Politique

Mort de l’ambassadeur Italien : Après la douleur, la réflexion

Cela n’est pas nouveau, l’Est de la République Démocratique du Congo est devenu, depuis plus de 25 ans maintenant, le repaire des bandes armées nationales ou étrangères et la mort y est semée de manière quotidienne. Tous les jours ou presque, des congolais perdent leur vie, fauchés par les balles ou les armes blanches des gangs. Le lundi 22 février, une malheureuse et insolite occurrence est venue troubler la quiétude de la nation congolaise et au-delà, la nation italienne : le meurtre des trois hommes, dont l’ambassadeur italien en RDC et son garde du corps, lui aussi italien. Du coup, les tueries dont sont victimes les hommes et les femmes congolaises prennent une autre dimension : un ambassadeur, un représentant d’une nation a perdu la vie en pleine route en partance pour Rutshuru. Encore plus insolite, les autorités congolaises, responsables de la sécurité du pays disent n’avoir pas été tenues au courant du déplacement de l’ambassadeur Luca Attanasio dans une zone aussi dangereuse. Une question alors : pourquoi le convoi de l’ambassadeur a-t-il choisi de voyager incognito dans cette zone mal réputée ? La mission de Luca Attanasio avec le Programme Alimentaire Mondiale est-elle à ce point urgente pour que de Kinshasa, il passe par Goma sans crier gare ? Bien entendu, seule une enquête sérieuse pourrait apporter des réponses à tous nos questionnements. Entretemps, Géopolis Hebdo a voulu jeter un autre regard sur cet événement en interrogeant un expert des questions sécuritaires. Dans les lignes qui suivent, votre journal a tendu le micro à Nicaise Kibel Bel. Ce chercheur, auteur et journaliste spécialisé dans les questions militaires et sécuritaires, basé à Beni dans le Nord-Kivu, nous livre son regard sur le malheureux incident.

Interview exclusive

Géopolis Hebdo : Quel regard portez-vous sur le malheureux événement qui a coûté la vie à l’ambassadeur Italien et à deux de ses accompagnateurs ?

Nicaise Kibel : ce qu’il faut d’abord noter c’est la mauvaise appréciation des questions sécuritaires. Pour les nations unies, cette route n’est pas une route classée rouge, mais plutôt verte, c’est-à-dire qu’elle n’est pas dangereuse. C’est comme cela que l’ambassadeur est parti sans escorte de la Monusco, sans escorte des FARDC. C’est une mauvaise lecture des problèmes sécuritaires. Deuxième chose, c’est que, au départ du convoi, selon nous, il doit y avoir eu des infiltrés qui ont donné l’information qui a permis à tendre l’embuscade. L’ambassadeur est tombé dans une embuscade bien préparée.

A ce niveau, la piste FDLR vous parait-elle crédible ?

NK : A ce niveau, selon moi, il est trop tôt de désigner les FDLR. Dans une embuscade comme ça, il y a forcément d’abord ceux qui sont au départ du convoi qui signalent le déplacement de la cible, et je suis convaincu qu’il y avait un infiltré qui a signalé le départ de la cible. Ça peut ne pas être les FDLR parce que cette zone est réputée zone d’opération de kidnapping avec demande de rançons. Alors, apparemment, les ravisseurs voulaient prendre une grosse cible qui représenterait une grosse demande, mais cela a mal tourné. Je ne peux pas marcher sur la thèse des FDLR, soi-disant que les ravisseurs parlaient Kinyarwanda. Dans la ville de Goma, une personne sur 5 parle Kinyarwanda.

GH : Comment pouvez-vous expliquer la présence d’un ambassadeur dans une zone aussi dangereuse, à l’insu des autorités. Qu’est-ce que cela cache ? Ou encore qu’est-ce que cela révèle ?

D’abord il faut souligner méconnaissance de l’autorité congolaise. C’est-à-dire que beaucoup d’occidentaux arrivent au Congo et ne considèrent pas le Congo comme une nation, un Etat. Au départ de Kinshasa déjà jusqu’à Goma, sans donner des civilités aux autorités de province, c’est un manquement grave. C’est déplorable et regrettable. Maintenant, qu’un ambassadeur aille visiter une école, comme argument ou raison, ça ne tient pas, parce qu’il pouvait utiliser d’autres canaux de visite des écoles. Et enfin, il va avec le PAM (Programme Alimentaire Mondial). Le système des nations unies ne considère pas la RDC comme un Etat. C’est la conséquence que nous avons avec cette triste réalité et je vous rappelle que c’est le même problème qui s’est posé au Kasaï avec les deux experts des nations unies qui avaient esquivé les autorités pour aller seuls au front, alors que nous sommes dans des zones rouges. C’est un mépris, une injure au peuple congolais. Un ambassadeur est un grand monsieur qui représente toute une nation. Se déplacer comme ça à l’insu des autorités, ce n’est pas possible.

GH : Y-a-t-il suspicion des activités minières clandestines dans la zone, y-a-t-il une contrebande ?

Cette zone regorge des activités minières. D’abord c’est le Parc (Virunga Ndlr) avec tout ce que cela constitue. Vous savez qu’il n’y a pas cinq ans, du temps de Kabila, il y avait des problèmes de pétrole et la société italienne ENI avait gagné un marché qu’elle a fini par abandonner. Je ne peux pas m’avancer sur cette piste-là parce que c’est encore trop tôt, mais sachez que cette zone est une zone qui a des ressources. La société Italienne ENI qui avait pris un bloc pétrolier, l’avait abandonné. Je ne peux pas m’attarder sur cet argumentaire pour l’instant parce que c’est trop tôt, mais ce n’est pas exclu.

Propos recueillis par Patrick Ilunga

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