Economie

RDC-USA : AGOA, à quand les retombées de la promesse américaine?

Au-dela de la symbolique que représente la visite d’une des personnalités les plus puissantes du monde en RDC, il y a comme une sorte d’insatiabilité qu’éprouvent certains congolais lorsqu’ils pensent aux promesses que lui avaient faites certains acteurs américains avec le projet AGOA. La RDC en avait été exclue. Lorsqu’elle a été réintégrée à l’AGOA, la RDC a rêvé d’une avalanche des échanges commerciaux et à la multiplication des opportunités économiques avec les États-Unis d’Amérique. Mais, jusqu’ici, les promesses tardent à se réaliser, et la Chine dame encore le pion aux USA_

L’arrivée en République démocratique du Congo du secrétaire d’État américain Antony Blinken est vue comme un grand événement pour le Congo. Le fait d’être dans l’agenda de grandes puissances est en soi une opportunité de porter sa voix haut, même si le déplacement du patron de la diplomatie américaine est à considérer comme un acte cohérent des États-Unis d’Amérique dans sa volonté de reprendre pied sur un continent où la Chine nourrit un appétit boulimique et où la Russie tate le terrain et avance petit à petit.
Du point de vue congolais, l’intérêt est largement porté sur les questions sécuritaires avec en toile de fond, la problématique du soutien du Rwanda au M 23. C’est à juste titre que l’attention soit focalisée sur les questions sécuritaires, d’autant plus que Blinken se rend à Kigali dès après son étape du Congo.

Les questions qui touchent à l’économie n’auront sûrement pas la même attention. Au-delà des questions sécuritaires, Géopolis Hebdo fait un point sur les échanges économiques entre le Congo et les États-Unis d’Amérique, deux ans après que la RDC a été réintégrée à l’AGOA. Cette loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique, à laquelle le Congo-Kinshasa avait été exclu en 2010 en raisons du non respect par la RDC des critères d’éligibilité à l’AGOA (respect des droits de l’homme, transparence financière et lutte contre la corruption, etc).

Pour les spécialistes, l’exclusion du Congo à l’AGOA avait porté un sévère coup aux échanges commerciaux entre les États-Unis d’Amérique et le Congo. Le ministre du Commerce extérieur de la RDC cité par Financial Afrik affirme que l’exclusion de la RDC de l’AGOA depuis 10 ans avait véritablement pénalisé le pays. Jean-Lucien Bussa avait évoqué plus de 623 millions de dollars d’exportations vers les États-Unis, pour l’essentiel de produits agricoles, en 2011 contre 21 millions seulement en 2019.

“Ces échanges entre la RDC et les USA se chiffraient à environ 100 millions de dollars pendant l’exclusion alors que l’Angola échange pour plus de 2 milliards de dollars avec l’État américain, l’Afrique du Sud autour de 3 milliards et le Nigéria échange jusqu’à 6 milliards de dollars”, selon la nouvelle chambre du commerce du Congo.

Une nouvelle ère

L’arrivée au pouvoir du président Félix Tshisekedi a été ressentie comme l’occasion d’un nouveau départ commercial. Les États-Unis d’Amérique ont fait à nouveau du Congo, “un partenaire privilégié”, à qui ils ont promis un bel avenir en terme d’investissements et d’opportunités économiques.

Le pays de Biden a identifié le créneau de l’environnement comme l’un des axes prioritaires. “Un partenariat entre Kinshasa et l’Initiative pour la forêt de l’Afrique centrale (CAFI) s’est mis en place, un autre accord fait l’objet de difficiles négociations entre le ministère congolais de l’Environnement et l’américain dClimate”, renseigne Jeune Afrique.

Le magazine panafricain avait indiqué qu’un mémorandum d’entente avait fait l’objet de discussions entre le ministère congolais de l’Environnement et la société américaine dClimate, dont les représentants avaient été reçus par le chef de l’État le 18 mars de cette année.

DClimate était porteur d’un projet pour développer un système de registre des crédits carbone en RDC et permettre leur monétisation. L’accord était censé rester en vigueur dix ans et portait sur un montant de près de 1 milliard de dollars américains, répartis en dix tranches annuelles. Mais depuis, l’accord ne s’est pas encore mis en place.

Au-delà du secteur de l’environnement, Dady Saleh, professeur d’Université et expert en économie de développement estime que la RDC a un large potentiel dans des secteurs divers porteur de valeur, notamment, l’agriculture, les ressources minières, le gaz et le pétrole.
Selon le Vice-premier ministre, ministre des affaires étrangères Christophe Lutundula, à l’occasion du voyage du secrétaire d’État américain Antony, la délégation américaine s’est également intéressée aux questions économiques et financières, les questions environnementales, l’exploitation des ressources naturelles et les défis climatiques. Ce qui offre un large éventail à l’État américain d’accroître ses investissements en RDC via les relations bilatérales, conséquences de la réintégration dans l’AGOA.

Selon Christian Pinshi, Expert et Chercheur aux questions liées à la Gestion des Politiques macroéconomiques, l’AGOA pourrait être un moteur pour accélérer la croissance en RDC. Christian Pinchi affirme que “la RDC exporte pour environ 1% de sa production aux USA et en importe environ 0,7 % ou 0,8 % des États-Unis”. Avec des produits comme le coltan, le cobalt (surtout) et d’autres produits agricoles, l’AGOA pourrait aider à booster même au niveau minimum.

Dady Saleh, professeur d’Université et expert en économie de développement a estimé que “la coopération accrue avec la plus grande puissance doit aider le Congo à accélérer son industrialisation et la production par une majorité des congolais”. Pour Dady Saleh, si cette coopération ne booste pas le Congo à s’industrialiser, “la réintégration de la RDC dans l’AGOA risque de ne pas avoir des effets positifs pour la RDC parce que la capacité de l’offre congolaise risque de rester faible”, a-t-il dit.

Patrick Ilunga

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