Culture

Le début d’une rencontre durable…

L’expérience remonte à fin juillet 1967, au croisement des avenues Basanga et Maniema, commune de Kikula, à Likasi, chez un condisciple du Collège du Sacré-Cœur de Likasi, que je retrouvais après plusieurs mois de son hospitalisation. Kadino est son diminutif préféré. Là, il m’apprend qu’il ne présentera que l’examen des mathématiques lors de la session de repêchage, en septembre. Tous les enseignants du secondaire de la Ville montagneuse sont des Européens, et en majorité des Belges. Partis, tous, en congé. Qui va l’aider à refaire un retard énorme, à combler le manque manifeste de connaissances, dans les branches essentielles. Nous sommes en quatrième année de la section scientifique A, c’est-à-dire Mathématiques ! Les derniers de l’ancien système. Après nous, c’est le nouveau régime axé sur le cycle d’orientation et sanctionné par les examens d’Etat. Le désespoir était à son comble. Prenant son courage en mains, il essayait, tant bien que mal, à faire quelques exercices… Flash ! La voix intérieure me pousse à tout sacrifier, à me jeter à l’eau, bouée de sauvetage à la main…

De la maîtrise du calcul à l’encadrement en mathématiques

Il y a onze ans…

J’avais entamé l’école primaire, le 3 septembre 1956, avec une avance extraordinaire en calcul. N’est-ce pas que j’avais vaincu le complexe d’Œdipe ? Notre Père, pour s’être sacrifié à suivre les cours du soir, trois ou quatre fois par semaine, à l’Ecole Technique Officielle de Kikula, à plus de six kilomètres de Panda, il est passé à mes yeux un héros. Pas question de chercher à le tuer pour le remplacer auprès de la Mère.

A chaque passage de contrôles, soit de monsieur le directeur d’école, soit de monsieur l’inspecteur – tous des Belges – notre enseignant de la première année, monsieur Kalonji Bonaventure ne cessait de m’interroger. Car, il s’était assuré que j’étais en avance en calcul. C’est plus tard que je me suis rendu compte de cette évidence.

La troisième impulsion…

Kadino est surpris… Brusquement, je tire une chaise… Je m’empare de son cahier de brouillon. Et sans aucune préparation, je me mets à tracer le plan d’attaque, tout en lui expliquant… « Il nous reste quatre semaines de préparation avant les examens de passage prévus… » Un coup d’œil au calendrier accroché à un des murs du « Château » de mon ami. C’est ainsi que nous nommions nos petites chambres, généralement installées à l’annexe, appelée aussi « Boyerie »…

« – Les examens étant prévus le 3 septembre 1967. Donc, si nous débutons, ce jour, avec la révision de la matière vue au premier semestre de l’année scolaire 1966-1967 ; – Une perte de temps, cher ami, me rétorque Kadino ; -Au contraire, sans la consolidation de la fondation, aucune construction ne réussira. N’oubliez pas que vous avez été absent de la classe depuis fin février 1967 ; – Malade ! ; – Raison de plus pour reprendre les cours du premier semestre. Faites-me confiance. Nous ne perdrons aucune minute. »

Silence. Kadino se donne quelques secondes de réflexion. Il sait que je me débrouille très bien en mathématiques. Delà à lui donner cours, à l’encadrer avec succès… Là, c’est une autre paire de manches. Mais il n’a pas de choix. Surtout devant ma ferme détermination. Il ressent la force qui se dégage de mon être. Il accepte. Et le travail débute sur les chapeaux de roues.

Je suis toujours fidèle au rendez-vous. Et à l’heure. Intuitivement, je débute par le dernier livre de géométrie plane, avant d’entamer les deux livres de géométrie dans l’espace prévus au programme de la quatrième année.

De commun accord, et dans le strict respect mutuel, nous avons arrêté un horaire journalier précis et contraignant. Pour moi également. De 7h30 à 22 h, avec repos à midi et à 18h. Nous avons également convenu une interrogation quotidienne. Comme le pratiquait Frère Romain, alias Guépard Ardent, alias Masashi, notre enseignant des mathématiques au cycle inférieur des humanités. Notre chef scout. La correction immédiate ainsi que la remise des points. Ce rituel nous a permis de maintenir le rythme.

Le soir, ma voix, obligeait les voisins à diminuer le volume de leurs postes de radio. Au fur et à mesure, toutes les maisons environnantes, au courant de la longue hospitalisation de Kadino ; et de l’obligation de passer par l’examen des mathématiques, nous soutenaient. Par l’imposition du silence. Malgré la pleine lune…

Comme prévu, nous avons attaqué les matières non vues. Toujours par la théorie suivie de quelques exercices types. Et ainsi de suite. C’est par là que j’ai mis au point un système. Quand Kadino trébuche et rencontre une quelconque difficulté… Eh bien ! Je fais un saut dans toutes les branches, pour retrouver l’explication théorique, lui permettre de comprendre et de faire la jonction…

Le jour de l’examen…

Je l’ai accompagné au Collège. Le moral haut. Le front relevé. Et le regard confiant tourné vers le Seigneur. J’ai dû attendre quatre longues heures, lisant un livre. De loin, Kadino m’avait adressé un signe de victoire. Et comme nous nous attendions… Le même examen de juin 1967 lui a été reposé.

Les résultats…

Ont été de loin satisfaisants. A tel point que le Frère Directeur a été contraint de lui demander qui l’avait ainsi encadré. Il m’a cité. Le Directeur ne m’a jamais convoqué pour me féliciter de cet exploit hors commun.

A la maison, tout le monde nous attendait. Sa chère Maman nous avait accueillis avec la traditionnelle clochette et des danses. A diner, l’inamovible poulet. Au retour du service, son Père nous avait vigoureusement serré la main, satisfait de tant de sacrifice.

Le dernier mot revient à la Maman, Mwa Kabeya…

Comme ma Mère l’appelait affectueusement. De 1967 à 2009, elle n’a cessé, à chaque rencontre, de m’adresser un chaleureux salut ponctué d’une admiration silencieuse. Ses yeux lançaient des flammes pleines de bonté. Et de tels égards et regards me transportaient vers les hauteurs…

Mwa Kabeya n’a jamais oublié le service immense que j’ai rendu à Kadino. Et ce, d’une façon naturelle. En tant que Mère, elle m’avait entendu parler tout le mois d’août 1967 dix heures durant. En effet ! J’étais tout à la fois : autoritaire, amical, jovial…

C’est ainsi que j’ai triomphé lors de la puberté

Par cet altruisme extraordinaire, à dix-sept ans, j’ai permis à mon esprit de prendre entièrement possession du corps, arrivé à maturité ; tout en maitrisant la force sexuelle et en l’orientant vers la beauté, l’excellence, l’honnêteté, l’enthousiasme, la vérité… et la vie.

Alain, in Propos sur l’éducation VI, avait raison de le souligner : « Il n’y a de progrès, pour nul écolier au monde, ni en ce qu’il entend, ni en ce qu’il voit, mais seulement en ce qu’il fait. »

Le numéro 17/Vol.8 de 1993 de la Revue « Pistes et Recherches » de l’ISP/Kikwit a renforcé mon intuition en publiant une étude originale intitulée « La géométrie et son enseignement dans les écoles secondaires de la ville de Kikwit. » par Tumba M. et Kialoso B. Comme je l’avais pressenti, ju la compréhension des mathématiques passe par la maitrise de la géométrie.

Mweena Ngenyi wa Kumvuila

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