Culture

Parlant de P. Lumumba dans sa bande dessinée : Bathy Asimba: ” je me suis focalisé sur un être humain et non un homme politique “

Bathy Asimba ,artiste dessinateur congolais de renom a au cours d’une interview accordée au journal Geopolis hebdo, donné ses motivations dans la réalisation d’une bande dessinée qu’il a consacré à Patrice Emery Lumumba .De la vie privée à la vie publique du héros national, Bathy Asimba retrace le parcours de Patrice Emery Lumumba.

Ci dessous l’intégralité de cette interview :

Geopolis hebdo: Vous venez de publier une bande dessinée sur Lumumba quel fut l’ Accueil du public ?

Bathy Asimba : L’accueil est au-delà de ce que j’espérais. Evidement, cela ne me surprend pas. Je ne m’y attendais pas. J’ai mis du temps et du cœur à réaliser ce travail qui est le résultat de recherches qui ont commencé il a à peu près dix ans : de la documentation jusqu’à la production des planches.

G.H : Sur Lumumba est il possible de rester neutre dans le récit ?

B.A : C’était ça la grande question ! Comment parler de Lumumba sans patauger dans le marigot politique avec des influences convenant à telle sensibilité ou à telle autre ? Des écrits existants sur lui le présente grosso modo comme un communiste, si pas un trouble-fête, un empêcheur de tourner en rond (rire).
Pour sortir de là, j’ai exhumé mes souvenirs d’enfance.

En effet, mon père a travaillé avec Lumumba et a été le président sectionnaire du MNC à Stanleyville (Kisangani), ma mère encadreuse des Femmes Nationalistes (ainsi nommait-on les femmes membres du MNC) et ma tante paternelle, Anne Libondo, présidente des Femmes Nationalistes, toujours à Stanleyville.

Le déclic pour travailler véritablement sur Lumumba est parti d’une rencontre fortuite avec Teddy Lumumba à Ottignies Louvain-la-Neuve, en Belgique en 2010. Il est son petit-fils et fait de la musique rap au nom Teddy L. Il est venue à une séance de dédicace de ma BD “Congo 50” que j’avais réalisé avec mon équipe de l’époque sur les cinquante ans de l’indépendance du Congo… Je lui ai dédicacé un exemplaire que je lui ai offert gratuitement. Trois ans plus tard, ma rencontre à Kinshasa avec Roland, le fils de Lumumba au festival des étoiles -Fiet- où il tenait un stand avec des œuvres d’arts à côté du mien. Nous avons sympathisé et avons beaucoup parlé art tout le long du festival.

Ces deux rencontres ont encore attisé mon envie de parler de Lumumba dans l’un de mes ouvrages. Mais sous quel angle ?

La question que je me suis posée après moult lectures est celle de savoir finalement qui est Lumumba ? Car globalement, il est présenté comme un ovni, sorti de nulle part, arrivé sur cette terre déjà adulte ! Cela m’a conduit à rechercher doublement ses origines : ses parents, car il devait en avoir en tant qu’être humain et son village bien entendu.

De là, j’ai retrouvé son vrai nom à la naissance qui n’est pas Patrice Emery Lumumba mais un bien autre. Et les noms de ses parents aussi. Tous ces détails se trouvent dans cette bande dessinée qui a pour titre : Lumumba : un homme, une histoire, un destin.

Je me suis focalisé donc sur un être humain et non sur un homme politique mal présenté. Naissance, enfance, adolescence, scolarité… et sa fin brutale.

G.H : Pourquoi avoir choisi la Bande dessinée ?

B.A : La bande dessinée? Simplement parce que c’est le medium que j’affectionne le plus pour m’exprimer et aussi parce que c’est mon métier. Du coup, montrer que ce medium est au carrefour de tous les moyens de communication, capable de parler même à une personne supposée illettrée par les biais des images, pourvu qu’elles soient bien agencées. Par-là, on peut voir que la bande dessinée, en plus d’être un art, est aussi une science.

G.H : Vous êtes perçu depuis longtemps comme le gardien de la mémoire culturelle surtout dans le domaine musical et l’on pensait que vous rebondirez par une BD sur papa Wemba ?

B.A : Sur Papa Wemba, un livre est déjà prêt depuis deux ans, en version littéraire et n’attend plus que je réunisse les moyens nécessaires pour le publier. Je l’ai intitulé : Papa Wemba, de moi à toi. Je l’ai coécrit avec Jean-Pierre Eale Ikabe et Boumbe Gel. Le second au titre de : Papa Wemba, ce jour-là, est un mélange de textes, d’illustrations et de bandes dessinées. Celui-là, je l’ai réalisé seul. Et ce n’est pas tout. Dans le tiroir attendent depuis exactement un an, deux autres ouvrages. L’un sur la carrière de Lita Bembo et l’autre autre sur celle du King Kester Emeneya.

A propos de Papa Wemba, le 24 avril prochain, cela fera exactement cinq ans qu’il a quitté cette terre des hommes. L’occasion donc de sortir enfin le livre ! Seulement, je ne suis pas encore prêt financièrement pour aller à l’imprimerie.

G.H : Avec le développement d’internet la BD à-t-elle encore de l avenir ?

B.A : La télévision et la vidéo n’ont pas tué le cinéma, les médias en ligne n’ont pas eu raison, du journal papier, et les services des messageries n’ont pas su faire disparaître la Poste. La mort de la bande dessinée sur papier n’est donc pas pour demain.

G.H : Parlez nous de cette réédition d’Apolosa . En êtes vous le créateur originel ou c’est une reprise de quelqu’un d’autre ? Et dans ce cas l’avait vous contacté ?

B.A : Apolosa, pour ne pas verser dans des comparaisons, est l’incarnation de la bande dessinée au Congo comme l’est Tintin pour la Belgique et Superman pour l’Amérique. Autant que Tintin est la fierté de la Belgique, autant l’est Apolosa pour le Congo. Mais…

Et pourtant Apolosa est un patrimoine national ! Une fierté nationale ! Mais…
Son créateur c’est Denis Boyau Loyongo qui nous a quitté fin 2020. C’est fut un ami avec lequel d’ailleurs nous avons travaillé ensemble…

Avoir une autorisation pour faire renaître Apolosa c’est comme empêcher la lumière de luire pour éclairer l’univers. Apolosa doit impérativement revenir car il est un symbole fort et une image forte de la culture au Congo.

G.H : Votre message aux congolais.

B.A : Sachons aller vers l’art. La seule façon de faire vivre et rayonner la BD congolaise à travers le monde pour faire entendre la voix du Congo, c’est de la soutenir. La soutenir revient à dire la consommer. Le consommer sous-entend l’acheter. Et le Congo gagnera. Et le Congo deviendra grand.

A nous donc de voir ce que nous voulons faire de notre Congo.

WAK

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Site développé & hebergé par Justin Tshims

CONTACTEZ-NOUS !

Editeur-Responsable : William Albert Kalengay
Bureau : Avenue Syndicat, n° 315, Kinshasa-Gombe, RDC
Tél. : +243998110441
E-mail : geopolismag@yahoo.fr

Copyright © 2016 Geopolis Magazine

To Top