Société

Le début d’une rencontre durable… (5)

Dans cette nouvelle rubrique, nous y lirez des pages choisies des ouvrages, publiés ou non, basés sur l’expérience vécue de la première rencontre de l’artiste, et ou de toute femme et de tout homme, avec l’un des buts de son existence… Le premier geste à la base duquel l’édifice a été construit… La première action qui aurait déclenché la mise en œuvre, graduellement bien sûr, de toute la vision… Souvent dans l’opinion, on met un accent particulier sur la fin… A l’achèvement de l’ouvrage, de l’œuvre. C’est ainsi que les adages ci-après sont répétés en boucle : « En toute chose, il faut considérer la fin… Mieux vaut la fin que le commencement, etc. » Nous, nous vous proposons de remonter le courant, vers le début. Quand le puzzle se construit, dans le flou, dans le brouillard, dans la solitude, dans le silence… Contre toute attente, voilà que l’étincelle provenant de nulle part (?) jaillisse et pousse à l’action… L’espoir reste vivant : vous êtes nombreux à vouloir partager votre expérience vécue avec nos lecteurs. Nous vous en remercions d’ores et déjà.

Les 15/18 février 1968…

Il y a exactement 53 ans, alors âgé de 16 ans et 6 mois, en classe commune de secondes (économie/gréco-latine et scientifique A) du Collège du Sacré-Cœur de Likasi, une impulsion intérieure  m’a poussé, profitant d’une heure libre, à monter sur l’estrade, à imposer le silence (amicalement s’entend) et à proposer à la trentaine de mes condisciples, tout étonnés, de créer et d’animer une revue scolaire mensuelle, entièrement financée et animée par les élèves de secondes.

Une fois de plus, je n’y ai jamais pensé avant cette heureuse montée de l’estrade. Je ne disposais d’aucun plan prédéterminé. Refusant comme d’habitude les définitions d’école, une impulsion intérieure, telle que je l’ai vécue durant des années, est une décision subite, au-delà de cinq sens, qui vous envahit par flash instantané, comme une parution de la subconscience à la conscience. Tout en vous envahissant, elle vous fournit tous les arguments intuitifs qui remontent à l’intellect, et elle permet à la volonté d’agir.

La narration de ce jour revêt un caractère spécial. Car, cet heureux anniversaire – le 53ème coïncide, curieusement, au 15ème anniversaire de Géopolis dont monsieur l’Editeur m’a permis d’utiliser les colonnes de son excellent Tri-Hebdomadaire pour livrer une partie de mes expériences en attendant que les nombreux lecteurs nous rejoignent. Je ne cesserai jamais de l’en remercier…

Le premier conseil de rédaction de Géopolis auquel j’avais assisté, il y a quelques années, fut une révélation pour moi. En effet ! Sans être des journalistes professionnels, mes condisciples et moi, nous tenions exactement nos conseils de rédaction comme eux. N’est-ce pas révélateur ?

Pour la petite histoire, notre promotion, de l’année scolaire 1967-1968, est l’unique promotion à avoir réalisé cet exploit ; depuis l’inauguration du Collège du Sacré-Cœur de Likasi, en 1931, par la Congrégation des Frères Xavériens de Bruges/Belgique. Ni avant nous, ni après nous !

Il était impensable, ai-je renchéri, pour souligner la pertinence de mes propos, qu’un Collège tel que le nôtre, installé dans la troisième ville du Kongo, ne puisse pas entretenir de revue scolaire… Alors que dans notre promotion, toutes sections confondues, existent des valeurs sûres dans tous les domaines… Un Tambwe Félix, par exemple, réussit à atteindre 90 mots par minute avec nos machines à écrire… Un Kafishi, un Kasongo Germain… Vous écrira un éditorial, digne de ce nom, en une dizaine de minutes, etc.

A l’issue d’une discussion houleuse, je parviens à convaincre mes camarades. Le comité est composé de la manière suivante : je ne sais plus par quel artifice, je me suis attribué, en ma qualité de représentant de la section scientifique A, la lourde charge d’Editeur-responsable, sans en mesurer les risques ; James Kashoba Samalenge (Paix à son âme), représentant la section économie : Directeur de publication ; Kazadi Crispin, alias Kacris (Paix à son âme), de la section gréco-latine Rédacteur en chef ; et Tambwe Félix, chef de fabrication, etc.

Je ne sais quelle mouche m’avait piqué, j’ai tout simplement oublié d’en parler au Frère Directeur, Sabbe Kamiel, licencié en physique. Et encore moins de lui demander l’autorisation… Une erreur fatale !

Editeur-responsable, je dirige des réunions du conseil de rédaction. La revue va s’intituler « La Tempête ». Avons-nous été influencés par le titre de la pièce de théâtre d’Aimé Césaire ? Où alors, c’était pour symboliser la Tempête que les adolescents que nous étions étaient en train de traverser ? Au propre comme au figuré ? D’un côté, le corps atteignant progressivement la maturité ; et de l’autre l’esprit qui descend pour prendre possession du corps. Voilà que surgissent la bonne volonté, l’enthousiasme, l’idée de transformer le monde, de balayer le faux, etc. Une mobilisation et une adhésion à la mesure de notre enthousiasme dû à la montée progressive de la Force sexuelle !

La Une du premier numéro est réservée au reportage que je réalise la dernière semaine du mois de février 1968 au village de Ndakata en train d’être construit par notre enseignant des mathématiques, Frère Georges, Groote Joris Marcel (1926-2006), d’heureuse mémoire ; par et pour les jeunes désoeuvrés de la commune de Kikula/Likasi dont le nombre ne cessait d’augmenter. Tout au long de ce jeu de questions-réponses, Frère Georges m’a pris au sérieux, et il m’a répondu du fond de lui-même. De belles, puissantes et bouleversantes phrases en rapport avec les jeunes non scolarisés, de plus en plus nombreux, mais abandonnés à eux-mêmes.

Des mots puissants, forts, qui m’ont poursuivi toute ma vie jusqu’à ce que j’en aie fait une pièce de théâtre intitulée A la croisée des chemins, reçue à Likasi/Kakontwe en mars 1979, montée et jouée pour la première fois par Lolango Théâtre, sous l’animation artistique de votre serviteur, en mai 1980, devant plus de deux cents spectateurs dont un invité de marque Frère Georges qui a suivi ses propres mots de février 1968 retravaillés, recréés… ; et publiée par les éditions de l’Union des Ecrivains Zaïrois, UEZa, en 1984 avec une belle préface de Mgr Bakole, alors archevêque de Kananga…

Avant le lancement du premier numéro, accompagné de quelques condisciples, je me suis mis à la recherche des correspondants permanents de la revue parmi les élèves de quelques écoles secondaires de la ville. Les Sœurs Préfètes de trois Lycées m’ont permis de parler avec leurs élèves respectives. Extraordinaire !

L’expérience fut brutalement interrompue par la Direction du Collège sous prétexte que nous avions publié, sans autorisation, le départ de Frère Romain de la Congrégation.

L’Editeur-responsable et le Directeur de publication, renvoyés définitivement du Collège ! Il a fallu l’union sacrée de nos condisciples et des enseignants laïcs pour éviter une telle honte au Collège. Au moment où la liberté de la presse était graduellement supprimée par la montée d’une dictature la plus sanglante de l’Afrique.

Muena Ngenyi wa Kumvuila

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