JUSTICE

Procès 100 jours : Vital Kamerhe, le Phoenix

” Je demande au tribunal de considérer mon innocence sur tout ce qui a été dit ici car, ni les avocats de la République, ni le ministère public, ni encore les intervenants de tout à l’heure, personne n’a pu démontrer ma culpabilité le Monsieur Vital Kamerhe. ” C’est en ces termes que le directeur de cabinet honoraire du Président de la République avait clamé son innocence lors du procès dit de ” 100 jours ”. Aujourd’hui, la même justice Congolaise qui l’a condamné hier, est revenue à la raison en l’acquitant dans un autre procès en appel. Retour sur le film de l’événement.

Pour la petite histoire, la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe a acquitté, jeudi 23 juin, Vital Kamerhe dans le dossier de 100 jours. Le verdict en appel dans l’affaire mettant en cause l’ancien directeur de cabinet du Chef de l’Etat et ses coaccusés a été rendu public après plusieurs reports.

Selon Hugues Pulusi Eka, un des avocats de Vital Kamerhe, qui confirme l’information, le président de l’Union pour la nation congolaise (UNC) a été blanchi dans l’affaire du détournement présumé de fonds alloués au programme d’urgence de 100 jours du Président de la République.

” Je confirme que notre client M. Kamerhe a été acquitté par la cour d’appel de Kinshasa-Gombe. Les infractions de détournements ont été déclarées non établies en fait comme en droit par ladite cour ”, a-t-il déclaré.

L’audience qui était prévue pour le vendredi 24 juin s’est transformée en une communication de l’arrêt de la Cour aux parties au procès sans extrait de rôle. La Cour de cassation avait cassé le 11 avril la décision de la cour d’appel de Kinshasa/Gombe, condamnant Vital Kamerhe à 13 ans de travaux forcés.

Au cours d’une courte audience à huis clos, les juges avaient motivé leur décision par le fait que l’arrêt d’appel était entaché de vices de procédure. En fait, la Cour d’appel avait continué à juger Kamerhe pendant que celui-ci avait récusé sa composition et avait déjà saisi la Cour constitutionnelle.

La Cour de cassation avait estimé que la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe a violé l’article 104 du Code de procédure pénale, en examinant le dossier alors qu’il n’était pas en état. Cette juridiction avait également souligné le fait que la Cour d’appel a statué sur base d’une notification de date d’audience alors qu’elle aurait dû citer le prévenu, ce qui constitue aussi une violation du droit de la défense prévue par l’article 19 de la Constitution.

L’affaire a donc été renvoyée devant la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe, mais cette-fois avec une autre composition afin de rejuger l’affaire dans son fond. C’est cette chambre qui a rendu le verdict de ce jeudi. Géopolis Hebdo a tenté sans succès de joindre dans la soirée les avocats de la partie civile et ceux de la République. Mais du côté du greffe pénal de la cour d’appel de la Gombe, on a confirmé cet acquittement après quelques refus de communiquer sur le sujet.

Vital Kamerhe, le phoenix

Le président national du parti de l’avenue Croix-Rouge de la commune de Barumbu est un personnage mythique qui est doté d’une grande longévité en politique. Vital Kamerhe est caractérisé par son pouvoir de renaître en politique après plusieurs coups portés contre lui par ses adversaires depuis les années 2000. En politique, tous les moyens sont bons pour arriver à un objectif, dit-on. L’homme de ” Mupepe ya sika”, entendons par-là, ” nouveau vent ”, qui a survécu à tous ces coups, symbolise à la fois la mort et la résurrection en politique au Congo.

En effet, lors de son intervention sur la radio onusienne (Radio Okapi), le 21 janvier 2009, en rapport avec le début des opérations militaires conjointes entre les forces armées de la RDC et celles de la République du Rwanda dans la province du Nord-Kivu, Vital Kamerhe avait, en tant que Président de la chambre basse, déclaré : ” Je n’avais pas été informé. Et que si cela était vrai, ce serait grave parce que j’avais estimé que compte tenu des dégâts collatéraux importants occasionnés en Province Orientale par une opération similaire avec l’armée ougandaise et celle du Sud du Soudan pour neutraliser les rebelles de la LRA, le Gouvernement devait prendre des précautions pour éviter que la même situation ne se produise au Nord-Kivu ”.

Cette déclaration a été mal appréciée par sa famille politique qui estimait que VK avait commis un crime de lèse-majesté, car il venait là, semble-t-il, de contredire le chef de l’Etat, chef de ma famille politique, Joseph Kabila.

” J’ai été astreint donc à la démission, avec en prime, une forte campagne de diabolisation et des injures gratuites sur ma personne à travers toute la presse écrite et audiovisuelle, tant privée que publique. Et ce, sans ménagement ni le moindre égard à mes fonctions à l’Assemblée nationale ”, avait-il dénoncé à l’époque.

Après sa démission controversée du perchoir de l’Assemblée nationale, on le croyait fini. Mais l’homme a fini par rebondir en politique en créant sa propre formation, l’UNC, aujourd’hui l’un des partis politiques les mieux implantés sur toute l’étendue du territoire national. L’UNC et son Président Kamerhe, surnommé le ” coach ”, furent des principaux alliés de Félix Tshisekedi lors de sa victoire à l’élection présidentielle du 30 décembre 2018. Lui-même candidat, Kamerhe Vital s’était désisté au profit de M. Tshisekedi. Les deux hommes avaient conclu un accord politique prévoyant que le Président de l’UNC soit candidat à la prochaine élection en 2023. Cet accord sera-t-il respecté ? Difficile d’y répondre à ce stade.

Après la démission du perchoir, arriva le procès de 100 jours où cet originaire du Sud-Kivu fut accusé ” d’avoir détourné les fonds ” alloués à la construction des logements sociaux destinés aux familles des militaires et leurs dépendants. A l’époque, Kamerhe clama son innocence et ses avocats dénoncerent une ” justice expéditive “. Ses partisans parleront d’un ” procès politique ” pour l’empêcher de se présenter à la présidentielle de 2023.

Avec sa première condamnation, ses détracteurs le voyaient encore fini. Mais comme un phoenix, le Président national de l’UNC avait, comme un prophète de la nation, prophétisé sur son sort en ces termes : ” Quand le juge ici humain s’écarte de la justice, le ciel rétablit toujours le juste dans ses droits. Je demande au tribunal de considérer mon innocence sur tout ce qui a été dit ici car, ni les avocats de la République, ni le ministère public, ni encore les intervenants de tout à l’heure, personne n’a pu démontrer la culpabilité de Monsieur Vital Kamerhe. ”

Aujourd’hui, l’avenir a fini par lui donner raison. Vital Kamerhe est désormais un homme libre et lavé par la justice Congolaise de tout soupçon de détournement des fonds liés au programme de 100 jours à une année de la présidentielle. Mais malheureusement, il ne saura plus occupé de nouveau sa fonction de Dircab du grand Chef. Mais l’essentiel n’est-il pas de retrouver la liberté de mouvement et la jouissance de ses droits civils et politiques ?

Dieudonné Buanali

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