Société

Le début d’une rencontre durable …

A LA CROISÉE DES CHEMINS, pièce de théâtre, de Katsh Katende, fut reçue, le 13 mars 1979, à Likasi /Kakontwe, consécutivement à une double impulsion intérieure, espacée de onze ans ; mais reliée par un concours de circonstances que seul sait aménager ce que nous appelons le destin… Et dans ce domaine, le hasard n’existe pas. Montée et jouée pour la première fois par Lolango Théâtre de Likasi, dans une mise en scène de l’auteur, elle fut publiée aux éditions de l’Union des Ecrivains Zaïrois, UEZa, et tirée à 1.000 exemplaires ; avec la préface de Mgr Bakole, alors archevêque de Kananga ; et une postface de l’ingénieur agronome Kiadi Matsuela, alors Directeur technique de la Gécamines Développement. A l’occasion du trentième anniversaire de sa réception, 1979-2009 , elle fut rééditée par les éditions du Centre de Promotion de l’Art, CEPROLA, de Kinshasa, et tirée à 2.000 exemplaires grâce à l’assistance de la Société Frontier, une de quatre filiales kongolaises de First Quantum Minerals Limited, FQML.

Fin février 1968, alors Editeur-responsable de la “Tempête”, revue que les élèves de secondes – scientifique, économique et gréco-latine – du Collège du Sacré-Cœur de Likasi, venaient de monter, le 15 février 1968, suivant mes indications amicales… Une autre impulsion intérieure m’a poussé à opter pour la Une l’interview de notre enseignant de mathématiques et initiateur du village de Kapulwa, à quatorze kilomètres de la Ville, devant encadrer les jeunes désoeuvrés.

Frère Georges, De Groote Marcel (1926-2006), c’est de lui qu’il s’agit, de la Congrégation des Frères Xavériens, m’a longuement parlé de sa nouvelle vocation : aider un groupe de jeunes “désœuvrés” à s’installer progressivement à Kapulwa et leur apprendre les durs métiers d’agriculteurs et d’éleveurs.

Je les ai effectivement vus à l’œuvre, habitant sous des tentes. Frère Georges m’a montré le plan topographique de la future cité de Kapulwa. Il s’est attardé sur l’emplacement des bâtiments : dortoirs, porcherie, dispensaire, poulaillers, maisons des mariés, etc.

Sa conviction m’a fort touché. D’emblée, j’ai crû à la réussite totale de cette entreprise. (Je n’avais pas tort.) Mon article a été vivant. En 1970, je l’ai enrichi et l’ai expédié, pour publication, différentes photos à l’appui, à un quotidien de Kinshasa…

A la rentrée scolaire 1968-1969, Frère Georges a décidé de consacrer tout son temps à l’édification de Kapulwa. Par conséquent de ne plus donner les cours de mathématiques. J’ai été choisi par mes dix condisciples pour essayer de le convaincre afin qu’il revienne sur sa décision, ne fut-ce que pour cette année scolaire d’autant plus que nous étions les derniers “finalistes” des humanités modernes, section scientifique A, option mathématiques.

Il m’a bien reçu. Il m’a laissé parler. J’en ai profité pour développer le point de vue de cette poignée d’élèves finalistes ! Je lui ai fait voir notre fragile position. Cherchant à l’émouvoir, je parlais, parlais et parlais. C’est avec beaucoup de tristesse qu’il a répondu à notre requête. Il a brossé le sombre tableau de la jeunesse “délaissée” (Plus tard, ils auront plusieurs appellations balados, circulado, abandonnado, wayambar, kuluna, mayibobo …). Il a mis en relief la famine qui pointe à l’horizon, les méfaits du chômage des jeunes et les conséquences désastreuses sur l’individu et la collectivité… Et des possibilités immenses qu’offre la terre, “le seul bien inépuisable”. Une fois de plus, j’ai été convaincu de la justesse de son analyse. J’en suis sorti satisfait, bouleversé et troublé. Pour la première fois de ma vie, j’ai entrevu le revers de la médaille. “Le plan de l’Etat ne touche qu’une partie minime de la jeunesse, en fait la minorité. Alors que tout devrait être axé sur la majorité de la jeunesse qui regagnera plus tard les villages (ou peupleront les bidonvilles), et ce sans aucune préparation.”

Dix ans plus tard (en 1978), je me suis retrouvé en mission à Kimbwa, la ferme de monsieur Kithule, en face de Ndakata (la deuxième cité construite par Frère Georges et ses pionniers) en train d’abattre les arbres à l’explosif. Est-ce un hasard ? Les deux exposés ci-haut cités me sont revenus à l’esprit sans aucun effort de ma part. Petit à petit, ils se sont imposés en moi. Cette pièce de théâtre est “née” entre deux tirs, en courant vers un abri de fortune. D’abord, je l’ai intitulée Qui ose gagne en souvenir de la devise des scouts des “Patrouilles Libres” du Collège, et aussi parce que les “Pionniers” de Kapulwa et de Ndakata ont effectivement réussi, sous l’encadrement de Frères Georges. Quelle joie de visiter Kapulwa onze ans après et d’admirer toutes ces différentes réalisations dont j’ai eu, en 1968, la primeur…

Le 24 mai 1980, la pièce a été montée et jouée pour la première fois dans la salle polyvalente du Collège du Sacré-Cœur par LOLANGO Théâtre, dans une mise en scene de votre serviteur. Et devant plus de deux cents personnes parmi lesquelles un invité de marque “Frère Georges”. Là, il a suivi ses propres paroles “transformées”, “retravaillées”, “recréées”… Comme si je les avais enregistrées en 1968. Lors du débat qui s’en est suivi, il a voulu intervenir pour s’expliquer, corriger, éclaircir… Heureusement qu’il s’est maîtrisé. A la croisée des chemins est une pièce de théâtre, un jeu des mots.

A partir de novembre 1982, le déficit en maïs est devenu de plus en plus visible, perceptible dans les villes industrielles du Katanga. Le pouvoir d’achat des travailleurs, agents de cadre y compris, n’avait cessé de péricliter. « Comment nouer les deux bouts du mois ? » Telle était l’angoissante question soulevée ici et là par la plupart des ménages. Comme par enchantement, les terres aux alentours des villes ont été d’abord envahies par les ouvriers regroupés et soutenus par la coopérative “Shalamo : shamba la umoja”; ensuite par les agents de cadre. Pour de durs travaux des champs, principalement la culture du maïs, et pour l’élevage : porc, poulet, lapin…

Je prends acte. Le jeu des mots a fait l’essentiel. L’art n’élève-t-il pas l’esprit humain ?

Le spectacle est resté à l’affiche de la Compagnie du Théâtre Kalonda Lolango pendant une dizaine d’années. Toujours avec succès, elle a été jouée, à plusieurs reprises dans presque toutes les salles du pays. Partout, elle a imprimé, pendant 42 ans, une profonde impression, une marque ineffaçable. Beaucoup de troupes l’ont également interprétée avec un bonheur inégalé.

Aujourd’hui plus que jamais, le retour à la terre pour combattre la famine et la malnutrition… Et l’occupation effective de la jeunesse délaissée dont le nombre ne cesse d’augmenter, de jour en jour, constituent le chemin “incontournable” vers la libération effective.

Muena Ngenyi wa Kumvuila

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