Economie

Interview exclusive – La RDC pourra-t-elle bénéficier d’un second décaissement du FMI ? : Éclairage de Gabriel Leost

Au cours du mois d’octobre 2021, une équipe de travail du Fonds Monétaire International (FMI) a effectué une mission en République Démocratique du Congo (RDC). Une mission qui a eu pour objet central l’évaluation de la première phase du programme économique de la RDC soutenu par la Facilité Élargie de Crédit (FEC). Échelonné sur trois ans, ce programme du gouvernement congolais vise à préserver la stabilité macroéconomique et à relancer la dynamique des réformes pour stimuler une croissance durable et inclusive. Evalué à 1,5 milliard USD qui est réparti en 7 tranches, ce programme a déjà bénéficié du premier décaissement de l’ordre de 230 millions USD. Selon l’équipe du FMI en mission en RDC, le gouvernement a respecté les critères fixés par l’institution de Breton Wood pour bénéficier de la deuxième tranche de crédit car des avancées sont enregistrées surtout en ce qui concerne l’amélioration des recettes fiscales, les réformes structurelles et le cadre de politique monétaire. Mais il faudra attendre la conclusion du Conseil d’Administration du FMI pour décider sur le rapport de la première revue du programme. Dans une interview accordée à GeopolisHebdo, Gabriel Leost, Représentant-résident du FMI en RDC apporte quelques éclaircissements sur cette première évaluation du programme triennal RDC-FMI. Ci-dessous, l’intégralité de l’interview.

Djodjo Mulamba (DM)/ Au mois d’octobre dernier, le FMI a diligenté une mission d’évaluation du programme économique de la RDC soutenu par la Facilité Élargie de Crédit. Que peut-on retenir de cette première revue du programme triennal RDC-FMI ?

Gabriel Leost (GL)/ Effectivement, les discussions sur la revue du programme se sont tenues au mois d’octobre.  J’ai essentiellement trois messages à communiquer sur ce qu’il faut retenir de ces discussions. Le premier message est que nous avons eu un échange fructueux, intense et franc avec les autorités du pays. Un échange qui nous a permis certainement d’avancer comme prévu et d’aller vers la perspective du Conseil d’Administration du FMI qui se tiendrait vers mi-décembre. Si le Conseil d’Administration approuve cette première revue, il y aura le décaissement avec à la clé environ 215 millions USD. Le deuxième message est que nous avons vu, au cours de cette mission, des progrès dans plusieurs secteurs, notamment le secteur économique qui est marqué par la révision à la hausse de la croissance économique en 2021 et 2022. Il y a aussi des progrès dans le secteur des réformes prévues dans le cadre du programme du gouvernement tout en constatant de nombreux défis à relever. Ce qui n’est pas étonnant. Comme vous le savez, la RDC est un pays qui présente des nombreuses fragilités dans les domaines clés de ce programme. Il y a donc des fragilités dans la mobilisation des recettes fiscales, l’utilisation de ces ressources vers des dépenses prioritaires pour le gouvernement, la gouvernance, la politique monétaire et j’en passe. Donc, il y a beaucoup de fragilités. Mais si je cite ces fragilités, ce n’est  pas pour stigmatiser le pays. Bien au contraire, c’est pour souligner que le FMI s’intéresse beaucoup à ces questions des fragilités et est en train de finaliser une nouvelle stratégie à la demande du Conseil d’Administration pour renforcer son engagement dans les pays fragiles. Le troisième message est en lien avec l’un des objectifs de ce programme. Il s’agit du renforcement des dépenses prioritaires. Cette revue est à la base des discussions sur l’utilisation par le gouvernement de la récente allocation des Droits de Tirage Spéciaux (DTS). Et le gouvernement nous a confirmé son intention d’en garder la moitié pour les réserves de change à la  Banque Centrale du Congo et d’utiliser l’autre moitié, soit plus de 750 millions, USD, pour des dépenses d’investissements prioritaires. Et nous avons discuté plus en détails sur cette perspective et sur les conditions de mise en œuvre par rapport à ces dépenses qui ont été inscrites dans le budget actuellement en discussion.

DM/ Est-ce que les critères fixés par le FMI ont été respectés par le gouvernement congolais dans cette première phase ?

GL/ Chaque revue est basée sur l’analyse que fait l’équipe du FMI du respect d’un certain des critères et conditionnalités. Il y avait d’abord des critères quantitatifs qui sont relatifs aux déficits publics, à la non accumulation des arriérés sur la dette externe et à un plafond d’endettement non confessionnel. Et ces critères quantitatifs ont été respectés. Ensuite, il y avait des critères qu’on appelle des critères structurels. Ces critères sont aussi respectés et d’autres sont en cours être remplis. Parmi eux, il y a par exemple la publication des états financiers audités de la Gécamines. Ce qui a été fait au mois d’août dernier.

DM/ Au terme de la mission d’évaluation, les autorités et l’équipe FMI ont conclu un accord sur la première revue de ce programme. Pouvez-vous nous parler de cet accord ? De quoi s’agit-il exactement ?

GL/ A l’issue de la mission, la chef de la mission a déclaré ce qu’on appelle un accord au niveau des services. Et là, il faut expliquer le processus au sein du FMI. A l’issue de cette discussion avec les autorités, l’équipe du FMI juge que les avancées, le respect des critères du programme pour l’année à venir sont pour envisager à la conclusion positive de cette revue. Et c’est ce qu’a fait la cheffe de mission du FMI. Cela dit, la décision ultime est celle du Conseil d’Administration du FMI. Donc, ce n’est pas l’équipe du FMI en mission en RDC qui décide de conclure positivement la revue et de procéder au décaissement associé. Le dernier mot viendra du Conseil d’Administration et il est prévu le 8 décembre. Entre la fin de la mission et le Conseil d’Administration, l’équipe du FMI en mission en RDC prépare un dossier ou un rapport de service sur base duquel le Conseil d’Administration se prononcera.

DM/ Peut-on espérer à un avenir meilleur du programme triennal RDC-FMI après cette évaluation ?

GL/ La décision du Conseil d’Administration sera la conclusion positive de la première revue permettant le décaissement associé à celle-ci. Et le programme va continuer et il y aura une  nouvelle revue sinon avec une nouvelle mission du FMI aux alentours du mois d’avril 2022. Ce qui va à nouveau permettre d’établir le constat sur les avancées du programme notamment en ce qui concerne les réformes prévues et mises en œuvre par le gouvernement. Il faudra donc savoir si ces réformes vont dans le sens attendu ou encore au sens du renforcement des recettes fiscales, de meilleures utilisation et priorisation des dépenses du gouvernement, de la meilleure gouvernance et de la transparence dans tous les secteurs qui touchent aux finances publiques, le marché monétaire et le domaine financier.

DM/ Si le Conseil d’Administration boudait le rapport de mission, quel sort sera-t-il réservé au programme ?

GL/ On est dans un cas très hypothétique. Vous avez raison de ne pas préempter la décision du Conseil d’Administration car c’est son rôle de décider. Dans le cas où la revue du programme n’est pas conclu, le dialogue va se poursuivre entre les autorités du pays et l’équipe du FMI. Mais j’espère qu’on arrive à des avancées satisfaisantes pour pouvoir conclure la revue. Vous pouvez voir l’exécution des programmes dans d’autres pays où on peut avoir des revues qui sont repoussées dans le temps. Et on peut avoir des revues combinées parce qu’on n’a pas conclu telle ou telle revue et qu’on a décidé finalement de conclure une revue en même temps que la suivante. Mais actuellement on espère tous que le Conseil d’Administration prendra une décision positive pour confirmer cette revue.

DM/ Pourquoi le décaissement des fonds se fait-il en 7 tranches ? N’est-il pas possible de le faire en une seule ?

GL/ Au moment du lancement du programme, l’équipe du FMI analyse avec les autorités les besoins de financement du pays sur la durée du programme. Et puis on décide un calendrier potentiel de décaissement qui dépend vraiment de l’anticipation de ces besoins de financement pour plusieurs années. Dans certains cas, on peut estimer le besoin des financements à très court terme qui seront moins importants l’année suivante. Dans ce cas là, on aura des investissements importants au début du programme et moins importants à la fin. Dans d’autres cas, ça peut être l’inverse. Cependant, dans le cadre du programme soutenu par la Facilité Élargie de Crédit pour la RDC, il a été décidé de commun accord avec les autorités congolaises qu’on ne peut avoir que des décaissements égaux par tranche tout au long du programme. Ce que nous anticipons est qu’il s’agit des 7 décaissement au total. Et on a eu le premier au moment de l’approbation du programme le 15 juillet dernier. Et il y a un deuxième décaissement à venir en attendant la décision du Conseil d’Administration du FMI prévue le 15 décembre. Et tous les six mois, on a un décaissement.

DM/ La publication de contrats miniers a été l’une des conditions majeures pour l’approbation du programme par le FMI. Une partie a été publiée. Est-ce qu’il faut publier d’autres pour s’assurer du soutien effectif du FMI ?

GL/ Là, vous touchez un point très important. Dans le cadre du programme, c’est une conditionnalité qu’on appelle continue. C’est-à-dire que les autorités se sont engagées, tout au long du programme, à publier tous les nouveaux contrats miniers. Donc, revue après revue, on continue à regarder ce qui a été fait. Mais ça reste un objectif important pour le succès du programme.

DM/ D’après le FMI, le budget 2021 repose sur des hypothèses crédibles des recettes. Mais est-ce que c’est le cas pour les dépenses ? Ne faut-il pas revoir ce côté (dépenses) ?

GL/ Il y a deux choses à voir dans la crédibilité côté dépenses à savoir : l’enveloppe globale des dépenses prévues qui doit être cohérente avec l’enveloppe des ressources basée elle-même sur des hypothèses crédibles en termes des recettes domestiques et aussi des financements apportés par l’extérieur ou les autres financements. Une fois qu’on a défini l’enveloppe globale des dépenses, on va maintenant plus parler de crédibilité des  dépenses prévues secteur par secteur et éventuellement programme par programme et la capacité de mise en œuvre par le gouvernement. C’est particulièrement important notamment pour les dépenses d’investissements. Vous pouvez avoir des investissements qui peuvent mettre plusieurs années à être exécutés. Donc, il faut prévoir des financements pluriannuels. C’est quelque chose sur laquelle on a discuté longuement lors de cette première revue notamment du fait que le gouvernement nous ait confirmé son intention d’utiliser la moitié de l’allocation générale des DTS qui a été alloué à la fin du mois d’août, un peu plus de 750 millions USD inscrits dans le cadre du budget 2022. Tenant du caractère pluriannuel d’investissements et de la capacité de mise en œuvre de ses investissements, il est prévu en termes d’exécution 300 millions USD qui seront utilisés en 2022 pour des investissements prioritaires et puis le reste des décaissements aura lieu les années suivantes.

DM/ Votre dernier mot…

GL/ Un dernier mot pour dire un rôle très important de ce programme soutenu par le FMI. C’est ce qu’on appelle le rôle catalyseur. On a parlé du montant apporté par le FMI. Premièrement, le FMI n’est pas tout seul. Deuxièmement, ce montant, qui représente quand-même une somme significative, serait bien insuffisant au regard des besoins d’un pays comme la RDC. Le rôle catalyseur veut que si les autorités du pays avancent de façon satisfaisante avec ce programme et si les principaux objectifs montrent des résultats positifs, on peut espérer qu’avec ce cadrage du programme soutenu par le FMI, les autres partenaires du pays (Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement, l’Union Européenne, les bailleurs de fonds bilatéraux) puissent renforcer leur aide et leurs activités en RDC. D’autre part, c’est que ça puisse avoir un effet positif sur les investisseurs privés, y compris les investisseurs étrangers.

Propos recueillis par Djodjo Mulamba

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