Economie

Interview exclusive : Kabeya Kanyonga : « Grâce à la micro-finance, nous préservons et encourageons l’esprit d’entreprise »

Ayant décidé de revenir au pays, il s’est engagé auprès des masses laborieuses pour susciter, encourager et aider les congolais à entreprendre pour lutter contre la pauvreté et s’inscrire dans le merveilleux processus de production des richesses. Détenteur d’une maîtrise en sciences économiques, l’actuel Directeur Général de Baobab RDC Kabeya Kanyonga a exercé plusieurs fonctions dans différentes structures bancaires de la place, notamment Directeur Central de l’Exploitation de BGFI BANK RDC entre 2018 et 2020, Directeur responsable des entreprises à Equity Bank Congo entre 2016 et 2020. Il a assumé également le rôle de Directeur chargé de la trésorerie à Vodacom Congo de 2015 à 2016 et la fonction de Directeur de la Trésorerie de la Banque Internationale de Crédit de 2012 à 2014. Un parcours riche et fructueux pour ce diplôme de l’Université de Cumbria en Administration des Affaires entre 2013 et 2019. Il a aussi bénéficié en 2017 d’une formation en Finance et management de l’école de Francfort en Allemagne. Ci-dessous, l’intégralité de l’interview.

William Albert Kalengay (WAK)/ Monsieur Kabeya Kanyonga, Nous sommes ici pour parler de vos activités. Vous êtes un congolais qui a beaucoup vécu en Belgique et vous avez décidé de revenir au pays. Pourquoi ?

Kabeya Kanyonga (KK)/ J’ai décidé de rentrer au pays parce que je croyais que rester à l’étranger n’est pas toujours évident pour un congolais. Même si à l’étranger, on arrive parfois à construire une bonne vie. revenir au pays nous donne beaucoup d’opportunités, on retrouve sa famille et ses amis amis. Nous avons une énorme envie d’un développement personnel et d’un épanouissement professionnel. Et je pense que la RDC nous offre énormément d’opportunités et beaucoup d’amour.

WAK/ Vous êtes ce qu’on appelle un technocrate dans le domaine des banques. Quelle est votre spécialité ?

KK/ En fait, je suis un économiste de formation. Je peux donc travailler dans une banque commerciale, voire travailler à la Banque Centrale. Puisque j’ai de très bonnes compétences en trésorerie et finance de manière générale et une bonne maîtrise en macro-économie. Il reste encore énormément de choses à faire en RDC et je mets mon expertise au service de la population congolaise pour pouvoir améliorer les choses.

WAK/ Vous n’avez pas attendu en arrivant ici. Vous avez travaillé quand-même dans quelques banques. Aujourd’hui, vous êtes dans un projet. C’est lequel ?

KK/ Actuellement, je suis Directeur Général de la microfinance Baobab dont l’actionnaire majoritaire est le groupe Baobab basé à Paris. C’est un très bon projet. Et je pense que l’économie congolaise a besoin des institutions des microfinances pour soutenir et accompagner les micro entreprises et les PME.

Je me retrouve dans un environnement où on aide les congolais à monter leur entreprise, à vivre de leur activité économique.

Les gens pensent que le congolais n’est pas entreprenant; il est aussi paresseux. Mais je vais vous dire que dans cette structure, je rencontre des mamans, des jeunes et des vieux qui travaillent depuis des années et ont besoin de petits financements. Et je rappelle que dans notre structure nous donnons des crédits entre 150 à 100 000 USD. Et la majorité des crédits que nous offrons oscille entre 150 et 5000 USD. Et vous voyez que certains congolais n’ont pas vraiment accès à des banques commerciales. Ils ont besoin d’un appui financier comme le nôtre pour réaliser leur projet.

Je vous assure que c’est une belle expérience pour moi. Puisque je rencontre les mamans qui ne sont pas aller à l’école mais elles maîtrisent leurs activités économiques comme si elles étaient issues d’une école de commerce.
D’ailleurs, elles sont parfois plus entreprenantes que les gens qui sont allés à l’université.
Ce qui peut être donc une belle étude économique pour le gouvernement congolais et pour tout le reste du monde.

WAK/ Dans notre pays, les crédits existent. Mais les conditions d’accès sont souvent draconiennes et parfois impossible. Alors, quelles sont les conditions d’accès à vos crédits ?

KK/ Non. Je ne pense pas que c’est difficile d’avoir un crédit. Quand je vous dis que les mamans ont accès à ces crédits, c’est parce qu’elles comparent souvent le coût d’un crédit et la rentabilité de leurs projets. Il faut toujours comparer la rentabilité et le coût de production pour se lancer d’une affaire. Si la rentabilité couvre le coût de financement, il faut alors contracter un crédit. On ne donne pas de crédit à tout le monde. On donne uniquement aux personnes dont le crédit devait améliorer leur condition de vie et elles ont également la capacité financière de faire face aux charges financières.

Les conditions ne sont pas très difficiles, notre objectif est d’assurer que la majorité des congolais ait l’accès au crédit.

Il est important de souligner que Baobab Décaisse en moyenne USD 2 millions par mois pour plus au moins 600 personnes. Ce chiffre correspond à la production pour la ville de Kinshasa uniquement. Bientôt, nous irons dans d’autres provinces. Mais 600 personnes, c’est déjà énorme. Ce qui veut dire que l’accès est là. Il faut justement accompagner les petites entreprises par de formation en gestion pour qu’elles améliorent leur capacité financière ainsi elles vont améliorer leur capacité de gérer leurs finances, leurs crédits.

WAK/ Avant vous, il y a eu d’autres entreprises des micro-finances qui s’étaient installées dans le pays et qui avaient commencé à fonctionner. Mais nous avons constaté que beaucoup se sont retirées. Et même si elles n’étaient pas tombées en faillite mais elles ont quand même mis leurs propres clients en difficulté. Selon vous, qu’est-ce que vous avez fait pour que ça ne vous arrive pas ?

KK/ Comme je l’ai dit au début, on donne un crédit de 150 à 100 000 USD pour la microfinance. Et la majorité de 150 à 2000 USD. Pour réussir dans ce secteur, il faut avoir une forte discipline et il faut être rigoureux dans ce que l’on fait. Il est vrai que nous collectons de l’épargne pour nos clients. C’’est cette épargne qui nous permet de financer les crédits. Pour rester longtemps, nous tenons beaucoup à la discipline et à la rigueur dans la gestion. Et n’oubliez pas que nous appartenons à un groupe qui est basé à Paris. Mais nous avons également des représentations dans d’autres pays. Nous sommes en RDC, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et même à Madagascar sans oublier le Nigeria. Donc, nous sommes un groupe et on partage l’expérience professionnelle entre dirigeants.

Il faut noter aussi que nous regardons aussi notre environnement congolais pour comprendre pourquoi les autres ont échoué et nous tirons des leçons pour améliorer les choses. Je voudrais souligner aussi que nous avons mis en place une bonne structure de gestion. Nous avons des hommes et femmes compétents. La société est dirigée, en majorité, par les congolais. Ces derniers ont été aussi formés localement puisqu’on engage pas seulement des congolais de l’étranger ou des étrangers.

WAK/ S’il vous est demandé de donner un conseil au gouvernement congolais pour pouvoir encourager les congolais à l’entreprenariat et à la microfinance, qu’est-ce que vous direz ?

KK/ Je dirai d’abord qu’on met en place une structure cohérente pour accompagner les PME et les micro-entreprises. Au niveau du gouvernement, il y a parfois des initiatives qui n’aboutissent pas pour une simple raison, l’existence d’un décalage énorme entre les besoins des institutions des microfinances et les solutions proposées par les experts du gouvernement. Et je pense aussi que le gouvernement devrait de temps en temps recruter dans ce domaine pour que les gens qui ont cette expérience puissent l’accompagner dans la définition de son plan économique.
il y a beaucoup de choses à faire. Et je pense qu’il faut un dialogue permanent entre le gouvernement et les structures de microfinance.

WAK/ Quelles sont les niches pour le développement économique de notre pays ?

KK/ Actuellement avec la situation de la crise sanitaire, je pense que nous devons maintenant encourager les gens à produire localement. Il y a possibilité mais il est important d’avoir quand-même l’appui du gouvernement. Il faut savoir qu’au Nigeria, au Kenya et dans d’autres pays africains, le gouvernement apporte toujours son soutien à une production locale. Et je pense aussi maintenant qu’il est temps, suite à la crise de la Covid-19 d’interroger notre capacité de résilience. Au niveau de la microfinance, on ne peut pas soutenir efficacement une production industrielle locale sans l’appui du gouvernement. Donc, il est important que nous travaillions ensemble en prenant en considération tous les aspects de la vie économique, impôts, taxes, redevances afin de construire une bonne base pour les investisseurs congolais.

Donc, il faudra mettre une table ronde et privilégier le dialogue pour travailler main dans la main avec le gouvernement en vue d’accompagner les PME.

WAK/ Les PME qui vont vous lire diront peut-être que c’est une aubaine. Qu’est-ce que vous pouvez leur dire ?

KK/ Le message est très positif. Je ne pense pas que l’obtention d’un crédit soit très difficile. L’accès est là, nous faisons un effort pour les accompagner. Il suffit qu’ils frappent à la porte de Baobab et nous allons les accompagner.

Propos recueillis par GeopolisHebdo
Et texte écrit par WAK et Djodjo Mulamba

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