Politique

Interview exclusive : Report du rapatriement des reliques de Patrice Lumumba : FRANÇOIS LUMUMBA SALUE L’IMPLICATION PERSONELLE DU CHEF DE L’ETAT

ET CONFIRME L’ENGAGEMENT DU MNC-L DANS LA TRANSFORMATION DU PAYS GRACE A UNE LUTTE ACHARNEE CONTRE LA CORRUPTION

Il est le président national du Mouvement National Congolais-Lumumba (MNC-L), et il a gardé sa lecture des évènements avec une vision dialectique portée par une longue lutte pour la démocratie. Le fils ainé du héros national Patrice-Emery Lumumba est allé jusqu’au bout de sa conviction. Avec ses frères et sœurs, ils n’ont pas lâchés l’affaire et avaient porté plainte pour l’assassinat de Lumumba en pleine fonction de Premier ministre. Aujourd’hui, le dialogue de vérité est installé entre la Belgique et la République Démocratique du Congo (RDC) et la justice belge s’est prononcé. Rapatrier les reliques pour réserver au héros national une sépulture fut le programme, malheureusement décalé à cause de la pandémie de Covid-19. Dans cette interview exclusive, François Lumumba, de son vrai nom complet, François Emery Tolenga Lumumba, revient sur les raisons de ce changement, mais aussi prend le temps d’exprimer son soutien au chef de l’Etat, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, pour le combat contre la corruption qui est dans sa phase décisive depuis l’engagement du Président.

Géopolis Hebdo
Comment avez-vous reçu le report de ce rapatriement et pourtant, vous vous êtes investis pour ce faire ?
François Lumumba
Il est important de comprendre le contexte dans lequel nous avons reçu cette information à laquelle nous avons d’ailleurs totalement adhéré. Le dossier du rapatriement est l’une des conséquences de l’action judiciaire menée par la famille depuis quelques années auprès des autorités judiciaires belges. Auprès de celles-ci, nous avions déposé une plainte portant à obtenir des réponses sur les circonstances de la mort de notre père et de clarifier le rôle joué à l’époque par le Gouvernement belge et certains milieux. Au cours de cette action et au regard de la situation même de l’époque, c’est-à-dire Patrice Lumumba a été assassiné en pleine fonction en qualité de Premier ministre du Congo, il était tout à fait normal que cette démarche commencée en famille puisse intéresser l’Etat congolais. C’est donc avec joie que nous avons vu l’intérêt que le président de la République avait réservé à ce dossier. A partir de ce moment, la famille, tout en étant présent, a vu ses efforts appuyés par les experts de la Présidence. Ce travail est allé loin jusqu’à la fixation de la date du rapatriement qui était, comme vous le savez, vers la fin du mois de Juin 2021. Mais entre-temps, le travail des experts a indiqué que la RDC, notre pays, était frappé par la troisième vague de la pandémie de Covid-19. Au regard des risques que cela pouvait représenter avec les manifestations prévues et surtout, la liesse populaire que le nom du héros national suscite encore dans le pays, il était normal que cette nouvelle donne soit prise en compte. Ainsi, les deux gouvernements ont communiqué sur la nécessité du report et nous ont transmis cette décision que nous avons acceptée naturellement.
Géopolis Hebdo
Que représente pour vous ce rapatriement ?
François Lumumba
Pour nous, cela est important comme pour toute famille qui a perdu un être cher. Nous avons vécu des années sans boucler cette situation douloureuse, car sur le plan même traditionnel, nous avons besoin d’honorer notre disparu. Nous sommes au cœur d’une situation qui a plusieurs dimensions, à savoir culturel, politique et historique. Patrice Lumumba est certes notre père et à ce titre, lui accorder une sépulture est notre devoir de fils avec l’obligation de transmission des valeurs familiales incarnées par lui. Sur le plan politique, il est le symbole d’une grande lutte, celle menée pour l’indépendance, pour la dignité et pour le développement du pays. A ce titre, il est de bon aloi de lui donner sa place dans le temps, mais aussi dans l’espace congolais. Lumumba est notre leader et notre chef du combat, nous pensons symboliquement être allés jusqu’au bout d’un processus. Notre pays est confronté à plusieurs défis et la figure tutélaire de Patrice Lumumba doit servir de trait d’union dans ce pays pour que nous retrouvions l’unité de pensée et d’action nécessaire à toute lutte des peuples pour la dignité.

Géopolis Hebdo
Monsieur François Lumumba, à suivre votre analyse largement d’ailleurs partagée par votre parti le MNC-L, l’un des problèmes majeurs auquel le pays fait face depuis l’indépendance est celui de la corruption qui est pour vous le facteur principal explicatif de tous les autres échecs ?
François Lumumba
En effet, depuis des longues décennies, l’image et la perception même que le pays reflète est malheureusement celle d’un pays qui vit une corruption généralisée. Toutes les tribunes voire, les grands organismes comme Transparency International, placent le pays parmi les plus corrompus au monde. Il est donc vrai de dire que la corruption freine le développement économique, elle réduit les services sociaux et surtout, opère des prélèvements sur les investissements destinés aux infrastructures, aux institutions et surtout, aux services sociaux. On ne peut se leurrer la face quand on cherche à expliquer les raisons à l’origine du paradoxe congolais à savoir, comment un pays aussi riche en potentialités peut abriter une population aussi pauvre ? Parmi les réponses désormais évidentes, il y a la persistance de la corruption dans le processus de production des richesses et dans la redistribution de celles-ci entre les citoyens. C’est une gangrène qui détruit tout et qui empêche le pays de prospérer. C’est pourquoi, le MNC-L a salué avec ardeur l’initiative prise par le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo d’inscrire parmi les axes prioritaires de sa vision, la lutte acharnée contre la corruption. Nous partageons cette vision et c’est depuis longtemps, car, pour notre part, la corruption ne peut favoriser le développement, elle est un facteur important de l’érosion des valeurs morales et du manque de respect des/aux institutions. Nous ne pouvons ignorer que la corruption est devenue un outil manipulé par les forces financières pour saper les droits de l’homme, la bonne gouvernance du pays, la sécurité sociale et morale. Elle est l’ennemi de la redevabilité et de la transparence. On peut remarquer comment elle contribue à la dépravation des mœurs des congolais.
Géopolis Hebdo
Comment la définissez-vous ce concept de corruption ?
François Lumumba
Nous avons approfondi cette question au sein du MNC-L et je dois vous dire que pour nous et je pense pour tout observateur, la corruption est le mesurage du pouvoir de l’autorité ou de fonctions publiques en vue de l’obtention d’avantages privés au moyen des pots-de-vin, d’extorsion, de trafic d’influence, de népotisme, de fraude, de paiement de facilitation ou détournement de fonds. La corruption est donc l’agissement par lequel, une personne investie d’une fonction publique ou privée sollicite ou accepte un don en vue d’accomplir un acte dans le cadre de ses fonctions. Vous comprenez que la corruption suppose un corrupteur et un corrompu.
Géopolis hebdo
De votre observation, comment la RDC fait face à cette guerre contre la corruption ?
François Lumumba
Comme je vous le disais plus haut, je suis heureux de constater que parmi les éléments qui accompagnent l’alternance, il y a aussi cette volonté exprimée par les autorités de s’attaquer effectivement à ce fléau. Nous ne pouvons qu’appuyer cette démarche, car par le passé nous avions dénoncé le fait que certains services de l’Etat chargés d’octroyer aux entreprises des facilités dans le domaine des affaires ne le faisaient pas avec désintéressement. Cette corruption actuellement a empoisonné les mœurs en RDC à telle enseigne que certaines personnes opulentes et riches du fait de la corruption sont adulées, acclamées et enviées. L’occupation des hautes fonctions dans la politique ou l’administration constituait une occasion pour le dignitaire et ses acolytes de s’enrichir par la corruption et c’est grâce aussi aux détournements des fonds. Comment notre pays a laissé se développer ce fléau au point qu’il s’est érigé en mode de vie et en un système de gestion de l’appareil étatique ?
Géopolis Hebdo
Que faire pour éradiquer la corruption en RDC et renverser la tendance générale ?
François Lumumba
Votre question parait simple du fait de son énoncé, mais elle est centrale, car elle procède de la maitrise ou non du phénomène et l’adoption par un pays d’une bonne politique de lutte contre la corruption est la clé pour son émergence. Il est vrai que ceci relevant de la nature humaine et des mauvaises habitudes sociales, il est illusoire de croire que l’on peut totalement l’éradiquer, mais il est possible de réduire sensiblement son impact sur le fonctionnement de l’Etat. Nous l’avons déjà dit plus haut, la corruption est ancrée dans la mentalité des congolais à travers l’histoire et se transmet de génération en génération à tel point qu’elle est devenue un mode de vie normale, acceptable et louable. Les moralistes qui sont censés protéger et véhiculer les valeurs morales sont souvent impliqués dans la corruption. Les effets négatifs sont multiples. La corruption détourne les recettes de l’Etat et réduit les dépenses sociales, elle diminue l’efficacité des lois officielles, elle favorise l’impunité des coupables et réduit l’intégrité des pouvoirs publics. Face à cette situation catastrophique, le plus grand défaut des régimes passés fut de faire des déclarations, de promettre sans réaliser. Cette lutte ne fut pas prise au sérieux et se limitant aux déclarations stériles, elle n’a pas produit les effets escomptés. Mais avec la prise de pouvoir du président Antoine Félix-Antoine Tshisekedi la volonté de lutter contre la corruption est devenue une réalité et nous pouvons palper du doigt les premiers bénéfices de cette intention manifestée.
Au niveau de notre parti, nous proposons de privilégier la stratégie de prévention de lutte contre la corruption en RDC. Cette stratégie doit améliorer, de manière efficace, la redevabilité et la transparence au plan de la fourniture et de l’administration des services. Elle permet de réduire les risques en amont plutôt que de chercher à solutionner en aval. Cette option implique un leadership politique qui suscite une prise de conscience sur l’importance du phénomène par la population et une éducation à la base d’une culture de l’intégrité. Nous saluons les initiatives en cours qui tendent à mettre en place une institution indépendante de lutte contre la corruption. La dotation des moyens aussi bien matériels que financiers du système de prévention contre la corruption. Un niveau élevé de liberté d’action de la presse et de la société civile contre la corruption. Sans un niveau élevé d’intégrité des personnes au pouvoir, il est difficile de lutter contre la corruption. Nous pensons qu’il faille aussi démystifier et dépersonnaliser les fonctions gouvernementales de manière à faciliter la transparence des affaires publiques, le droit du public à accéder à l’information budgétaire et financière, sans oublier la promotion de la méritocratie.
Géopolis Hebdo
Si c’était aussi simple que cela, pourquoi nous continuons à souffrir de la corruption et à peiner pour l’éradiquer ?
François Lumumba
Rien n’est jamais simple même si les termes pour l’exprimer eux peuvent être simplifiés, mais si je dois étendre ma description sur la lutte contre la corruption, je dirai qu’il faut assurer aux personnes chargées de la prévention, des enquêtes, des poursuites et de la sanction des infractions de corruption de bénéficier d’une indépendance et d’une autonomie nécessaires à l’exercice de leurs fonctions. Ils doivent être libres de toute influence incompatible avec leur statut et disposer des moyens adéquats pour l’obtention des preuves. Il s’agira encore de sauvegarder le secret des instructions et surtout, protéger les personnes qui aident la justice. C’est un travail de fond qui nécessite parfois que l’on confisque les produits de la corruption. Dans cette optique, les autorités concernées doivent veiller à ce que les personnes morales ne servent d’écran pour dissimuler la commission d’infraction de corruption. Nous sommes allés loin dans cette stratégie en proposant même la publication des salaires des hautes autorités du pays et surtout, de mettre à jour les prix des taxes et les renseignements officiels. Dans la même optique, il est nécessaire de renforcer les audits des services publics et entreprises publiques. La lutte contre la corruption ne peut se dérouler sans la réduction du train de vie des institutions.
Géopolis Hebdo
Quelle est votre foi s’agissant de ce combat ?
Vous savez, la responsabilité de lutter contre la corruption est avant tout politique avant d’être celle de la société civile. Le Gouvernement doit s’impliquer sérieusement en instituant, en amont, une transparence dans la gestion publique et, en aval, en sanctionnant sévèrement quelques cas flagrants commis par les hautes autorités du pouvoir. Il est plus que temps de réussir le changement en RDC en matière de lutte contre la corruption avec le Chef de l’Etat. Profitant de cette volonté politique, il est temps de mettre en place des mécanismes nécessaires pour prévenir, détecter, réprimer et éradiquer la corruption et les infractions assimilées dans le secteur privé et public. Nous avons au MNC-L un modèle d’intégrité comme exemple historique de ce qu’un homme peut faire pour sa Nation, en préservant l’intégrité de son pays et de son peuple, j’ai cité Patrice-Emery Lumumba, notre leader.

Propos recueillis par WAK

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