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Interview exclusive – Lutte contre l’évasion des primes d’assurances : Alain Kaninda : ‘’ L’ARCA est en train de monter en puissance en termes de coercition, sensibilisation et vulgarisation de la Loi. ‘’

L’Autorité de Régulation et de Contrôle des Assurances (ARCA), instituée en exécution du Décret n° 16/001 du 26 janvier 2016, est en train de monter en puissance en termes de coercition, de sensibilisation et de vulgarisation de la Loi n° 15/005 du 17 mars 2015 portant Code des Assurances. Annonce faite par son Directeur Général, M. Alain Kaninda Ngalula, jeudi 16 juin 2022, au cours d’une interview exclusive accordée à l’émission ‘’Focus sur les entreprises ‘’ présentée par Willy Kalengay et diffusée sur Géopolis TV, une chaîne économique captée sur TNT et Easy TV. Les entreprises et organisations qui pratiquent l’évasion fiscale en s’assurant à l’étranger sans obtenir une dérogation officielle du ministre ayant la gestion des Finances dans ses attributions, sont donc prévenues. Elles subiront la rigueur de la Loi susmentionnée. ‘’ L’ARCA a pour mission de faire entrer sur le marché de nouveaux acteurs privés. Ces derniers doivent respecter la Loi avant tout agrément en termes de capitalisation, en termes de solvabilité, en termes des moyens financiers mais surtout, de respecter les droits des assurés sous peine des sanctions ‘’, a averti le régulateur. Profitant de l’occasion ainsi offerte, Alain Kaninda a présenté son bilan plus que reluisant, chiffres clefs à l’appui, depuis son avènement à la tête de l’ARCA et surtout, les perspectives d’avenir dans ce secteur porteur de croissance. ‘’ Aujourd’hui, si tous les opérateurs économiques qui ont investi en RDC respectent strictement l’article 296 de notre Loi, notre marché ne peut pas être en dessous de 1 milliard USD (Actuellement de 220 millions USD) ‘’. Foi du DG de l’ARCA.

Géopolis TV (GTV) : Bonjour Monsieur le Directeur Général, merci d’accepter cette interview. Nous savons que vous n’avez pas beaucoup de temps et ça été rude par ce temps qui court d’avoir devant nous quelqu’un comme vous. Merci donc d’être là.

Alain Kaninda Ngalula (AKN) : Je vous en prie…

GTV : Depuis quelques mois, nous sommes dans la redevabilité. Nous voulons savoir si les personnes qui sont mandatées pour exercer une fonction quelconque dans l’architecture de l’Etat, l’exercent avec science et dans l’art ? Monsieur le Directeur, ma première question est simple. Pourquoi après la libéralisation, il aurait fallu la régulation ?

AKN : Merci Monsieur Kalengay Willy (pour la question). D’abord pour l’invitation. On est toujours disposé, disponible, à le faire mais évidemment nous avons beaucoup des charges et beaucoup, disons des résultats à atteindre. Ce qui fait que ça nous rend parfois indisponibles mais c’est avec beaucoup de plaisir que nous vous recevons. Le contexte concernant la libéralisation, vous l’avez indiqué en introduction, nous sortons de beaucoup d’années de monopole. L’histoire de notre pays est connue. Nous avions décidé dans les années 63 de créer une seule société nationale. C’était la vision politique de nos autorités à l’époque parce qu’on s’était rendu compte simplement que le marché des assurances qui générait beaucoup des capitaux, beaucoup des flux financiers. Mais malheureusement, ces flux financiers ne restaient pas au pays. L’on sait que le secteur des assurances est l’un des secteurs les plus importants qui mobilisent des capitaux à mettre à la disposition du pays pour le financement de l’économie à travers l’épargne qui est générée. A cette époque, le Maréchal Mobutu avait décidé, écoutez comme on a une économie coloniale post coloniale et que l’on s’est rendu compte les capitaux ne venaient toujours pas pour financer l’économie, il fallait mettre en place une société nationale qui aura seule le droit de travailler sur le marché des assurances en tant que société monopole afin de retenir tous ces capitaux et les mettre à la disposition de notre économie. Après 30 – 35 ans, après l’évaluation, on s’est rendu compte que les résultats n’étaient pas au rendez-vous. Raison pour laquelle, après plusieurs années de discussion de 10 – 15 ans, finalement en 2015, on a décidé de libéraliser le secteur avec comme pari de se dire, ce que nous n’avons pas pu faire avec le monopole, nous voulons le réussir avec la libéralisation. Ce sont des notions économiques. Libéraliser veut dire la compétition, avoir de nouveaux opérateurs privés, la concurrence et même aussi, dynamiser la Société Nationale d’Assurances (SONAS).
Avec la libéralisation, on retient deux choses importantes. Ce que, libéraliser veut dire, on veut avoir un impact sur d’autres secteurs économiques et financiers. Parce que tant que les assurances n’étaient pas effectives et libéralisées, cette situation bloquait un certain nombre des secteurs économiques et deuxièmement, mettre fin au monopole et donc, permettre aux acteurs privés de venir sur le terrain. C’est sur ce pari là que nous sommes. La loi a prévu au niveau de la libéralisation, je citerais simplement trois innovations majeures. Premièrement, vous avez parlé du régulateur qui joue le rôle de l’arbitre, qui est là sur terrain pour organiser ce nouveau marché qui n’est plus aujourd’hui mais qui est aujourd’hui concurrentiel, qui a pour mission de faire entrer sur le marché de nouveaux acteurs privés. Ces derniers doivent respecter la Loi en termes de capitalisation, en termes de solvabilité, en termes des moyens financiers mais surtout, le cœur de notre métier en tant que régulateur. Nous avons comme principale mission, protéger les assurés parce que l’assurance c’est quoi ? Vous l’avez dit aussi, vous prenez un contrat avec une société d’assurance qui vous garantit qu’en cas de la survenance d’un sinistre ou d’un accident, elle doit vous indemniser. Mais il faut bien qu’il y ait quelqu’un qui surveille et qui s’assure que le contrat a été respecté afin que l’on ne se trouve pas dans une situation où il y a perte de confiance. Vous payez les primes et qu’au moment où on doit vous indemniser, il y a personne pour le faire. Et là c’est le rôle du régulateur, le rôle que nous avons-nous premièrement, ça il faut bien le retenir, c’est de protéger les assurés quels qu’ils soient afin que les sociétés d’assurances qui détiennent des capitaux respectent leurs engagements.

GTV : Je reste toujours la libéralisation et avec un peu d’histoire, si sous Mobutu on avait créé la SONAS pour pouvoir stabiliser les capitaux perçus dans le pays, alors quelles garanties avons-nous que nous pouvons encore maintenir les capitaux dans le pays en libéralisant ? Qu’avons-nous comme moyens et quelles sont les dispositions qui ont été prises ? Le besoin de financer l’économie n’est-il pas resté lui entier malgré la libéralisation ? Comment on fait, comment est-ce que la libéralisation peut garantir cela ?

AKN : Ecoutez… Là, on revient encore aux missions dévolues au régulateur. La Loi nous donne cette mission principale, je vous l’ai dit tantôt, celle de protéger les assurés mais lorsque vous jetez un coup d’œil sur le Décret portant création de l’ARCA, comme missions, nous avons à peu près 17 missions qui nous sont confiées. Les principales sont celles d’agréer les nouvelles sociétés d’assurances mais surtout, nous avons une mission importante, c’est de celle surveiller en permanence tous les opérateurs d’assurances qui sont sur le marché et de veiller à leur solvabilité financière. Cela veut dire que tous les capitaux qui passent par ces sociétés, en termes des primes, nous avons l’information et aussi, tous les indicateurs qui sont rapportés par ces sociétés. Et nous devons veiller à ce que ces moyens-là soient disponibles. Le système des assurances est le suivant : les sociétés perçoivent les primes et elles ont l’obligation de les replacer pour justement garantir la disponibilité de ces moyens financiers. C’est par ce mécanisme-là que nous faisons par la surveillance en permanence. Toutes ces sociétés nous donnent des informations et nous avons la capacité par ces contrôles permanents de voir que les capitaux sont disponibles et investis là où ils doivent être. Et ces capitaux sont mis à la disposition de notre économie.

GTV : A la différence d’autres régulateurs, vous vous avez une maternité. C’est vous qui agrée finalement ces sociétés. Ce qui est différent un peu des autres qui constatent l’existence des certaines entreprises. Quelles sont les règles de jeu pour être agréé parce que, je me rappelle que vous avez mis longtemps pour agréer la première entreprise d’assurance ? Comment procédez-vous pour agréer une société ? Finalement, il y en a combien aujourd’hui ?

AKN : Au niveau de l’agrément des sociétés, la loi a défini un certain nombre des conditions, plusieurs conditions, qui sont rigoureuses parce que, vous savez que les assurances font partie du secteur financier du pays. Il y a une question de confiance, de crédibilité et de notoriété pour toutes les sociétés qui se lancent dans ce secteur. Je veux me résumer en trois catégories. Premièrement, nous regardons l’aspect financier. La Loi fixe que toute société d’assurances qui veut œuvrer sur notre marché doit avoir un capital minimum de 10 millions de dollars américains placés dans une banque locale et que nous surveillons. C’est la première étape du matelas financier que nous avons pour la question de solvabilité. Avant même de produire votre premier chiffre d’affaires, vous avez l’obligation d’avoir ces 10 millions USD disponibles afin que l’on puisse vous prendre au sérieux. Deuxièmement, la qualité des investisseurs. Qui sont les investisseurs ? Qui sont les actionnaires ? Qui viennent comme équipes de direction ? Nous faisons nos enquêtes. Dans le dossier, on doit avoir tous les détails de tous les actionnaires, des gérants de la société et nous faisons nos enquêtes puisque nous avons aussi nos alter ego sur le plan international pour vérifier le niveau de sérieux. Pour ce faire, nous travaillons avec la Service national des renseignements financiers (SENAREF) qui vérifie l’origine des capitaux. D’où viennent-ils ? Est-ce que les opérateurs et les dirigeants que nous avons ne sont pas fichés quelque part pour ne pas faire entrer sur notre marché des délinquants financiers ? Nous regardons également le business-plan. Quelle est l’ambition de la société ? Quels produits veulent-ils amener sur le marché ? Quel est l’impact en termes des contributions au fisc, à l’économie et d’engagement des locaux au niveau de la Direction Générale ? Donc, nous regardons ces trois aspects. Lorsque nous sommes confortables que c’est une société qui mérite d’être sur notre marché, alors en ce moment-là, au niveau de notre Conseil d’administration, nous présentons le dossier afin que cette société soit agréée. Donc, il y a l’ensemble de ce dispositif qui fait que toutes les sociétés lancées sur notre marché ont pu réussir ces différents examens. Nous surveillons ces sociétés-là afin qu’elles restent à ce niveau-là.

GTV : Si on vous demandez de faire une brève présentation de ce marché-là, qui a réussi à passer les mailles de l’ARCA pour exister aujourd’hui comme société d’assurance ? En fait, quel est l’état des lieux ?

AKN : Aujourd’hui, nous avons sur notre marché les premiers agréments que nous avons donné, c’est en mars 2019, à l’époque où nous n’avions que la SONAS comme opérateur, nous avons quatre (4) nouvelles sociétés d’assurances. De 2019 à aujourd’hui, nous sommes passés d’une société monopole à cinq (5) qui opèrent sur le marché. C’est quand même un bon indicateur de l’intérêt que les investisseurs portent par rapport à notre secteur. Comme je vous l’ai dit, chacune de société investit au moins 10 millions USD pour pouvoir venir sur le marché. Le profil de ces sociétés ? Nous avons des sociétés locales – c’est une bonne chose – qui connaissent notre marché local et qui sont en lien avec le secteur bancaire. Nous avons également des sociétés panafricaines qui ont comme expertise le métier d’assurance, qui sont établies au niveau régional et africain. Nous avons aussi quelques sociétés au niveau sous-régional dans l’Afrique de l’Est. Nous avons un certain équilibre en termes de profil sur plusieurs opérateurs avec des stratégies qui sont différentes.

Donc, aujourd’hui, nous avons au-delà des sociétés d’assurances, dans le secteur de l’intermédiation, nous avons des courtiers, des agents généraux, nous en comptons plus de 25. Et tout récemment, j’ai donné des autorisations à trois (3) banques pour qu’elles puissent également rentrer dans le dispositif du secteur des assurances parce que, les banques avec leur distribution et présence sur toute l’étendue du territoire national, pourront aujourd’hui commencer à élargir les réseaux de distribution. Donc, nous sommes partis de quatre acteurs en 2019 pour en compter aujourd’hui près d’une quarantaine. On a au total 39 acteurs qui travaillent sur le marché.

GTV : Selon vous, quand on regarde le nombre d’acteurs au regard de l’étendue du pays et surtout, le tissu économique de notre nation, peut-on dire qu’il y a une faible pénétration du marché. Pourquoi ?

AKN : En termes des chiffres, ce que je pourrais vous indiquer pour faire référence à 2019, nous avions alors en ce moment-là un marché de l’ordre de 70 millions USD des primes d’assurances essentiellement représentées par la RC – Automobile. A fin 2021, nous comptons à peu près, nous allons publier nos chiffres dans les semaines qui viennent et je n’aimerais pas en donner trop de détails, nous sommes aux environs de 220 millions USD. Avec le secteur automobile qui avoisine les 55 millions USD. Aujourd’hui, nous avons sur le marché des nouvelles assurances qui n’existaient pas, qui aujourd’hui viennent sur le marché, avec une croissance organique. Donc, c’est le travail que les sociétés d’assurances ont pu faire avec l’assurance incendie, l’assurance-crédit et d’autres types d’assurances. Ce sont des nouvelles innovations de notre marché et qui aujourd’hui permettent la mobilisation de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de l’ordre de 55 millions USD qui sont entrés dans les caisses de l’État sans compter les impôts et taxes que les autres sociétés ont payé. Pour nous, c’est vrai, 220 millions USD restent en deçà de ce que notre marché doit être aujourd’hui parce que la Loi est très claire.

Vous l’avez dit, une autre innovation que la Loi a apporté, c’est de préciser que lorsque vos risques sont localisés en RDC, vous avez l’obligation de vous assurer en RDC (L’article 286). Les gens parfois m’appellent souvent pour demander des dérogations quant à ce. C’est un article-clef de notre Code des assurances qui s’impose. Nous, nous disons tout simplement ceci, vous pouvez observer plusieurs aspects. Aujourd’hui, si tous les opérateurs économiques qui ont investi en RDC respectent strictement cet article de notre Loi, notre marché ne peut pas être en dessous de 1 milliard USD. Là effectivement comme vous l’avez dit, nous montons crescendo pour être à peu près à 220 millions USD. Nous déployons beaucoup d’efforts pour arriver à convaincre les opérateurs économiques à s’assurer en RDC.

GTV : Monsieur le DG, essayons de décrire les choses telles qu’elles se présentent. La Loi impose à tout le monde de s’assurer. Ce n’est pas facultatif, l’assurance est obligatoire. Les entreprises minières ont l’obligation de s’assurer là où elles sont des opérations mais malheureusement, elles ne le font pas encore. Elles font tout pour s’assurer à l’extérieur du pays. D’où, votre cri d’alarme en disant que nous aurions pu atteindre 1 milliard USD. La Loi, on ne négocie pas avec. Quand les gens ne respectent pas la Loi, celle-ci doit agir. Pourquoi à l’ARCA, nous avons l’impression que vous voulez les cajoler ?

AKN : Bien écoutez, c’est une lecture que vous faites mais elle est loin d’être la réalité. Vous savez on a toujours cet équilibre qu’on va maintenir. A la fois, on nous demande de travailler pour l’amélioration du climat des affaires et en même temps, on doit faire respecter la Loi. Nous avons notre méthodologie pour la faire respecter. Nous avons d’abord commencé par un travail de vulgarisation, de sensibilisation et d’explication. C’est que nous avons fait ces trois dernières années dans le secteur minier. Depuis une année, nous avons entamé des missions de contrôle, avec des redressements et des amendes parce que, la Loi prévoit en cas de non-respect de l’article ci-haut cité, on vous inflige des amendes. Nous avons commencé nous-mêmes à faire ce travail-là. Il y a de la coercition qui est faite directement par les agents de l’ARCA et vous savez qu’il faut mettre en place tout un dispositif. Nous avons mis en place des OPJ qui ont prêté serment l’année dernière qui vont dans le sens de verbaliser les sociétés. Ces équipes sont en campagne que nous intensifions, vous avez vu récemment dans la stratégie que nous avons mis en place pour rendre beaucoup plus coercitif notre démarche, c’est celle de travailler avec les services spécialisés.

Cette question a été portée au niveau du Gouvernement lors du dernier Conseil des Ministres présidé par le Chef de l’Etat (Félix Tshisekedi) qui nous a demandé d’intensifier ce travail de la lutte contre l’évasion des primes d’assurances. L’ARCA a fait le travail, a mis en place ses propres OPJ qui vont verbaliser les sociétés, qui font des enquêtes et vont ramener l’information des fuites des capitaux qui sont faites. Nous allons également donner des rapports à notre ministre de tutelle, le ministre des Finances, qui a également fait passer des communiqués et qui est (également) intransigeant sur la question. Aujourd’hui, nous avons des missions conjointes qui sont lancées. Le travail commence dans les heures qui viennent. Avec la SENAREF, avec également l’Inspection Générale des Finances (IGF). Parce que lorsque la question d’évasion des primes d’assurances est concernée, ce n’est pas seulement un manque à gagner au niveau du secteur des assurances mais aussi, au niveau de l’État sur le plan fiscal. Nous le disons, toutes les manigances que les sociétés font pour arriver à placer les primes à l’étranger, il y a forcément quelque part des opérations qui sont entachées des problèmes d’irrégularités et de marché noir.

GTV : Pourquoi ces entreprises qui ont quand même trouvé de bifteck, leur travail ici, pourquoi elles veulent toujours s’assurer à l’extérieur ? Si nous nous regardons en face en tant que pays, n’y a-t-il pas des raisons objectives à cette évasion-là ? Ces entreprises ont-elles réussies des assurances qu’en s’assurant au pays, nos entreprises ont des moyens pour l’indemnisation en cas de survenance du sinistre de bonne foi ?

AKN : Je veux vous répondre mais vous n’allez pas me reprocher que je suis très bien éduqué parce que j’avance des raisons objectives. Mais je profite de l’occasion pour vous dire, en réalité, nous nous avons un travail de reconstitution de confiance à donner au niveau du marché. Et cette confiance passe justement par la qualité des opérateurs que nous avons sur notre marché. Nous y veillons et c’est le travail que nous faisons de manière permanente. Il faut que nos opérateurs d’assurances que nous avons agréés, nous le répétons et le demandons à tout le monde, c’est pour cela que nous faisons cette surveillance, aient des profils qui donnent confiance à tout le monde. Ils doivent avoir la capacité financière, nous y veillons, y compris la capacité technique. Ce que nous disons aux opérateurs miniers, vous avez l’obligation de respecter la Loi. Vous devez respecter la Loi en suivant le schéma qu’elle a prévu, vous devez d’abord travailler pour que localement l’on soit sûr que la capacité locale que nous avons de nos entreprises est épuisée avant de pouvoir aller à l’étranger. Et même si vous devriez aller à l’étranger, vous devez le faire dans le cadre de la Loi. Cette dernière donne la possibilité à travers un rapport que l’ARCA pourra faire, sur une demande qui est faite au niveau du ministère des Finances, qu’une dérogation soit donnée afin de vous permettre de vous assurer à l’étranger. Mais cela peut prendre du temps. Mais on voit quand même une évolution qui est en train d’être faite pour que les sociétés comprennent et réalisent que ce que nous disons par le respect de la Loi, nous savons que certaines sociétés disent que nous faisons trop de bruit et que nous finirons par nous fatiguer. Nous ne nous fatiguons pas, nous sommes au contraire en train de monter en puissance en termes de coercition. Nous ne sommes plus à l’époque où travaillions seuls, aujourd’hui nous bénéficions de l’appui des services spécialisés pour être encore beaucoup plus coercitif et de pouvoir mettre mal à l’aise tous les délinquants qui ne respectent pas la Loi.

GTV : Pourquoi est-ce que la notion du tarif minimum a duré trop longtemps ? Vous avez presque pris trois ans pour instituer le tarif minimum. Pourquoi ?

AKN : Je peux vous dire par exemple que les décisions que nous avons prises ne sont pas suffisantes. Tarif minimum, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que vous avez la capacité de regarder sur votre marché, de lire des statistiques parce que les assurances c’est ça, vous devez avoir des statistiques, des données, une historique, qui vous permettent aujourd’hui de définir les différentes branches d’assurances qui existent, quel est le niveau de sinistralité et d’accidents qui arrivent. Sur base de ces données-là que vous pouvez définir aujourd’hui un certain nombre de tarifs. Nous nous sommes un jeune marché qui a été libéralisé. Nous avons 50 années de monopole avec la SONAS qui a ses propres données mais on ne peut pas seulement utiliser ces données d’un marché de monopole pour pouvoir fixer les tarifs. Donc, nous avons commencé d’abord par voir ce qui se passe au niveau de notre marché, des données réelles, des données fictives, dans un marché concurrentiel pour alors en ce moment-là, de commencer à définir le premier tarif sur base des données historiques, des chiffres qui viennent du marché et des opérations du marché.
GTV : Le Président de la République en vous nommant à ce poste et au ministre des Finances en vous accordant un certain nombre des prérogatives, avait à mon humble avis l’idée que les assurances constitueraient un levier de croissance. Alors, vous êtes là depuis quelque temps, si on vous demande qu’est-ce qui a vraiment marché ? Monsieur Kaninda, quel est votre bilan de passage à l’ARCA comme ça ? De quoi êtes-vous fier de la fonction que vous occupez et surtout, dans le leadership que vous exercez ?

AKN : Merci pour la question. Encore une fois ici, l’occasion m’est donnée pour remercier Son Excellence Monsieur le Président de la République pour ce privilège et cette confiance qu’il a accepté de manifester à l’égard de ma personne et également de Madame le Directeur Général Adjoint, Fany Mbilo, pour continuer à gérer cette entreprise. Et dans la vision du chef de l’État, il avait d’ailleurs indiqué avant la mise en place du Gouvernement de l’Union sacrée de la nation, c’est de travailler pour que ce qui appartient au Congo revienne au Congo. Il avait dit très clairement qu’il faut qu’on travaille énormément dans cette campagne de lutte contre l’évasion des primes, pour que les capitaux qui sont à l’étranger reviennent dans notre économie. Et d’ailleurs Son Excellence Monsieur le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge l’a même inscrit dans son programme de Gouvernement, en nous demandant de continuer sur cette campagne de la lutte contre l’évasion des primes, mais également de travailler sur la capacité de pouvoir développer nos capacités de développer nos capacités de réassurance localement.

Aujourd’hui, comme je l’indique, on peut prendre quelques indicateurs. Nous voyons sur les trois années d’activité un marché qui est passé de 70 millions aujourd’hui à 220 millions USD. Ce sont des capitaux qui sont à la disposition de notre économie. C’est presque 100 millions USD qui sont mobilisés par les sociétés d’assurances. Nous avons comme je vous l’ai indiqué la TVA qui est apportée au niveau du Trésor public, presque 55 millions USD, nous avons aujourd’hui de l’emploi qui a été créé. Près de 230 emplois sur les trois années par les différentes sociétés qui sont sur notre terrain. Et tout ceci va à l’actif du Chef de l’État parce que, ce n’est qu’à son avènement que nous avons effectivement pu libéraliser en mars 2019 et aujourd’hui, nous sommes dans une tendance qui est celle de plus de plus de voir les opérateurs qui veulent se conformer et respecter à la Loi. Ils veulent rapatrier les capitaux mais notre mission est celle de rassurer en leur disant que localement, vous serez couverts lorsque vous ramener l’intégralité de vos risques au pays. Mais à chaque fois que ceux qui ne le font pas, nous avons la Loi pour faire respecter l’ordre dans le secteur. En termes de bilan, du moins de ce que nous pouvons comptabiliser, ce sont tous ces éléments qui sont à apporter à l’actif du Chef de l’État. Nous continuons à appliquer sur terrain la vision du chef de l’État.

Au-delà des grandes sociétés, nous voulons apporter une assurance qui soit populaire. A ce propos, nous travaillons actuellement sur deux chantiers qui préoccupent le chef de l’État : 1) Au niveau du secteur de l’agriculture, nous travaillons pour avoir l’assurance agricole. C’est une assurance inclusive qui permettra à la majorité de la population congolaise, parce que dans notre économie la plupart des personnes à bas revenus évoluent dans ce secteur-là, nous voulons les accompagner, nous avons ce problème à cœur et ; 2) Nous travaillons également pour avoir l’assurance santé universelle. Le secteur des assurances veut également apporter sa contribution pour accompagner la vision du chef de l’État dans le secteur de la santé, dans les aspects sur l’assurance populaire.

GTV: Vous avez quand même traversé des zones de doute. Qu’est-ce qui vous a été ou semblé difficile ?

AKN : Ce qui est difficile, écoutez, je le dirais à titre personnel… Vous savez, nous sommes dans un chantier qui est vaste et énorme. Parfois, on se demande par où commencer ? Parce que tout est urgent. Aujourd’hui, pour pouvoir développer ce secteur, nous nous sommes orientés vers le travail de sensibilisation et de lutte contre l’évasion des primes d’assurances, parce que nous nous disons que ce sont des capitaux qui appartiennent à la RDC. Ils doivent revenir au pays. Notre préoccupation profonde, c’est celle de voir comment les assurances ne doivent pas restées une question de l’élite ou d’un cercle fermé.

Comment nous faisons pour que la maman qui ne sait pas accéder aux soins de santé parce que son enfant est malade. Aujourd’hui, avec le système des assurances, qu’elle puisse y accéder sans nécessairement qu’on lui demande de payer avant la prise en charge de son enfant. Nous devons travailler sur la culture des assurances, nous devons appuyer sur le bouton de la vulgarisation pour toucher la majorité de la population. Ce travail demande des moyens colossaux que nous n’avons toujours pas à disposition toute de suite. Il faut que la machine prenne. Mais est-ce qu’on va y parvenir ? La méthodologie est-elle bonne pour atteindre les attentes que les autorités ont du secteur ? Nous sommes confiants en ce que nous faisons. Nous voyons déjà les résultats arriver. Cela prend du temps mais que les gens réagissent en s’inscrivant au niveau de la Loi. Parfois, nous le disons de manière indirecte. Je reviens des missions de service où nous avons pu participer à des forums internationaux, je vois une image qui est positive de la part de nos pairs qui sont à l’étranger, qui regardent la RDC et qui veulent encore que des nouvelles sociétés viennent sur notre marché.
Donc, je crois aujourd’hui en tant que régulateur, nous l’avons toujours dit il y a trois quatre ans, vraiment l’indicateur au niveau du marché, c’est la position du régulateur, je me souviens d’une question que vous avez posé en 2017, est-ce que nous avons un régulateur sur le marché qui est productif au niveau des agréments ? Est-ce que c’est un régulateur qui est faible sur le plan financier ? Je crois que nous avons pu quand même donner une image et des règles et des lignes de conduite là-dessus qui crédibilisent notre marché et qui attirent encore des opérateurs. Nous avons encore des devoirs internes à faire. Ce n’est pas de la chimère, ça va se faire.

GTV : L’une des promesses électorales du chef de l’État, c’est la couverture santé universelle. Vous l’avez évoqué tout à l’heure. Beaucoup de gens perçoivent cela comme un simple slogan. Est-ce possible  ce projet ? Si oui. Quel est votre part ?

AKN : Cela est tout à fait possible. La méthodologie du chef de l’État a été prouvée dans d’autres secteurs. Cas de la gratuité de l’enseignement et autres qui sont des réussites. Ça sera de même sur l’assurance santé universelle. Tous les indicateurs sont là. Il suffit seulement d’avoir de la volonté que le chef de l’État a imprimé. C4est un mécanisme qui demande à l’État aussi de mettre la main dans la patte. Comme aujourd’hui, il a pris le leadership et j’ai vu que le Premier ministre a rendu publics un certain nombre de Décrets quant à ce. Avec les subsides et l’accompagnement qui viennent en complément, on peut renforcer ce dispositif. Pour moi, ce n’est pas de la chimère, c’est faisable. Ça va se faire.

GTV : Quand vous voyez le secteur des assurances se développer, comment entrevoyez-vous ce secteur dans 10 ans, en 2030 ? Qu’est-ce que le Congo peut devenir grâce au développement de ce secteur ?

AKN : Ecoutez, moi ce que je vois, je peux dire dans les trois ans qui viennent, aujourd’hui, nous pensons qu’en travaillant comme nous le faisons en renforçant le rythme, on peut raisonnablement avoir un marché qui pèse aux alentours de 1 à 1,5 milliard USD. Et développant les autres secteurs pour booster le marché des assurances, car ce marché repose sur les grands opérateurs économiques tels que les miniers, les pétroliers producteurs et avec la construction des infrastructures telles que le port en eaux profondes de Banana, on peut atteindre le chiffre, voire même le dépasser. En réalité, le vrai marché dans notre pays, c’est la population dont le nombre avoisine les 80 à 100 millions d’habitants. S’il est développé et que demain, on commence à bénéficier de l’assurance-maladie, assurance-maison, assurance-véhicule, assurance-incendie et autres, dans les cinq années à venir, nous pouvons avoir un marché de 5 milliards USD qui fasse de la RDC l’un des marchés les plus importants d’Afrique. C’est dans cette dynamique là que nous travaillons et nous pensons que cela n’est pas impossible. Et c’est tout à fait possible.

Propos recueillis par WAK. Texte transcrit par Dieudonné Buanali.

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