Politique

L’Office des routes, la nécessité d’un nouveau vent

Cette nécessité d’insuffler un nouveau vent au sein de l’Office des routes (OR), cet établissement public de la République démocratique du Congo (RDC) dans le domaine des infrastructures, est vue en premier par le Président de la République qui vient de mettre en place une nouvelle équipe dirigeante. Tshingombe Kongolo est le nouveau Président du Conseil d’administration, Kikangala Ngoyu Jeannot est désormais le Directeur général et Ekoto Loleko Directeur général adjoint, tous nommés par ordonnance présidentielle lue ce samedi 03 septembre 2022 à la Radio télévision nationale congolaise (RTNC). Ce n’est pas forcément parce que l’ancienne n’était pas à la hauteur des ambitions nationales, mais c’est aussi l’application naturelle de la loi liée au cycle de toute vie qui voit le jour, arrive à la croissance, atteint la maturité et vieillit.

L’Office des routes (OR), selon l’acte de l’autorité suprême de la RDC, avait aussi besoin d’une cure de jouvence pour qu’il fasse un bond vers l’avant. On parle là d’une structure de l’Etat congolais, régie par la loi n° 08/009 du 07/07/2008 portant dispositions générales applicables aux établissements publics et par le Décret n° 09/47 du 03/12/2009 fixant les Statuts d’un établissement public dénommé « Office des Routes ». Il est gestionnaire des routes d’intérêt général en RDC, qui a en charge 50 129 KM de routes dont 20 683 KM de routes nationales, 37 446 KM étant de routes provinciales. Il a aussi en charge des bacs qui sont des ouvrages de franchissement et des ouvrages d’art. Il est placé sous la tutelle du Ministère des infrastructures et travaux publics.

A en croire son Directeur général sortant, Herman Mutima Sakrini, la mission de l’Office des Routes «s’étend des études, jusqu’à la maintenance des ouvrages. Donc nous avons en charge la conception, la réalisation et entretien des ouvrages et des routes qui sont sur notre réseau routier. Nous sommes un établissement qui couvre l’ensemble du territoire national, nous sommes présents dans toutes les provinces à travers nos directions provinciales et nos brigades. Nous avons au total 38 brigades qui s’occupent des travaux de construction et des travaux d’entretien de nos routes,» avait-il dit dans une vidéo trouvable dans le site officiel de cet établissement public. Il a souligné que ce dernier possède aussi des centres d’équipements, mais aussi des centres de formations.

Les défis à relever

Il ne manque pas des défis à relever dans l’accompagnement des missions de cet établissement public, qui exerce dans un espace vaste de 2 345 410 Km2, car le problème des infrastructures se pose avec acuité sur l’ensemble du territoire national congolais. L’Office des routes, créé en 1971 par une ordonnance-loi, est l’un des acteurs majeurs qui ont joué un rôle prépondérant dans l’évolution du réseau routier en République démocratique du Congo, alors République du Zaïre, 10 ans après son accession à l’indépendance.

De son histoire, il faut retenir que l’OR a fait l’objet de plusieurs réformes, mais aussi victimes de grands événements sociopolitiques que la RDC a connu. Il y a d’abord la réforme institutionnelle intervenue en 1981 qui a réussi à structurer l’Office des Routes de manière à lui assurer une large représentation au niveau national à travers chaque chef – lieu des Provinces, des Districts et des Territoires et, les atouts nécessaires pour une prise en charge adéquate du réseau lui confié, constitué de 58.129 Km. Un réseau qui correspond bien aux Routes Nationales, Régionales Prioritaires et Régionales Secondaires déterminées par la classification routière intervenue par l’effet de l’Ordonnance n°78-335 du 30 Août 1978.

En 1986, l’Office de route avait construit  36 ponts définitifs, totalisant 2.270 mètres linéaires; une cinquantaine de ponts semi-définitifs à tablier modulaires; 115 bacs de tout type (bacs à moteur, à traille et à treuil) et dont la capacité varie entre 5 et 120 tonnes mais aussi le bitumage de 1.117 km de routes.

Par contre, la réforme de 1991, 20 ans après sa création, a réduit le réseau de l’Office des routes à un réseau cible de 36 786Km, avec 90 % des routes de trafic national jugées prioritaires. Si la première grande reforme a marché, la deuxième n’a pas réussi à consolider son succès, faute des financements aussi bien étrangers avec l’arrêt des coopérations par certains partenaires, qu’au niveau interne. «Ces facteurs, aggravés par des crises multiformes qui ont émaillé la Transition politique traversée par la RD Congo, ont eu des conséquences désastreuses sur l’état du réseau routier qui s’est retrouvé quasiment laissé à l’abandon durant de longues années, » note un document de l’Office des routes. Avec la la réforme de 2009, l’établissement public s’est vu en train de jouer un rôle capital dans les travaux du programme de 5 chantiers, mais aussi et par après, celui dénommé révolution de la Modernité.

Les défis majeurs de l’Office des routes au regard de ces missions ambitieuses consistent, d’abord, dans la mise à sa disposition des fonds nécessaires, pour lui permettre d’entretenir son réseau routier, de jetter des ponts, de construire de bacs. Sur l’ensemble du territoire, ce problème des financements des projets est tellement palpable que certains projets n’arrivent pas à aboutir, malgré la capacité de l’Office de se déploiyer sur l’ensemble du territoire avec les directions provinciales. C’est ce que la nouvelle équipe doit mener comme combat, dans le sens d’augmenter un brin la pression sur le gouvernement en ce qui concerne financements. Ce qui requiert aussi une dose d’outrecuidance du sens du management public moderne.

Pour illustration, dans la province de la Tshopo au mois de juillet dernier, la société civile a alerté sur l’arrêt des travaux sur les tronçons routiers Kisangani-Banalia et Kisangani-Ubundu, longs respectivement de 25 et 128 KM prise en charge par l’Office des routes. En réaction, Sylvain Atakilonga, directeur provincial de cet établissement a signalé  : « On ne peut pas comme ça garder les gens en brousse au moment où, il n’y a pas d’argent, ni de carburant. L’Office de route n’a pas d’engins. Ce qu’il utilise appartiennent aux particuliers. Comme il n’y a pas d’argent qu’est-ce qu’on peut faire ? Dès que l’argent est là, on se rend sur le chantier, » avait dit Atakilonga.

Au delà de la question des financements il y a aussi cette question de l’outil de travail, dont certains sont soit inopérants, soit inexistants, s’il faut croire les propos de Sylvain Atakilonga qui a déclaré que l’OR n’avait pas d’engins dans la Tshopo. Ce besoin de l’outil de travail se ressent aussi dans la disponibilité des bacs pour les traversées dans diverses rives où les ponts ne sont pas jetés, afin de permettre la mobilité des congolais et de leurs biens, en reliant certains coins séparés par par des eaux.

La République démocratique du Congo est actuellement inscrite dans une logique du développement à partir de la base, qui passera aussi par l’interconnexion des entités territoriales nationales. L’Office des routes ne sera utile qu’en participant dans l’érection et entretien des routes de dessertes agricoles, en jettant de nouveaux ponts, mais aussi concevoir des bacs.

Parlant des ponts à jetter, l’Exécutif national en a commandé 44 en provenance de la France en 2021 pour répondre tant soit peu aux multiples besoins sur l’ensemble du territoire. Leur réception a débuté en janvier 2022 dans le Kongo Central. La nouvelle équipe a aussi cette charge de poursuivre ce projet, mais aussi et surtout, de manière générale, remettre l’Office des routes sur l’orbite de grands établissements publics, sur lesquels l’Etat congolais peut s’appuyer pour impulser son développement harmonieux.

Fiston Oleko

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