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Le projet du port en eaux profondes à Banana : Atou Matubuana : « ce port est un outil d’indépendance de notre pays et de liberté économique de notre république. »

 Pendant des longs mois, nous avons cherché à rencontrer notre invité de ce jour. Ça n’a pas été facile. Il est toujours occupé dans la gestion de sa province et il n’a pas le temps pour la presse. Nous avons patienté, nous avons attendu et nous avons presque réclamé. Et l’actualité nous a donnés raison parce qu’aujourd’hui nous avons la possibilité d’interroger un des hommes clés de notre pays, notamment le Gouverneur du Kongo Central. Il est donc venu à Kinshasa pour parler de cette province et surtout de notre pays. Lui, c’est Atou Matubuana. Il est donc à la tête de cette province. Une province emblématique parce que c’est notre seule sortie à l’océan Atlantique. Vous connaissez certainement la province du Kongo-central. Elle abrite aujourd’hui de plus grands projets qui peuvent transformer notre économie et pourquoi pas notre destin. C’est donc dans cette province que sera érigé Inga 3 et le port en eaux profondes de Banana. Ces deux grands projets vont constituer pour les années qui viennent la réponse du Congo à la question du développement. Pour gérer tout ça, il a fallu que des hommes aient la foi. Ces hommes de foi et de conviction dont le Chef de l’État qui a ranimé ces projets anciens et qui a été encouragé par la conviction locale. La conviction locale, c’est le Gouverneur.

 William Albert Kalengay (WAK)/ Monsieur le Gouverneur, merci d’avoir accepté cette interview et cette demande de la population parce que vous ne parlez pas beaucoup. Mais d’abord, pourquoi avez-vous gardé silence pendant si longtemps ? Et pourtant vous êtes dans l’actualité.

Atou Matubuana (AM)/ Merci Willy pour nous avoir permis de nous exprimer sur ce plateau. Je pense comme les français disent : le silence est d’or et la parole est d’argent. Et dans mon intime conviction, quand on parle trop, on risque d’oublier l’essentiel. Et l’essentiel, c’est le travail et se concentrer sur ses objectifs. Voilà en gros notre leitmotiv.

WAK/ C’est donc un honneur que de vous avoir aujourd’hui pour avoir quelques paroles qui vont sans doute nous donner les clés de cette actualité. Mais avant que je n’arrive à ces questions, laissez-moi vous présenter à mes téléspectateurs. Qui est donc Atou Matubuana Nkuluki ? Ce post-nom n’est pas donc pas très connu. Vous êtes le fils d’un paysan. Vous êtes dans la terre. Cette terre de Kongo-central. Vous avez été à l’école et vous avez étudié à l’ISP Mbanza-Ngungu où vous avez obtenu un diplôme d’anglais et en études africaines. Tout de suite là déjà, on sent que votre conscience politique s’éveille. Etudiant, vous êtes militant de l’UDPS. Évidemment, avec la révolution de 1997 et l’arrivée de l’AFDL, les paradigmes ont changé. Vous êtes élu membre du Comité du Pouvoir Populaire (CPP). Comité mis en place par le feu président Mzee Laurent Désiré Kabila pour pouvoir activer le développement. Vous êtes animateurs des émissions de sensibilisation et des relais communautaires. Un pont avec la population. Et vous avez donc fréquenté le Bundu Dia Kongo (BDK). BDK et UDPS sont donc les deux grandes écoles de résistance que nous avons dans ce pays. Je ne parle pas du Palu ou d’autres provinces. Vous êtes donc élu plusieurs fois député provincial et vous avez été élu une fois député national. Vous avez été rapporteur adjoint de l’assemblée provinciale du Kongo-central et puis vous êtes passé vice-gouverneur de la province, aussi, gouverneur ad intérim, et aujourd’hui gouverneur titulaire du Kongo-central. Une province sur qui beaucoup parlent. Une province qui est proche de Kinshasa et qui semble un peu méconnu. Et ma question est celle-ci, s’il vous est demandé de présenter la province du Kongo-central, quels sont les mots que vous allez utiliser ?

 AM/ S’il faut présenter la province du Kongo-central, je dirai c’est le levier du développement de notre pays. Je vous rappellerai qu’on a étudié à l’école un auteur Frantz Fanon qui disait que l’Afrique a la forme d’un revolver et sa gâchette se trouve en République Démocratique du Congo. J’aime bien répéter cette phrase aux gens qui veulent m’entendre que quand on regarde la configuration de notre pays, la partie qui a la forme de la gâchette est le Kongo-central.

WAK/ Quand on a fait le découpage des provinces du pays, qu’est-ce qui a milité pour que cette province reste dans sa configuration ancienne ?

 AM/Là, je tiens à saluer tous nos ba mbuta (entendez par là nos aînés) qui étaient à l’Assemblée nationale et qui ont décidé de garder notre province unique dans sa configuration actuelle parce que c’est le reliquat de l’ancien Royaume Kongo. C’est cette partie qui est restée et c’est cette partie qu’on appelle le cœur du royaume. Les aînés ont voulu garder cette unité pour ne pas disperser les efforts. Dans notre culture Kongo, on dit que minka ma mbwa mwunkala nku mosi. Ce qui veut dire en français le Kongo-central est comme une pierre qu’on ne peut pas casser. Et casser cette pierre, c’est détruire le peuple Kongo.

WAK/ Alors, vous voyez que ce sont des choses intimes et profondes. Vous venez d’utiliser la langue du Kongo ici. Ne peuvent comprendre que ceux qui comprennent cette langue. Est-ce que vous avez l’impression que la perception que l’on a de la province du Kongo-central par les congolais, mieux les Ne Kongo est perçue ici à Kinshasa. Est-ce qu’ici à Kinshasa on comprend le Kongo-central ?

 AM/ Il y a un autre proverbe ici chez nous qui est initiatique et mythique. Ce proverbe dit : Kongo talija lengo lengo. Vokuleka mwakayi dioko kuyala dioko. C’est-à-dire le Kongo-central est comme une pierre ronde et pour bien appréhender cette pierre il faut faire le tour. Elle est tellement glissante et ronde qu’il faut la tenir puisque c’est comme un œuf. Et les gens pensent que Lorsque vous prenez votre voiture à partir de Kinshasa pour aller jusqu’à Moanda, vous connaissez le Kongo-central. Et dans ça, la connaissance culturelle a une dimension importante dans la vie de la province. La langue, le contact avec les paysans, les eaux, les forêts, les us et coutumes, tous éléments parlent. C’est donc toute une cosmogonie autour de cette conception.

WAK/ Je l’ai dit tout à l’heure. Vous êtes le fils d’un paysan avec tout ce que ça représente comme noblesse. Quel est votre engagement politique ? On vous voit dans les communautés et dans le combat politique. Qu’est-ce qui s’est passé ? Quel est le sens de votre engagement en politique ?

 AM/ La politique pour moi, c’est un appel. La politique, c’est la responsabilité que chacun de nous doit avoir pour assumer dans la vie de la république. Et moi, j’avais déjà ce sens de leadership dès mon jeune âge. J’avais donc ce sens de servir les autres à l’école, au quartier. Et j’ai répondu à cet appel profond et intime de servir la population. J’ai posé de m’engager et cela a marché. Tout en croyant en moi et toutes les valeurs que Dieu m’a données pour pouvoir apporter du mien aux miens.

WAK/ Évidemment, nous allons aller en profondeur de nos questions. Mais en tant que gouverneur il faut reconnaître que votre mandat a été perturbé par de nombreux conflits, notamment des contestations et des motions. Mais vous êtes là aujourd’hui. Et quand vous jetez un regard sur cette période de doute et difficile, voire de désaveu pour certains et de confirmation pour d’autres, quelles sont les grandes leçons que vous tirez de cette contradiction en politique et de l’animosité permanente ?

 AM/ La grande leçon, c’est la confiance en soi, le sens du devoir vis-à-vis des autres et la volonté de servir. Par-dessus tout, c’est le destin. Et vous savez que Dieu est le maître de tout ce que nous vivons. Et j’ai la ferme conviction que Dieu a placé des choses en moi. Pour moi, le prophète Simon Kimbangu est un modèle.  Je crois beaucoup en ce grand personnage. Et lorsque je fais référence à lui, j’ai des réponses à certaines réponses.

WAK/ Malgré une vie de souffrance, de privation et de souffrance, qu’est-ce qui fait que les Ne Kongo ont gardé de lui une grande image ?

 AM/ Je vais vous raconter une petite une histoire. J’arrive à Lubumbashi pour la première fois pour participer à une activité de l’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements (ANAPI). Et je me suis décidé d’aller en prison où a séjourné pendant 30 ans le prophète. J’entre dans la prison et je me suis enfermé pendant 10 minutes dans la cellule qu’il occupait. J’ai prié et l’explication qui m’a été donnée à la prison m’a permis de comprendre que le prophète Simon Kimbangu était un type hors norme. Et puis après, j’ai voulu voir là où il avait été enterré. Et j’ai vécu un miracle. J’étais avec mes collaborateurs. Pendant qu’on entrait dans le mausolée il a commencé à pleuviner dans l’espace où il y a le mausolée. Et on était mouillé. On s’est incliné sur la tombe. Lorsqu’on était sorti, il n’y avait pas de pluie à Lubumbashi. Et rien que là-bas.

WAK/ Et donc, le caractère mystique et ésotérique fait partie de notre histoire. Ceci donne aussi du contenu à votre personnalité. Mais, les derniers actes d’actualités font que vous avez reçu de manière assez particulière le soutien du Chef de l’État. Alors qu’on pouvait croire que vous n’étiez pas de son camp avant même qu’il ne lance l’Union Sacrée de la Nation. Vous l’aviez déjà presque rejoint. Étiez-vous déjà dans le secret ?

 AM/ Je pense que oui parce que quand le Chef de l’État reçoit tous les gouverneurs à l’hôtel Pullman pour une réunion de recadrage de sa vision, le Chef de l’État nous avait engagé tous à travailler avec lui. C’est à partir de ce jour-là que je me suis résolu à suivre le pas du Chef de l’État parce que c’est lui le Chef. Nous nous sommes ses représentants en provinces. Nous sommes de petits présidents et des petits Fatshis.

WAK/ On n’avait pas eu peur de changer de camp et d’être traité de traître comme on dit ?

 AM/ Si je dois respecter la volonté de mon patron, il n’y a pas de traîtrise. C’est le Chef de l’État qui donne l’impulsion au niveau national. Et nous nous matérialisons sa vision au niveau des provinces. Quand vous devez construire des routes, des écoles et encadrer les paysans, l’impulsion va venir du Chef de l’état. Et nous qui se trouvons en provinces nous exécutons les instructions du Chef. Donc, il n’y a pas de traîtrise. Bien au contraire, nous devons être félicités et encouragés. Nous nous s’inscrivons totalement dans la ligne et la vision du Chef de l’Etat.

WAK/ Évidemment, Nous allons aussi parler de votre bilan à la tête de la province. Bien que ce n’est pas l’objet de cette interview. Aujourd’hui, nous (les congolais) voulons parler de ce grand projet de la construction du port en eaux profondes. Est-ce que c’est un slogan ou de la poudre aux yeux ? Est-ce que c’est vraiment réel ? Depuis qu’on en parle, nous n’avons pas encore touché du doigt sa faisabilité. En tant que gouverneur, vous devez être très impliqué dans la mise en œuvre de ce projet. Qu’en est-il exactement ?

AM/ En parlant de ce sujet, je tiens une fois de plus à rendre un vibrant hommage au Chef de l’État, Félix-Antoine Thsisekedi Tshilombo, qui aux premières heures de son pouvoir a été écouté la voix du peuple Kongo, donc la voix de la population du Kongo-central qui s’était levé pour dire oui au pont-route-rail entre Kinshasa Brazzaville, mais d’abord la construction du port en eaux profondes de Banana parce qu’il faut savoir que ce port est un outil d’indépendance de notre pays et de liberté économique de notre république. Les congolais doivent savoir que nous sommes bénéficiaires d’une très grande porte qui nous est ouverte au monde extérieur. Quoi de plus normal de valoriser cette porte-là. Ce sont donc des informations très importantes que beaucoup des gens ignorent. Vous savez que l’embouchure qui n’est pas l’affaire de Diego Cao, date depuis la création du monde. Cet endroit-là où le pays a l’ambition de construire un port en eaux profondes n’a pas d’égal avec d’autres ports. A part le port de Lomé et de Durban qui peuvent concurrencer. Mais en Afrique centrale, il n’y a aucun endroit qui peut concurrencer de par le tirant d’eau qu’il y a là-bas. Pour nous politiques, nous ne pouvons qu’accompagner cette vision du chef de l’État puisque le peuple Kongo s’est levé dans toute sa diversité (élus nationaux, élus provinciaux, ministres nationaux, ministres provinciaux et les différentes couches de la société) pour demander au Chef de l’État que nous avons besoin de pont Kinshasa Brazzaville mais d’abord pour la souveraineté de notre pays le port en eaux profondes de Banana. Et le Chef de l’État avait entendu la voix du peuple Kongo.

WAK/ Mais on est où aujourd’hui ?

  AM/ Sous l’impulsion du Chef de l’État, je pense qu’un mémorandum a été signé avec une entreprise qui est venue travailler. Et je pense qu’un autre contrat sera signé pour commencer les travaux dans les deux ou trois prochains mois. Donc, les choses sont en train d’avancer.

WAK/ Est-ce que les appels d’offres ont été respectés ? Est-ce que le financement a été couvert ?

AM/ Il y a un partenaire financier qui est prêt à pouvoir apporter de l’argent pour construire ce port en eaux profondes à Banana.

WAK/ Pour ceux qui ont déjà visité ce lieu-là, il faudra exproprier les gens pour avoir un peu d’espaces pour pouvoir construire ce port il y a même un camp là-bas. Qu’est-ce qui va se passer ?

AM/ Je pense que les démarches sont en cours et je dirai même en bonne voie parce qu’il faudra déplacer les gens et les relocaliser à d’autres endroits. Puisqu’il faut savoir que cet endroit à une vocation éminemment économique pour la république, l’Afrique et le monde. Donc, on ne va pas lésiner sur les moyens pour déplacer toutes ces familles qui occupent cet endroit pour les intérêts de la république. Au niveau du gouvernement de la république, les dispositions vont être prises. Et notre engagement par rapport à ça, c’est d’accompagner ce projet. Ce port n’a pas seulement une vocation provinciale. Au contraire, il, a une vocation nationale et internationale puisque tous les flux maritimes qui seront déportés là-bas, pourront être dispatchés partout dans le pays et à travers le continent. Voilà pourquoi Frantz Fanon a dit que notre pays a la gâchette de l’Afrique.

WAK/ A votre avis, quelles sont les conditions qui doivent être remplies pour que ce projet aboutisse ? En réalité, que faut-il faire pour que ce projet puisse continuer puisqu’il y a eu beaucoup des projets dans ce pays qui n’ont pas été réalisés ?

AM/ C’est d’abord la responsabilité du gouvernement de la république et son engagement dans la recherche des partenaires financiers. C’est ce qui est déjà fait. Les financiers sont déjà là. Au niveau de nos provinces, c’est l’accompagnement de ce projet. Cet accompagnement va se faire dans le cadre de la sensibilisation du peuple du Kongo-central pour qu’il puisse comprendre le bien-fondé du projet.

WAK/ Vous savez que la population du Kongo-central est hésitante quant à soutenir le projet de grande envergure parce qu’elle s’est dit qu’il existe déjà le port de Matadi, les grands Inga 1 et 2. Et nous avons beaucoup d’infrastructures à vocation nationale. Mais la population est restée pauvre. Et d’ailleurs cette population vous reproche, vous (les autorités), de ne pas faire profiter à celle-ci de ce qu’elle donne à la nation ?

 AM/ C’est pourquoi le Chef de l’État est venu avec une nouvelle gouvernance, celle d’être à côté de la nation. Et nous nous sommes inscrits dans cette lancée parce que déjà avec la création de 100 000 emplois (les emplois directs et indirects), le peuple se retrouve. Toujours avec ce port en eaux profondes, il y aura la construction des voies d’évacuation (voies ferrées, des routes, etc.). il y aura la sous-traitance qui va se développer dans ce milieu-là. L’État va recouvrir des droits et des taxes. Donc, il y a une multitude d’emplois qui va se créer. Ce qui va impacter positivement sur l’ensemble de la province, de la république et de l’Afrique. Et c’est ça la réalité.

WAK/ Pouvez-vous nous donner quelques chiffres de ce projet. Combien cela va couter et combien de temps va-t-il durer ?

 AM/ Pour la construction du port en eaux profondes, nous sommes autour de 300 millions USD. Et ça pourra prendre maximum 24 à 36 mois. C’est un grand projet à court terme.

WAK/ Vous êtes un homme heureux ?

 AM/ Oui. Je dois dire que nous sommes très heureux que le Chef de l’État s’est engagé dans la matérialisation des aspirations de la population, surtout la population du Kongo-central. Le Chef de l’État nous accompagne et nous pensons que c’est une bonne chose pour lui en tant que Chef et Père de la Nation et pour nous en tant que province.

WAK/ Évidemment, nous ne pouvons que souhaiter bonne chance à ce projet pour qu’il réussisse et se fasse selon les règles de l’art. mais le Kong -central c’est aussi d’autres grands projets. Je reviens un peu à Inga 3. Vous avez rappellé que le Congo est la gâchette, mais il n’est pas électrifié malgré un potentiel aussi important que vous avez dans la province. Vous qui vivez avec une population qui voit les fils électriques traverser alors qu’elle est dans le noir, comment vous sentez-vous ?

 AM/ Je pense qu’en tant que responsable, nous avons le devoir de porter la voix de la population auprès de la hiérarchie. Cependant, il faut souligner que la Société Nationale d’Électricité (SNEL) n’appartient pas à la province mais plutôt à l’État congolais. Donc, nous faisons les porte-voix de la population pour que tous les coins du pays soient électrifiés à travers toutes les provinces.

WAK/ la province du Kongo-central pouvait être la province la plus électrifiée, mais ce n’est pas le cas. Pourquoi le courant est produit, mais il n’est pas consommé là-bas. Quel est l’obstacle ?

 AM/ Nous, on ne connait vraiment pas la politique de la SNEL et surtout qu’elle n’appartient pas à la province. Au niveau de la province, nous sommes en train de développer une politique de création des micro-barrages, mieux des microcentrales électriques pour que nous puissions capables d’électrifier Luozi, Tshela, Kinvula. Et dans notre programme, nous avons l’ambition de créer une Société Provinciale d’électricité avec les micro-barrages. Mais ce qui revient au Kongo-central, nous ne pouvons que plaider. Et nous demandons à nos élus nationaux qui siègent au niveau du parlement de faire autant pour amener le gouvernement central à électrifier la province du Kongo-central qui donne l’électricité à d’autres provinces et à l’Afrique.

WAK/ Et le projet Inga 3, vous êtes associé à un quelconque niveau ou ça ne vous tente pas ?

 AM/ Non. Nous sommes toujours tentés à le faire parce qu’avec le projet Inga 3 je vous informe qu’il y a 8 phases. C’est un projet qui va couter autour 28 milliards USD. Et nous la province, nous avons demandé d’être partie intégrante là où ce projet est en train d’être préparé. On nous a associé finalement. C’est le conseiller spécial du Chef de l’État en charge des infrastructures qui tient la commande de tout ça. Sous peu, je veux désigner un point focal qui va commencer à siéger à cette table-là.

WAK/ Nous quittons ce sujet d’Inga pour aller à Moanda afin de parler des hydrocarbures. Le pétrole est aussi produit là-bas à Moanda. Une question que soulève souvent la société civile du Kongo-centrale est la question de la pollution. Je ne vous ai pas encore vu se prononcer sur la question. Il est vrai qu’il y a à boire et à manger quand vous suivez nos amis de la société civile parfois alarmistes, parfois ils font du bon travail. Comment abordez-vous cette question de la production des hydrocarbures et de son impact sur l’écosystème de Moanda ?

 AM/ Lors de l’élaboration du budget national au niveau de l’assemblée Nationale, nous avons mené une mission pour assister à la sous-commission des hydrocarbures afin de parler de nous en tant que province. J’étais venu avec mon ministre des hydrocarbures et nos experts. Curieusement, lorsque nous sommes arrivés, nous avons trouvé la commission en train de travailler et le directeur général de Perenco était en train d’exposer ce qu’ils avaient à faire pendant cette année. Malheureusement dans le budget passé, la province n’avait rien. La quotité de la province était de zéro sur la production des hydrocarbures. Les redevances pétrolières étaient versées à Kinshasa et le Kongo-central n’avait rien jusqu’aujourd’hui.

WAK/ Il n’y a pas de retro commission comme on dit ici chez nous ?

 AM/ Il n’y en a pas. Nous avons insisté pour qu’on inscrive la province dans le budget 2021. Nous sommes inscrits. Après nous avons demandé à notre régie provinciale de pouvoir entrer en contact avec la direction Générale de Perenco pour déposer une note de perception au nom de la province. C’est pour la première fois que la province dépose une note de perception. Et nous nous attendons que cette entreprise puisse réagir.

WAK/ Je ne sais pas si dans le code des hydrocarbures, mais dans le code minier la redevance touche aussi la province et les entités territoriales. Mais vous ne recevez rien en ce qui concerne les hydrocarbures ?

 AM/ Je pense qu’il ne faut pas seulement se limiter au code minier ou au code des hydrocarbures. Nous, nous voyons la constitution. Une province a droit à un pourcentage par rapport aux recettes qui sont produites dans son espace.

WAK/ Donc, vous revendiquez les fameux 40 % qui font mal à la tête à certains ministres…

 AM/ Nous allons applaudir. Ici, nous ne demandons que 10 %. Et c’est prévu dans le budget. Donc, si on donne les 10 %, on aura autour de 12 millions USD. Ce qui va nous permettre de répondre à certains besoins pressants de la population. Et si nous revenons à Moanda, nous calmons chaque fois des tensions qui se vivent dans ce coin de la république de par les autochtones qui réagissent parce qu’ils ne voient rien venir comme effet de développement dans leur milieu. Donc, quand il y a des revendications, c’est nous les autorités qui calmons le jeu et parlons avec la population. C’est nous qui engageons des moyens pour calmer le jeu en envoyant la police pour sécuriser les entreprises et la population ainsi que leurs biens. Ce sont les moyens que la province sort. Mais en retour, sur les redevances payées par les entreprises, nous ne percevons rien.  Le Chef de l’État nous a écouté et a pris les choses en mains. Nous sommes sûr et conscient.

WAK/ Dans l’opinion publique, on sait que la province du Kongo-central est une province très riche. Vous avez tellement des ressources et on nous dit même que vous avez des péages. Vous percevez beaucoup des moyens. Quand nous regardons le nombre des véhicules qui quittent Matadi pour venir à Kinshasa, c’est énorme…

 AM/ Vous avez raison. Le péage est là. Il est géré par Kinshasa, donc le gouvernement central, à travers le ministère des infrastructures. Et la province n’a qu’une petite quotité forfaitaire. Je donne un exemple : la moyenne des recettes mensuelles du péage est de 4 000 000 USD. Et la province n’a que 150 000 USD par mois. Mais pour la petite histoire, le précurseur du péage au Kongo-central, c’est le gouverneur Nsasa Ditumba qui était incompris à l’époque quand il a commencé le péage. Et aujourd’hui, c’est tout le monde qui court derrière ce péage. Et il faut rappeler que la province touchait 20 % des recettes mensuelles du péage à l’époque du Gouverneur Nsasa. Et si on fait le calcul aujourd’hui, 20 % de 4 millions USD, c’est 800 000 USD. Nous avons écrit et nous continuons à écrire pour qu’on puisse revisiter le contrat qui lie la SOPECO et la république par le ministère des infrastructures.

WAK/ Si on comprend bien, la province du Kongo-central pourrait avoir beaucoup des moyens. Est-ce que c’est parce que la loi n’honore pas ses droits ou les animateurs ne parviennent pas à accéder à ces moyens ? Pourquoi la province n’a pas les moyens qu’elle mériterait ?

AM/ Les droits qui sont les nôtres et détenus par le pouvoir central doivent nous être libéré. Voilà notre combat. On négocie, on écrit et on voit ceux qu’il faut voir pour que ces droits nous reviennent. Administrativement, nous continuons à négocier.

WAK/ Mais vous avez l’obligation d’activer une économie locale puisque vous devez fonctionner. Par exemple dans le domaine de l’agriculture, quelle est votre approche ?

AM/ Vous savez que la province du Kongo-central est le grenier de Kinshasa. 70 % des produits consommés à Kinshasa viennent du Kongo-central. Et nous sommes en train de travailler pour organiser nos communautés dans des coopératives et appuyer les paysans avec des intrants agricoles. Nous sommes d’ailleurs en train d’entrevoir comment créer une banque agricole au niveau de la province pour que les paysans soient pris en charge par cette banque au lieu de se tourner vers les Organisations Non-Gouvernementales qui posent des conditions difficiles. Et c’est cela notre vision.

 WAK/ Depuis que vous êtes à la tête de cette province, quelle est la chose dont vous êtes le plus fière ?  

AM/ C’est la prise en compte des aspirations de la population pour la construction du port en eaux profondes par le Chef de l’État. C’était l’attente de tout un peuple. Autre chose, c’est le projet grand Inga parce que c’était un projet intégrateur. A ce sujet, j’ai reçu le Conseiller du Chef de l’État en charge des infrastructures avec des australiens qui vont venir travailler dans le cadre de ce projet. Grâce à ce dernier, nous allons produire encore plus de l’électricité dans le Kongo-central. Pour nous, c’est un motif de fierté. Donc, notre voix a été entendue par le Chef de l’État qui implémente ce projet. Avec ces deux projets, plus de 700 milles emplois seront créés. Et dans ces projets intégrateurs, le Chef de l’État a demandé ce qu’il faut faire pour que le fleuve Congo soit navigable de Matadi à Kinshasa puisque vous savez qu’avec les cataractes que nous avons, le fleuve n’est pas navigable. Mais il y a un projet qui est en étude qui va être financé pour rendre navigable ce bief fluvial qui part de Matadi jusqu’à Kinshasa.

Si ce bief fluvial est rendu navigable, c’est que le bateau peut quitter Banana jusqu’à Kisangani.

WAK/ Qu’est-ce que vous n’avez pas réussi ? Quel est votre plus grand regret ?

 AM/ Mon mandat n’est pas encore à terme. Donc, je ne peux pas avouer mon échec. J’ai encore toute ma confiance que je vais réussir. Nous sommes en train de réussir.

WAK/ Quand vous regardez la situation politique de notre pays, il y a eu beaucoup des choses au Kongo-central. Je ne vais pas revenir à l’exode BDK, mais le Kongo-central reste une province messianique et syncrétique. Il y a donc beaucoup des choses qui se passent là-bas dont nous n’avons pas souvent la clé. Si vous voulez donner aux autres congolais qui ne sont pas du Kongo-central deux ou trois clés pour comprendre la province du Kongo-central, que diriez-vous ?

AM/ C’est aimer l’autre. Il faut aimer votre prochain. C’est la première clé. Quand on aime l’autre, on sait le servir. L’autre clé, c’est le sens de l’écoute. Il faut être donc très attentif. Quand on est responsable, il faut écouter toutes les voies concordantes et discordantes. Aussi, le dialogue. Il faut parler lorsqu’il y a un problème. Et éviter de juger sur des a priori. Chez nous, on dit : nzonzi  ka diangu kutu kimosiko. Ce qui veut dire le juge ne mange jamais un gibier qui a une seule oreille. Donc, il faut savoir écouter des deux oreilles.

WAK/ Sans entrer dans le secret de vos relations humaines, est-ce que vous avez repris contact avec l’honorable Matusila ? Est-ce que le Ne Kongo a bougé pour que l’unité se refasse ?

 AM/ Nous sommes en train d’y travailler. Je dois préciser que l’honorable Matusila est mon ainé de première heure. C’est qui fait qu’il soit président de l’Assemblée provinciale. Il le sait. Le jour de la programmation de résultats. Je suis allé le voir. J’ai quitté Matadi pour venir le voir à Kinshasa. Donc, on se connaissait bien avant. Et je lui ai dit que vous serrez président de l’Assemblée provinciale. Cette assurance et cette détermination, nous l’avons démontrée. Et il est passé président. Aujourd’hui, avec les députés provinciaux, nous sommes en train de cheminer pour le développement de notre province. Notre regard est focalisé sur le lendemain de la province. Voilà le grand deal que nous avons. C’est ce que nous recommande même le Chef de l’État qui demande en même temps d’éviter les guéguerres et de privilégier la paix, l’unité et la concorde. Les incompréhensions ne manquent jamais dans la vie des humains. Toutefois, nous devons transcender cela.

WAK/ Votre gestion de la province est-elle équitable quand on regarde les actions en faveur des territoires différents, peut-être que vous insistez sur votre territoire d’origine ou vous êtes un vrai gouverneur qui sait distribuer l’effort provincial à tous de la même manière ?

 AM/ Je pense que nous avons un sens d’équilibre. Nous avons commencé par la ville de Matadi. Nous sommes en train de nous battre pour parachever le stade Lumumba qui est la plus grande demande de la population de Matadi. Et nous venons de lancer d’autres chantiers toujours dans la ville de Matadi. Pour aller droit à votre préoccupation, je vous informe que nous avons programmé dans notre budget des travaux sur l’ensemble de la province que nous avons séquencé en phase. Et nous sommes à la première phase qui concerne le travail sur Kasangulu. Toujours dans la première, nous travaillons sur Madimba et Mbanza-Ngungu. A Kasangulu, il y a le pont Manoko qu’on est en train de construire puisque l’ancien est parti. Ce pont relie le grand quartier populaire où vit la grande masse de la population et la cité des élites. Nous avons aussi eu à réhabiliter la route qui mène vers le Chef-lieu du territoire puisque la route est dans un mauvais état.

A Madimba, nous avons démarré la construction d’un stade moderne puisqu’il n’y en avait pas. Lorsque vous allez aujourd’hui à Madimba à l’heure qu’il est vous trouverez toute la population derrière ce projet. Les gens viennent se mettre pour voir l’évolution des travaux, et ça fait une fierté pour l’ensemble de la province. A Mbanza-Ngungu, nous sommes aussi en train de réhabiliter certains axes routiers qui vont être bétonnés.

La deuxième phase consiste à traverser de l’autre côté du fleuve, donc à Seke-Mbanza, Lukula et Tshela. N’oublions pas les territoires de Luozi et de Kimvula qui sont deux territoires excentrés. Il y a donc des projets prévus dans notre budget que nous allons exécuter le moment venu. Quand nous allons par phases, nous préférons respecter toutes les séquences puisqu’il y a des moyens qu’il faut mobiliser.

WAK/ Que doivent retenir les populations qui sont sous votre administration de votre passage sur ce plateau de Droit à la parole ?

 AM/ Mes chers frères et sœurs du Kongo-central, sachez que le développement n’est pas une affaire d’un seul individu, mais une affaire de collectivité. Et nous avons tous le devoir de mettre la main dans la patte. Nous mettrons la main là où il est puisqu’on n’est pas tous appelé à rester en ville. Tout le monde n’est pas appelé à avoir une maison électrifiée maintenant, tout le monde n’est pas appelé à avoir une voiture et toute le monde n’est pas appelé à vivre au village. Ce sont ces réalités qui font que nous travaillons ensemble.

Au niveau de la province, nous avons le devoir de venir vers vous pour vous écouter et récolter vos besoins en les transformant en actes. C’est ce que nous avons traduit dans notre budget et que nous sommes en train d’exécuter avec nos petits moyens. Mais nous savons qu’avec l’appui du Chef de l’État et tous les droits que la province doit avoir de la part du gouvernement central, nous allons encore au-delà de ce que nous devons faire. Mais avec le peu que nous avons, nous sommes en train de réaliser des travaux comme je le dis ci-haut dans les différentes entités de notre province en appliquant les différentes phases prévues dans notre budget. Les amis de Kasangulu, Madimba et Mbanza-ngungu sont servis. Nous irons également à Kimpese, Songololo, Luozi, Kimvula, Moanda et Boma.

J’invite donc tout le monde à être avec nous. Et ceux qui sont pour nous et ceux qui sont contre nous. Nous devons vivre dans l’unité puisque c’est dans l’union que nous pouvons constituer une grande force. Nous avons besoin aussi de la contradiction car c’est en critiquant qu’on peut s’améliorer. Nous avons donc besoin des éléments contradictoires. Et c’est ça même le sens d’un responsable, donc d’être ouvert aux critiques. Pour nous l’exécutif provincial, nous avons la ferme détermination que nous allons apporter les bonnes pierres à la transformation de la province. Et nous continuons à être sur tous les fronts pour répondre aux nombreuses préoccupations des populations.

Propos recueillis par WAK

Texte retranscrit par Djodjo Mula

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