sujettes à caution. Que les maux, les prétendues réponses aux problèmes récurrents des élections soient identiques à chaque échéance électorale, jusqu’à quand? En conclusion, un recul de nos encore trop fragiles Institutions démocratiques.

Propos recueilli par WAK

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