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La dépendance économique de la RDC face au développement intégral Hubert Mpunga : « Si on pouvait industrialiser notre chaîne de la valeur, on serait arriver à un autre niveau »

Bien que reconnu pays riche en ressources naturelles, la République Démocratique du Congo peine toujours à se remettre sur la voie du développement. Elle importe des biens plus qu’elle les exporte. Chaque année, elle dépense, d’après le ministère du commerce extérieur, près de 7 milliards USD pour l’importation des produits manufacturés et des produits de première nécessité alors qu’elle a la capacité d’en produire. Mais, que faut-il faire concrètement pour renverser cette tendance de dépendance aux produits importés ? Plusieurs solutions sont aujourd’hui proposées par les autorités congolaises, notamment la création des zones économiques spéciales dans le pays. Mais pour l’économiste congolais Hubert Mpunga que nous avons interrogé, il faut pour le pays de mettre en place une politique économique qui contraint les exportateurs à transformer dans le pays les matières premières. Dans les lignes qui suivent, découvrez l’intégralité de l’interview.

GeopolisHebdo (GH)/ RDC produit ce qu’elle ne consomme pas et elle consomme ce qu’elle ne produit pas. Mais l’idéal serait de consommer ce qu’elle produit et d’exporter le surplus. Est-ce que c’est le cas pour la RDC ?

Hubert Mpunga (HM)/ En économie développement, cette question renvoie à la problématique de la chaîne de la valeur. C’est-à-dire la mise en œuvre du processus économique de valorisation de chaque ressource naturelle. Quand nous produisons les bois, c’est les crimes que nous exportons avec l’écorce. Avec ça, vous comprenez que la chaîne de la valeur est trop courte. La valeur ajoutée ne revient qu’au bûcheron et ceux qui doivent charger pour pouvoir l’exporter. Le fait que nous n’exportons pas la valeur ajoutée dans secteur bois, nous exportons le travail de tous ceux qui font la transformation du bois en planche et nous importons les meubles en bois prêt à être consommer. Donc, vous comprenez que nous importons le chômage des autres. Nous sommes tomber dans le piège de « nous sommes producteur de ». Qu’est-ce que nous exportons ? Si ce n’est que la matière première semi-crue. Donc si on pouvait industrialiser notre pays, mêmes l’arachide et le coton, nous pouvons produire de la base les planches et les meubles. Et c’est là même chose dans le secteur minier. Nous exportons le lingot d’or mais les câbles nous viennent de l’extérieur. Si on pouvait industrialiser notre chaîne de valeur de la matière première, jusqu’à l’exportation des produits finis, on serait arriver à un autre niveau. Nous avons cette capacité mais il se pose un problème de la main d’œuvre et de la technologie. Tout ce que nous exportons devrait avoir une politique économique qui oblige tous les exportateurs de ces matières de les transformer ici chez nous. Et c’est comme ça que nous deviendrons exportateurs des produits finis.

GH/ Le pays doit être industrialiser. Mais vous savez que l’industrialisation exige des moyens colossaux et l’électricité alors que le taux de desserte en énergie électrique est très faible en RDC. Par où faudra-t-il commencer ?

HM/ Quand nous parlons de l’industrialisation, nous devons avoir la base en termes d’investissements dans les infrastructures physiques, sociales et d’énergie. Quand on parle de l’énergie, on fait allusion à l’eau et l’électricité qui sont des intrants majeurs à l’industrialisation. Je voudrai ouvrir une parenthèse. (Nous avons connu une dépréciation des infrastructures de base. Avec les turbulences politiques que nous avons connu, notre pays a connu une forte détérioration du tissu économique qui doit être réhabilité. Dans le tissu économique qui dépréciait, les conséquences ont fait que nous connaissions une forte métropolisation de la vie nationale, économique et politique). Qu’est-ce que je vais dire par là ? Il y a eu en fait une exode rurale qui a fait que mêmes les structures économiques se concentrent dans les grandes villes. Ce qui fait que nous nous retrouvons avec trois pools économiques (Kinshasa, Katanga et l’ex-province orientale).

Le Kongo-central, c’est parce que c’est la porte d’entrée qui nous connecte à notre ouverture sur l’océan. Alors pour industrialiser notre économie mieux de notre chaîne de la valeur, il faut penser à la réhabilitation et à l’amélioration de la desserte en électricité et en eau. Je crois que sans jeter des fleurs le pouvoir en place est en train d’y travailler.

GH/ Que pensez-vous de la création des zones économiques spéciales et du Programme de Développement Local des 145 Territoires ?

HM/ En principe, la stratégie de développement indiqué dans le Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL 145 T) est une bonne stratégie. Donc, il faudra trouver des solutions aux problèmes et exigences de ces différents territoires. Il ne faut pas aussi commettre l’erreur d’avoir de projet clé en main qu’on doit appliquer dans tous les territoires. Un projet ne réussira que si on implique la population. Donc, on doit descendre dans chacun de ces territoires pour identifier leurs besoins réels et les impliquer pour qu’ils s’en approprient. Ce qui va permettre des projets spécifiques à chaque territoire. Si l’on procède de cette façon là, on va réussir. Mais si ce sont des projets élaborés par des gens qui sont dans leurs bureaux à Kinshasa sans descendre et contacter la population cible, je ne serai pas optimiste pour eux.

Il faut aussi souligner que celui qui a conçu cette stratégie veut responsabiliser la base. Parce ce que les responsables du gouvernement central ne seront pas en permanence dans ces territoires. Donc, il faut trouver une solution en élaborant un projet avec leur implication. Et on leur laisse la responsabilité de diriger. Répondant au besoin du milieu, le transfert de technologie est de compétence en dehors de la gouvernance technique du projet et la gouvernance administrative qui va rester diriger le projet. Le vrai problème qui se posait dans notre pays, est que la gouvernance politique mettait trop de poids sur la gouvernance économique. C’est ce qui nous a amené à la difficulté dans laquelle nous nous retrouvons aujourd’hui.

Il y a beaucoup de choses. La crise dans laquelle nous sortons maintenant était due à une piètre gouvernance politique. Une gouvernance politique qui a eu un impact sur la gouvernance économique. Quand nous avons des dirigeants très peu intéresser à la chose publique, nous arrivons à ce que nous connaissons maintenant. Si on arrive à améliorer dans chaque secteur la gouvernance et que chaque gouvernance connaît la transversalité de la coopération, je crois que nous allons sortir de cette crise ensemble.

Propos recueillis par Djodjo Mulamba

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