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Journée mondiale de la liberté de la presse : Jacques Kimpozo : « Nous devons mettre du sérieux pour évoluer davantage vers la liberté de la presse »

Le journalisme sous l’emprise du numérique », c’est le thème qui a été retenu pour commémorer le mardi 3 mai 2022 la journée mondiale de la liberté de la presse. Pour aborder ce thème, nous sommes allés à la rencontre des chevaliers de la plume, notamment le coordonnateur du journal Le Phare,  Jacques Kimpozo. Au cours d’une interview qu’il nous a accordée, il a soutenu que les choses se sont quand-même améliorées bien qu’il reste quelques pas à franchir pour parler effectivement de la liberté de la presse en République Démocratique du Congo. Savourez dans les lignes qui suivent l’intégralité de l’interview.

GeopolisHebdo (GH)/ D’entrée des jeu, le monde a célébré ce 3 mai la journée mondiale de la liberté de la presse et le thème retenu pour célébrer cette journée est le journalisme sous l’emprise du numérique. Comment abordez-vous ce thème ?

Jacques Kimpozo (JK)/ Si je peux faire un petit commentaire, c’est de souligner le fait qu’on se retrouve devant un instrument qui nous offre un grand boulevard pour la diffusion des informations. Le journaliste est devenu pratiquement comme un électron libre qu’on ne peut plus arrêter.

GH/ Le reporter sans frontières a publié l’année dernière, un rapport qui classe la RDC au rang de 149e sur 180 pays. Est-ce  qu’avec ce classement, on peut considérer que la liberté de la presse est vraiment réelle en RDC ?

JK/ Non, il y a encore des marches à accomplir pour arriver à la liberté de presse. Nous sommes encore très mal placés parce que dans ce pays, certains qui ont le pouvoir de sanctionner ou de gérer pensent que lorsqu’un journaliste a diffusé ou écrit pour le sanctionner, il faut absolument le faire arrêter. Quelques fois, lorsqu’il y a un délit de presse et qu’il faut passer par la justice. Il y a des responsables qui refusent de saisir la justice, de permettre à la justice d’interroger le journaliste et au journaliste de présenter ses moyens de défense. Leur  souci c’est simplement de faire arrêter le journaliste pour deux, trois jours de cachot ou même le faire jeter en prison avant d’être jugée.

GH/ Dans nos médias il y a un fait qui est constaté par tous, c’est les conditions précaires du travail des journalistes. Est-ce qu’avec cette situation précaire, l’indépendance du journaliste peut être vraiment effective pour exercer ce métier ?

JK/ Non. L’ambassadeur des Etats-Unis en RDC, Mike Hammer, a dans son message à l’occasion de la journée internationale de la liberté presse, souligné quelque part qu’un journaliste qui ne sait pas se nourrir, ne peut pas respecter l’éthique. C’est pour revenir à la problématique de l’indépendance économique du journaliste. Un journaliste qui n’est financièrement indépendant, qui n’arrive pas à satisfaire ses besoins sociaux de base, ne peut pas être libre. Son travail est d’une manière ou d’une autre influencé par celui qui lui permet de manger, de payer sa maison, les études de ses enfants, des soins médicaux. Donc, il y a quelque part, une sorte de dette morale vis-à-vis du sponsor du journaliste.

GH/ Lors de la clôture des Etats-généraux de la communication et des médias, plusieurs recommandations ont été formulées notamment la création d’un ordre national des journalistes. Jusque là, ces recommandations ne sont pas encore appliquées mais quel est votre avis par rapport à cela ?

JK/ Ce n’est pas seulement aux états-généraux qu’on a parlé de la création d’un ordre national des journalistes. Le problème était déjà posé en 1996 où il y a avait eu des états-généraux qui avaient donné lieu à la loi sur la presse qui continue à nous régir. La difficulté se trouve au niveau des termes de référence pour faire partie d’un corps. Lorsque vous regardez les magistrats, ils ont tous été formé dans une filière qui est le droit. Lorsque vous considérez les médecins, ils ont une filière bien définie qui est la médecine. Si vous n’avez pas fait la médecine, vous ne pouvez pas devenir médecin. C’est la même chose pour les architectes, les infirmiers et autres. Malheureusement chez nous les journalistes,  nous faisons partie d’un corps qui accepte tout le monde. Dans le journalisme, vous rencontrez ceux qui ont fait la communication. Et dans la communication, il y a ceux qui ont fait le journalisme, les relations publiques et autres. Donc dans notre propre domaine, il y a déjà beaucoup de disciplines. Lorsque vous sortez de la communication et des médias, vous allez trouver des architectes journalistes, des quado journalistes, des infirmiers journalistes, donc tout le monde est devenu journaliste. Il n’y a aucune barrière pour empêcher les moutons noirs d’entrer dans la profession. Si nous voulons créer un ordre des journalistes, nous devons commencer par exclure ceux qui n’ont pas fait les études des journalistes. Mais pour ça, il faut une loi, car dans la loi actuelle, on interdit pas les personnes qui n’ont pas fait le journalisme d’entrer dans le métier. Donc, la difficulté se trouve à ce niveau là. Nous devons donc nous mettre d’accord sur l’entrée dans notre profession. Si nous fermons la porte à tous ceux qui n’ont pas fait les études de journalisme, nous pouvons en ce moment-là cheminer vers la création d’un ordre des journalistes.

GH/ Votre dernier mot ?

JK/ La situation est en train d’évoluer en ce qui concerne la liberté de la presse par rapport à ce qu’on a connu il y a plus de vingt ans. Si je peux faire une petite marche arrière, j’avais travaillé à l’époque de Mobutu au journal salongo. Le responsable vivait dans la crainte d’être arrêter. Et à l’époque quand on voudrait prendre un journaliste, le travail était fait par le service de sécurité. On ne passait par la justice. On apprenait seulement que le rédaction en chef ou le secrétaire de rédaction a été pris tôt le matin chez lui par le service. Il se passait ce qui s’est passé. Il y en a qui abandonnait. Après Mobutu, la situation a continué un peu. Mais les organisations professionnelles se sont organisés à faire tellement du bruit et on connaît des moins en moins des atteintes à la liberté de la presse, des journalistes emprisonnés et des attaques contre les journalistes. Lorsqu’un journaliste est en prison, la profession fait la pression à tel point que même si le journaliste était condamné a deux ou trois mois, il n’arrive pas au bout de sa peine. Donc, il y a une nette amélioration par rapport à ce qui se faisait il y a bien longtemps. Et on ne sent presque plus la pression du pouvoir sur le journaliste. Nous sommes de plus en plus laissé à apprécier nous-mêmes notre ligne éditoriale. Nous évoluons donc presque vers l’autocensure. Donc c’est à nous de prendre notre responsabilité. Nous devons donc mettre du sérieux dans ce que nous faisons pour évoluer davantage vers la liberté de la presse.

Propos recueillis par Djodjo Mulamba

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