Politique

Jean Marie Lukulasi : « quand on a une vision il faut aussi avoir la volonté d’agir »

Il est aujourd’hui parmi les hommes politiques les plus engagés auprès des populations surtout les catégories les plus défavorisées comme les jeunes kuluna à qui il offre une voie de sortie et un moyen de se libérer de cette prison mentale de la drogue . Le député est revenu de l’Europe avec des méthodes d’approche qui frisent l’admiration car ses actions portent sur le progrès de tous. Dans une interview exclusive il fait des révélations sur sa vraie personnalité qui est différente de l image publique peinte par les artistes . Jean Marie Lukulasi dévoile son passé, élaboré par le travail, l’aide aux autres et surtout la longue expérience à Mac Donald France où il a appris à la force du poignet le métier de la sécurité. Avec un franc parler digne des hommes intègres il sait que le pays , son pays doit lutter de toutes ses forces pour sortir du gouffre de la paresse et des préjugés et se donner le temps d amener le changement. Interview de vérité avec une puissance de sincérité .

William Albert Kalengay (WAK)/ Qui est Jean-Marie Lukulasi ?

Jean-Marie Lukulasi (JML)/ Je suis un congolais, natif de Kauka (un quartier de la commune de Kalamu). Je suis issu d’une famille de 7 enfants dont le père s’appelle George et la mère Georgine. J’ai fait mes études au collège Saint-Raphaël et à l’Université Cardinal Malula. Et j’ai eu la chance de me rendre en Europe où j’ai pu acquérir une expérience de 28 ans au sein de l’Entreprise Mac Donald France qui m’a permis de suivre plus 18 formations, notamment les formations en management LM 1, LM 2, LM3 et tout ce qui va avec. Après j’ai décidé de retourner ici au Congo.

WAK/ Beaucoup des congolais qui sont partis en Europe sont présentés comme des frappeurs. Ils ne vont pas pour se former mais pour se déformer aux techniques de la malhonnêteté et de l’escroquerie. C’est l’image qu’on a eue des congolais qui sont allés en Europe. Vous n’avez pas été tenté par cet exercice ?

JML/ Lorsque vous allez en Europe, la première chose est l’endroit où vous descendez. Si vous arrivez dans un endroit où il y a la drogue, vous tombez dans la drogue. Si vous arrivez dans un endroit où il y a des antivaleurs, vous tombez dedans. En arrivant en Europe en1993, j’ai eu la chance de rencontrer monsieur Jean-Jacques Kinwa qui était le patron de sécurité chez Mac Donald France. Et depuis 1993 jusqu’à aujourd’hui, j’ai eu la chance de travailler chez Mac Donald France. J’ai commencé dans cette entreprise comme surveillant et puis j’ai créé ma propre entreprise de sécurité. J’ai aussi travaillé dans des quartiers très difficiles. En travaillant chez Mac Donald France, j’ai appris beaucoup de choses. J’ai été swing, manager, directeur et superviseur. J’avais signé un contrat de surveillance avec Mac Donald France. En étant sur place, j’ai développé ce qu’on appelle les intermédiaires chez Mac Donald France. Je fournissais des équipiers polyvalents notamment des managers, des swing. Et c’est ce qui a fait mon nom. Et c’est dans ces activités que j’ai beaucoup plus œuvré. Lorsque vous allez sur le site web de Mac Donald France et vous tapez mon nom, vous verrez qu’il est écrit que Monsieur Jean-Marie Lukulasi est le responsable des services de sécurité chez Mac Donald France. Au moment où je vous parle, j’ai des gens qui travaillent comme agents de sécurité dans cette entreprise. A Kinshasa, en 1990, j’ai occupé le poste de Directeur de Discipline dans une école de la place. Ça, c’est mon parcours. Et après mes études à l’Université Cardinal Malula, j’ai travaillé comme caissier-comptable avec Martin Fayulu (Candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2018). Voilà mon histoire.

WAK/ C’est donc une histoire de travail et de combat. Quand je lis votre histoire, je découvre que vous avez eu beaucoup de formations, notamment en management efficace. Est-ce que vous pouvez nous parler un peu de ces formations ?

JML/ J’ai eu en France, l’opportunité de côtoyer plusieurs milieux, notamment les quartiers où les jeunes se droguent, où il y a des véritables bandits. Grâce à l’expérience que j’ai eue dans ces milieux, j’ai pris l’initiative d’encadrer les jeunes Kuluna dans mon pays. A l’époque, mon but était de réguler la sécurité. Je me disais s’il y a insécurité dans le quartier, le client ne va plus venir.

WAK/ Pourquoi Mac Donald n’est pas ici ?

JML/ Par définition, Mac Donald s’installe dans un pays où il n’y a pas d’insécurité. S’il trouve que l’environnement en général est sûr, là, il peut penser à venir.

WAK / Vous êtes dans le travail et vous touchez à la réalité. Et maintenant, vous avez décidé de revenir au pays. Au lieu d’aller dans le business et vous acceptez d’entrer en politique. Qu’est-ce qui a dicté votre choix ?

JML/ Lorsque je suis rentré pour la première fois en 1998, je n’ai pas commencé en politique. J’ai créé la Fondation Lukulasi. Je partais dans des écoles pour faire des dons.

WAK/ Pourquoi cette sensibilité ?

JML/ C’est une question d’éducation. Et c’est parce que j’ai grandi dans un quartier (Kauka) où les habitants éprouvent d’énormes difficultés pour faire face aux besoins de la vie. Et c’est en côtoyant toutes ces personnes que j’ai été motivé à créer cette fondation pour leur venir en aide.

WAK/ Est-ce que la Fondation Lukulasi continue à fonctionner jusqu’aujourd’hui ?

JML/ Non. Mais j’ai créé après, en 2008, l’ONG G24.

WAK/ Pourquoi ?

JML/ Parce que je veux continuer à aider les gens.

WAK/ En faisant quoi exactement ? Et pourquoi seulement les enfants difficiles ?

JML/ Quand on part en Europe et qu’on a acquis une expérience, une expertise, Il est normal qu’en retour, on fasse bénéficier son pays de son expertise. J’ai appris beaucoup de choses en Europe dans le domaine de la sécurité. Je vais vous révéler une chose que beaucoup des personnes ne savent pas. En fait, je suis le seul congolais à avoir fait la sécurité à Marseille (vous savez très bien que Marseille est la Région la plus chaude de France). J’ai été désigné responsable de sécurité de Mac Donald à Marseille. En arrivant sur place, grâce à nous, des quartiers troublés ont retrouvé la quiétude, et le patron était content de nous. En retournant au pays en 2008, j’ai trouvé le phénomène Kuluna. Et j’ai eu l’impression que les gens sous-estiment le danger qu’il y a dans ce phénomène. Sur l’avenue victoire à Kinshasa, j’ai découvert un groupe des Kuluna qu’on appelle Cannibale (ils bouffent les chiens et boivent le sang). Et Quand j’ai vu ça, j’ai décidé d’apporter mon expertise sur les questions de sécurité. Je me suis lancé dans la lutte contre le phénomène Kuluna. Et je l’ai fait avec mon propre salaire ( j’apportai toujours 10 % de ce que je gagnais en France où nous avons près de 300 personnes qui travaillent pour nous). Et c’est en 2016 que le gouvernent (c’est à travers le professeur Boshab qui était à l’époque Ministre de l’intérieur) a commencé à suivre ce que je faisais. Et le professeur m’a dit : Jean-Marie, nous (le gouvernement) allons maintenant travailler avec toi.

WAK/ Mais rentrons un peu dans le phénomène Kuluna. Quand vous dites que vous combattez ce phénomène, que faites-vous exactement ?

JML/ Pour lutter contre le phénomène Kuluna, nous avons d’abord commencé à identifier les acteurs de ce phénomène. Et on s’est rendu compte qu’il y a des Kuluna drogués et des Kuluna non drogués. Alors pour trouver une solution pour les Kuluna drogués, nous sous dit il nous faut un centre de désintoxication. Chose qu’on n’a pas aujourd’hui. Mais on a un programme établi par G24 qui met en place un centre de désintoxication, un centre de rééducation et un centre de travail. On a remarqué par contre quelque chose de déplorable ici à Kinshasa. C’est qu’il y a des gens qui s’improvisent encadreurs de Kuluna et leur donnent du boulot. Quand on donne un emploi à un kuluna, c’est une source de revenu. Mais on oublie qu’on augmente leur niveau d’accès à la drogue et même à l’arme pour commettre des forfaits. C’est pourquoi je préfère annoncer ici que lorsque le Président de la République a accédé à la magistrature suprême, il m’a reçu et je lui ai expliqué, pendant 5 minutes, ma préoccupation. Et le président a accepté et nous travaillons aujourd’hui avec le gouvernement central que je remercie beaucoup. D’ici 3 à 4 mois, nous aurons un centre de désintoxication et un centre d’éducation.

WAK/ Vous dites que vous remerciez le président de la république et le gouvernement qui vous ont aidé à travailler. Mais nous savons tous ce que l’on fait de Kuluna. On les arrête ici et on les met dans l’avion pour les envoyer à Kaniama Kasese. Et c’est vous qui les fournissez.

JML/ Je suis très content que vous posiez cette question. Pour trouver aujourd’hui la solution à cette question, il faudra un centre de désintoxication. Chose qu’on n’a pas dans le pays. Pour pallier à cela, on les emmène dans un centre éloigné qu’on appelle Kaniama Kasese. Et puis il faut savoir que les Kuluna sont pour la plupart des drogués. Pour les soigner, il faut les éloigner de la population. Et le centre du territoire de Kaniama Kasese est considéré comme un centre de désintoxication parce qu’on les éloigne du centre d’approvisionnement. Et aujourd’hui, j’ai dit bravo au général responsable de ce centre.

WAK/ Mais que fait G24 ?

JML/ G24 a été désigné officiellement partenaire du gouvernement et travaille même avec la police. G24 récupère les jeunes et leur donne du boulot. G24 a aussi un petit centre de désintoxication.

WAK/ Vous avez des médicaments que vous leur donnez ?

JML/ J’ai des choses que je n’aime pas dire à la presse, puisque j’ai réalisé que les gens copient les choses sans les comprendre. C’est pourquoi je me tais. Les gens viennent chez nous et on leur trouve la solution avec le peu de moyens qu’on a. On catégorise les jeunes. Ceux qui ne sont pas drogués restent avec nous et ceux qui sont drogués partent à Kaniama Kasese en attendant qu’on crée le centre de désintoxication.

WAK/ Vous êtes connu comme quelqu’un de très social, donc très proche de la population et pas très politique au sens de couleur politique. Mais là vous êtes droit dans la politique à côté du président de la république. Est-ce que vous n’avez pas peur que votre image politique perturbe votre action auprès des jeunes ?

JML/ Mon image est bonne. Moi en tant qu’individu, je lutte contre le phénomène Kuluna et la drogue. Je contribue également à la couverture sanitaire. Donc, je parle de moi et non du président qui a son programme que je soutiens. Je pense que les gens doivent me juger par rapport à ce que je fais et ce que j’apporte comme solution dans la lutte le phénomène Kuluna et autres antivaleurs.

WAK/ Est-ce que vous êtes en harmonie avec le programme mis en place par le gouvernement ?

JML/ Oui. Il y a une harmonie totale. Je prend ses idées et je les met en application. On parle de la lutte contre l’insécurité. Et moi j’apporte la solution en encadrant les Kuluna.

WAK/ On peut dire que le président peut compter sur Jean-Marie Lukulasi comme collaborateur politique ?

JML/ Bien sûr. Et je suis fière de l’être. Moi je pose des actes concrets. J’apporte des solutions aux problèmes qui touchent la société. Je lutte contre la drogue Bombé et je fais la couverture santé universelle.

WAK/ Vous insistez trop sur la couverture santé universelle. Mais il n’y a que des paroles jusque-là. Rien n’est encore fait…

JML/ Là, vous parlez du gouvernement. Mais G24 travaille avec un partenaire qui s’appelle Lisungi, piloté par monsieur Henry Brown. Et nous faisons pression sur le gouvernement à travers le ministre des finances pour que l’argent soit débloqué afin d’assurer la couverture santé universelle. Au niveau de G24, nous avons mis place un système d’assistance sociale qui identifie les personnes les plus démunies. On les enregistre et on paye les soins médicaux pour elles.

WAK/ En regardant la scène politique aujourd’hui, nous sommes un pays qui s’approche progressivement des échéances électorales avec une classe politique qui est pratiquement en désaccord. Les gens ne sont d’accord sur rien. Ce qui est fait à gauche et est contesté à droite. Inversement. Quand vous analysez le jeu politique aujourd’hui, quelle est votre lecture ?

JML/ Vous savez que depuis 1960 personne n’est d’accord avec l’autre. Mais ce qui est important c’est la vision que vous avez pour votre pays. Quand on a une vision, il faudrait avoir la volonté d’agir. Je vais parler de moi : quand il y a eu le problème de changement de FCC-CACH, j’étais au front. Et c’est parce que j’avais compris que les choses ne marchaient pas, que j’ai fait ce que je pouvais pour accompagner le Chef de l’État.

WAK/ Et vous avez quitté le FCC ?

JML/ Nous avons été chassé du FCC. Je fais partie du regroupement de l’AFDC-ALLIES du président du Sénat (Modeste Bahati). Et je suis vice-président dans ce regroupement. Donc, on était devenu des électrons libres. Et quand le président de la république nous a proposés l’Union Sacrée, on était les premiers à répondre à l’appel. Pour moi, je pense que l’Union Sacrée doit se structurer. Et c’est le problème aujourd’hui. L’Union Sacrée, c’est un groupe d’individus, des personnalités, des regroupements politiques et de la société sans aucune personnalité juridique.

WAK/ Ça fait près d’une année que l’Union Sacrée a été créée. Et un gouvernement en est sorti. Mais comment pouvez-vous accepté de rester dans une plate-forme non structurée et de faire de l’Union Sacrée le modèle du chaos organisationnel?

JML/ L’Union Sacrée est une structure bien organisée car elle est avant tout une question de conscience. Cependant, je suis convaincu que ça va aller pour que nous ayons une personnalité juridique. Et c’est le président de la république qui va décider.

WAK/ Avec toutes les adhésions et les candidatures. Et certains ont déjà des candidats présidents de la république. Vous pensez que l’Union Sacrée va survivre à l’ambition présidentielle ?

JML/ Lorsque je vois les gens se déchirer à l’approche des élections, ça ne m’étonne pas. Chez nous à l’AFDC-ALLIES, le président Bahati Lukwebo, a accepté aussi de soutenir le président Tshisekedi en 2023. Mais il y a aussi des gens qui ne vont pas suivre le président. C’est aussi ça la démocratie.

WAK/ Et vous allez certainement l’accepter ?

JML/ Bien sûr que oui car c’est la démocratie.

WAK/ Dans un pays où il y a des lois comme celle de Noël Tshiani même s’il a été déclaré irrecevable, mais qui a nourri pendant beaucoup de mois les soupçons faites pour empêcher certaines personnes…

JML/ Moi je ne suis pas dans cette histoire. Au contraire, je suis dans la logique où si on arrive à écarter les gens qui ont mal géré la chose publique dans notre pays pour ne plus accéder à des fonctions publiques, ça sera la solution. C’est même prescrit dans la constitution.

WAK/ Donc, vous admettez l’effort fourni par l’Inspection Générale des Finances (IGF) pour pouvoir dénicher les mauvais gestionnaires ?

JML/ L’IGF fait un travail impeccable. Mais seulement il n’est pas accompagné par l’Inspection Générale du Travail. Les deux structures doivent travailler ensemble. Quand il y a 140 inspecteurs de travail dans un pays comme le nôtre, l’IGF va faire un double travail. Or si on avait des inspecteurs de travail comme l’IGF, beaucoup des choses allaient bien marcher dans le pays. Aujourd’hui, ça marche à près de 10 %. Et c’est seulement avec les inspecteurs de l’IGF.

WAK/ Essayez d’être un peu plus clair. Pourquoi pensez-vous que les deux services (l’Inspection Générale des Finances et l’Inspection Générale du Travail) doivent aller de pair ?

JML/ Quand il y a un contrôle de l’inspection du travail, l’inspecteur du travail a comme mission contrôle d’identité et contrôle de déclaration des gens. Et c’est partant de ce contrôle qu’intervient le contrôle fiscal. Mais ici chez nous, l’IGF fait le tout. Et c’est là où il y a un problème. Il faudrait que l’Inspection Générale du Travail puisse travailler. Malheureusement, nous n’avons que près 140 inspecteurs du travail.

WAK/ Et ce n’est pas normal ?

JML/ Oui. Ce n’est pas normal. Je me souviens quand j’étais chef d’entreprise en Europe. On tremblait lorsqu’on recevait une convocation de l’inspection du travail. Puisque vous risquez l’expulsion ou la prison. Mais quand c’est l’Inspection des Finances, vous savez qu’il y a seulement des amendes à payer. Et ça peut passer.

WAK/ Honorable, vous êtes député. Pourquoi n’avez-vous pas proposé une loi sur cette matière ?

JML/ Je ne le ferai jamais.

WAK/ Pourquoi ?

JML/ Moi, je n’irai pas à la tribune pour défendre une loi parce que nous avons déjà des lois. Lorsque vous allez chez le Président Mboso, vous trouverez des lois sur toutes les matières. Mais seulement on n’applique pas. Il faut aller sur le terrain. Moi, j’ai choisi le terrain.

WAK/ Et alors sur le terrain, vous allez emmener aussi votre palissade ?

JML/ J’aimerai avoir 5 palissades parce que tout ce que je fais aujourd’hui s’inscrit dans le but d’accompagner la population. Pour faire la couverture maladie, il me faut de voitures.

WAK/ Vous avez pris cette voiture ?

JML/ Oui. Je l’ai prise.

WAK/ Pourquoi vous êtes obligé de prendre ça alors que c’est mal perçu par le public ?

JML/ Moi, je suis dans le social. Il y a des moments où nous manquons de moyens de mobilité pour acheminer les malades dans des hôpitaux. Donc je peux avoir cette voiture pour nous aider. Je ne vois pas de mal à ça. Moi j’œuvre dans le social. Et pour trouver l’argent auprès du gouvernement, c’est des longues procédures. C’est pourquoi on a parfois besoins de dons.

WAK/ Que dites-vous de ceux qui critiquent ce don ou cet arrangement financier comme on l’a largement décrié ? Quelle est la vraie vérité ?

JML/ Ils oublient que les députés sont des assistants sociaux. Ils oublient que quand on se réveille on a 5 à 10 personnes chez nous qui sollicitent de l’aide, ce qui est contraire aux ministres. Et ils oublient encore que nous devons nous justifier auprès de nos électeurs. Se justifier, c’est un droit pour nos électeurs. Donc pour moi si un député récupère une palissade, c’est un plaisir énorme. Que ceux qui hésitent, partent récupérer cette voiture. Et moi, j’ai déjà récupéré parce que je sais que lorsque je vais me réveiller le matin, il y aura environ 10 personnes qui se pointent chez moi tous les jours pour demander des solutions à leurs préoccupations. Si je peux mettre cette voiture en location pour gagner de l’argent qui sera destiné à l’assistance social, je le ferai.

WAK/ Est-ce que vous ne pensez pas qu’il y a une inversion des valeurs ? Est-ce que c’est aux députés d’agir sur la population ?

JML/ Willy, c’est un système qui est déjà établi. Et c’est un vrai problème de mentalité et de communication entre nous et la population. Il faudrait qu’on arrive à faire comprendre aux gens que pour les choses marchent, la population devrait mettre la pression sur gouvernement. Moi je rigole lorsque je vois 5 ou 10 milles personnes quand il y a marche. Alors qu’on est plus de 80 millions d’habitants. Et est-ce qu’il y a déjà eu un jour où la population a manifesté contre le manque d’emplois ? Non. Donc Je pense que c’est la population qui encourage aussi cela.

WAK/ C’est vrai que vous avez une lecture précise de l’enjeu politique et en même temps, vous voulez qu’on ne puisse pas vous considérer comme un politicien. On dirait que vous hésitez. Je fais la politique mais je ne suis pas un politicien. Pour couper court, vous dites que vous êtes un acteur social. Pourquoi cette hésitation ?

JML/ Vous sentez cette hésitation parce que la politique se résume sur le social de la population. Je suis très content que vous sentez cela. Le rôle d’un politique, c’est le bien-être de la population. On peut tout dire, mais le social va demeurer au centre de tout, et donc de la politique. Et je suis dans ça.

WAK/ Je sais que vous ne voulez pas parlez des autres. Mais j’ai suivi une déclaration du président de la république qui dit qu’il est difficile d’être bien entouré. Beaucoup des dirigeants de notre pays parlent d’entourage. Alors vous qui êtes dans la sphère de prise de décisions, qu’est-ce qui fait que le Président se plaigne de son entourage ?

JML/ Moi je pense que c’est par rapport l’expérience qu’il a déjà eue. Et surtout avec l’histoire des détournements et de l’éducation des autorités vis-à-vis de la gestion de la chose publique. Avec cette expérience, je vois qu’il est difficile pour qu’il soit bien entouré. Et je trouve que ce n’est pas aujourd’hui qu’il va trouver un bon entourage. Les congolais ont tous dans leur tête cette mentalité. Quand on le nomme, il pense déjà à s’enrichir. Or on peut créer même là où il n’y a rien. Mais les gens préfèrent travailler dans des structures où ils peuvent facilement mettre la main, gagner de l’argent sans créer, ni travailler.

WAK/ Si on vous nomme, quel ministère prendriez-vous ?

JML/ Moi, je ne peux rien imposer au Chef de l’Etat. Je pense qu’il observe et voit ce que je fais. Mais, j’irai partout où le Chef de l’Etat va m’envoyer.

WAK/ J’ai une question de conviction. Et vous allez vous adresser à la population pour leur dire ce qu’il y a au fond de vous. De votre analyse et de votre expérience d’homme avec plus de 30 ans en Europe et plus de 10 ans dans le social au pays, pensez-vous que nous sommes un peuple appelé à se développer ?

JML/ Pour l’instant, non. C’est parce que les gens qui sont censés aider cette population, ne font rien. Nous n’avons que des perroquets. Nous avons donc des gens qui ne répètent que ce qu’ils ont appris à l’université. Et ils ne développent pas ces connaissances. J’ai parlé du problème de langage communicationnel. Et c’est un sérieux problème qu’il faut prendre en compte. Lorsque les autorités passent à la télé, elles font montrent d’une grande intelligence. Elles cherchent plus à valoriser leur propre connaissance. Et les personnes en face de ces autorités ne comprennent rien. Nous avons moins 20 % de la population universitaire et près de 80 % de la population qui ne maîtrisent pas le langage des autorités.

WAK/ Qu’est-ce qu’on fait fondamentalement pour renverser cette tendance ? Parce que si on ne se développe pas, on va perdre notre civilisation…

JML/ Durant mon parcours chez Mac Donald, j’ai appris beaucoup de choses, notamment valider les acquis d’une personne. Vous savez que nous avons des cordonniers, des mécaniciens ici dans notre pays qui ne sont pas valorisés. Il faut d’abord valoriser ces gens-là. Donnons de la valeur à toutes les personnes pour qu’ils se sentent revalorisées. Lorsqu’on va comprendre la valeur de ce 80 %, le pays va marcher. Les 140 inspecteurs dont on parle, ne partent que dans les grandes entreprises. Ils ne vont pas dans des magasins ou salons de coiffure. Donc le jour où on va comprendre qu’il faut renverser la tendance, le pays va changer. Je pense que ça ira.

WAK/ Vous venez d’évoquer quelque chose de capital, notamment la contribution de la population au budget de l’Etat à travers l’impôt, le fisc, etc. Comment peut-on s’organiser pour que chacun dans ce qu’il fait, puisse contribuer à l’effort général ? Comment faire participer ces mécaniciens pour qu’ils se sentent dans l’obligation de contribuer au budget de l’État ?

JML/ Dans un pays, c’est l’Etat qui pose les bases. C’est pourquoi je parle de l’inspection du travail et de l’inspection des Finances. Puisque ce sont des bases. Le langage de communication doit changer tout en expliquant bien à la population l’action publique. Le jour où on va commencer à prendre 1 USD chez tous les petits opérateurs économiques, on va booster l’économie. Mais avec 140 inspecteurs de travail qui vont seulement dans des entreprises, ce n’est pas possible d’y arriver. On a tellement désorganisé notre pays, qu’on n’arrive même pas à identifier les opérateurs. Il y a de gens qui ont construit plus 15 salons de coiffures sans qu’ils soient identifiés par l’Etat. Et ils ramassent donc de l’argent. C’est pourquoi on doit décider un jour d’identifier la population.

WAK/ En regardant votre parcours, qu’est-ce qui fait votre joie ?

JML/ Je dois vous dire franchement que je suis très content pour la première fois dans la vie. Pourquoi ? Parce que j’ai des idées que je ne savais pas où les mettre. Et je dois aussi vous dire que le président Tshisekedi est une bénédiction. Mais seulement il doit être bien entouré. Si on met un inspecteur du travail avec la même qualité comme celle de l’inspecteur des Finances, je pense que tout va bien aller. Aujourd’hui, je m’époumone et parfois je ne dors pas pour mener la lutte contre l’insécurité. Chacun de nous devra apporter ce qu’il peut. Et ça sera la solution.

WAK/ Pouvez-vous maintenant parler à trois catégories des personnes. D’abord au Chef de l’État. Ensuite, au gouvernement. Et enfin, à la population surtout les jeunes. J’aimerai que ces trois messages soient la conclusion de cette interview.

JML/ En s’adressant au Chef de l’État, j’ai un petit mot. L’amour et la détermination qu’il a pour le Congo et sa population puissent se matérialiser. Et que s’il sente que son entourage n’est pas bon, il devra écarter tous ces gens-là. Hésiter, c’est se détruire sans le savoir. Au gouvernement, vous avez beaucoup à faire. Ne confondez pas le terme Warrior à la réalité. Faites tout pour devenir des vrais Warriors. Parce que notre population souffre. Et il y a beaucoup de soupçons par rapport aux rapports de l’IGF. Alors qu’on est au début. Chers membres du gouvernement, la population croit encore en vous. Et concernant la population, il faut rester vigilant. Mais j’ai aussi constaté que les congolais aiment la pression pour changer. J’espère que vous m’avez compris. Il faut mettre la pression sans pression. Ce qui veut dire qu’il faut une forme de pression normale afin que les choses puissent changer. Pour ce qui est de la Commission Électorale Nationale Indépendante, j’aimerai que la personne qui sera désignée, soit une personne vraie. Et qu’elle n’oublie pas que le FCC-CACH est devenu l’Union Sacrée aujourd’hui.

Propos recueillis par WAK
Texte retranscrit par Djodjo Mulamba

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