Culture

Pages choisies de l’ouvrage intitulé L’arbre tombe…: NGALA

Tout au long du mois de mars 2021 consacré à la Femme, nous poursuivons la publication des pages choisies des ouvrages ayant marqué d’une pierre blanche la conscience nationale. Celles, de ce jour, sont tirées de L’arbre tombe…, drame familial de Katsh Katende, reçu à Likasi le 31 décembre 1978, monté et joué, pour la première, fois le 18 mai 1979, en pleine Année Internationale de l’Enfant, dans la Salle de spectacles du Collège du Sacré-Cœur de la Ville montagneuse, par La Compagnie du Théâtre Kalonda Lolango, sous l’animation de l’auteur ; publié par CEPROLA en (1985, 1986, 2004) ; tiré à 5.000 exemplaires, distribués à travers le pays. Depuis lors, cette pièce a été interprétée, à plusieurs reprises, avec bonheur inégalé, pendant 42 ans… Partout, elle n’a pas laissé indifférents les nombreux spectateurs, surtout les premiers intéressés : les acteurs. Le nombre des mariages entre eux constitue un témoignage éloquent de la puissance de ce drame familial…

Le drame…

Trois générations : (Le Grand-père et son Ami), (Le Père et la Mère), (La Fille/Ngala, rendue grosse et le Fils qui a rendu grosse une fille du quartier). Elles s’affrontent en face de l’arbre qui tombe. Est-ce l’échec du manque de tradition ? Est-ce le résultat du blending malheureux ?

« (…) La référence aux proverbes et sentences ajoute à ce souci de dialogue sinon de complicité avec le public. Si la tradition dont ces formules découlent s’en trouve emblématisée, la pièce atteint un de ses objectifs : la moralisation. » (Prof. Tshitundu Kongolo, 1994, Bruxelles)

LA MÈRE et NGALA

LA MÈRE : Ngala, ma fille, réponds-moi franchement. As-tu au moins conservé ta dignité ?

NGALA : Ma dignité !

LA MÈRE (emportée) : Ta virginité, ma fille. L’as-tu conservée pour l’homme que tu aimeras et qui t’aimera ? (Un temps.) Tu ne dis rien ! Mon cœur est brisé. Ma vie est brisée. Rien ne m’est épargné. Et pourtant, j’ai placé toute ma confiance en toi. Ton père me menace. Il menace de te tuer, de me tuer, de nous tuer. Ma petite chérie, n’es-tu pas sensible à ma souffrance de mère ? (Un temps.) As-tu connu du retard ?

NGALA : Oui, il y a deux ou trois mois.

LA MÈRE : Et depuis lors, tu ne m’as rien dit ! Pourquoi ? Tu ne t’es même pas inquiétée ?

NGALA : Pourquoi m’inquiéter ? L’année dernière, le même phénomène s’est produit. Le médecin m’a tranquillisée. A mon âge, cet arrêt momentané est normal. Quelques mois plus tard, le cycle a effectivement repris… Les permissions me tapent sur le système. Ne suis-je pas responsable de moi-même ? Maman, suis-je une esclave parce que j’ai eu la malchance d’être née femme, sexe faible ? Non. Fini. Ton exemple d’épouse. Ton cas de mère n’est-il pas éloquent ? Ne souffres-tu pas de l’incompréhension, de l’égoïsme et du mensonge de l’homme ? La virginité ! La dignité ! (Geste.) C’est le premier signe de soumission de la femme envers l’homme. « Garde-toi, ma fille. Sois chaste. Conserve ta dignité… » Où t’amène la virginité ? Elle ne t’apporte que des emmerdements. Crois-tu que même si tu te gardes pure jusqu’au mariage l’homme ne va pas t’abandonner pour une femme beaucoup plus jeune que toi ? N’as-tu pas vécu le cas, Mère ?

LA MÈRE : Qui t’a mis ces idées dans la tête ?

NGALA : Ton expérience d’épouse m’a ouvert les yeux. Maman chérie, crois-tu vraiment que je ne peux pas me révolter contre cette soumission facile et coupable de l’épouse ? Non. J’ai une autre idée du mariage et des relations sexuelles… Tout court.

LA MÈRE : Quelle que soit ton intelligence, quel que soit le rang social que tu occuperas, seul le mariage te conféra la respectabilité.

NGALA : C’est ça ton erreur, maman chérie. (Un temps.) C’est une erreur d’attribuer le cachet d’honorabilité seulement à une femme mariée. L’honorabilité doit être décernée à toute femme qui a réussi sa vie, qui s’est réalisée à travers une œuvre, qui a atteint ses objectifs… Bref ! A toute femme qui remplit dignement son rôle… Par conséquent, l’homme doit me rencontrer en tant que femme multidimensionnelle… Et non en tant qu’objet. « Sers-moi la journée, réchauffe mon lit le soir. » Je n’accepterai jamais d’être traitée comme un citron que l’homme est libre de jeter quand ça lui chante, après l’avoir vidé de son jus. Non. Force m’est de me présenter devant lui… Devant cet homme, heureux, après avoir consciemment perdu la virginité.

LA MÈRE (affolée) : Et… Et… Et… L’as-tu perdue, Ngala ?

NGALA : Oui, maman chérie. Je l’ai voulu. N’est-ce pas important de le vouloir ? Je l’ai toujours désiré. Ne comprends-tu pas que c’est sans importance ? L’important ne réside-t-il pas dans cette rencontre multidimensionnelle ? Dans le respect mutuel de la femme et de l’homme… Qui se respectent finalement, et qui respectent la liberté de chacun… Liberté pour une meilleure harmonisation. Liberté pour une meilleure compréhension. Qu’ai-je fait de mal ? Est-ce un mal de combattre le faux, le mensonge et l’égoïsme de l’homme dans le mariage ? Ces fléaux, mère, ne sont-ils pas à la base de la destruction de la famille ?

LA MÈRE : Des voies nobles existent, ma petite chérie.

NGALA : Noble par rapport à qui ? Noble par rapport à quoi ? Si des voies nobles existent, pourquoi ne les as-tu pas employées ? Ton cas n’est-il pas finalement malheureux ? Ton cas n’est-il pas révélateur à une enfant précoce… Comme moi ? (Un temps.) Voilà le drame de cette famille fière et solide… En apparence seulement !

LE PERE et NGALA

LE PERE : Bayise, j’ose espérer que ton enfant t ‘a donné une suite favorable. Parlez au lieu de me regarder… Et toi, vas-tu parler ? C’est comme ça que tu me remercies ? Me traîner dans la boue. Une honte pour la famille. Bayise, qu’as-tu fait ? Bayise, voici le résultat quand on a la malchance d’avoir une fille dans la famille.

NGALA : Ha ! Non. Pas de gros mots. Pourquoi veux-tu te cacher derrière des mots ? Pourquoi parler des sacrifices ? N’as-tu pas accompli là ton devoir de père ? Père, crois-tu encore qu’une famille est bonne grâce à l’argent, à l’honorabilité des parents, à la réussite scolaire des enfants ? Détrompe-toi. Peux-tu m’affirmer qu’à nous quatre nous constituons l’idéal familial ? Je l’ai compris depuis longtemps. Chez nous, le mensonge et l’égoïsme ont élu droit de cité…

LE PERE : Bayise ! Qui parle ici ? Qui récite la leçon de qui ? Qui lui a appris cette leçon tronquée ? Est-ce que je rêve ? Bayise, qu’as-tu fait ? (Bayise se met à pleurer et sort en courant.)

Mweena Ngenyi wa Kumvuila

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