Politique

Félix TSHISEKEDI FACE UNE OPPOSITION ATYPIQUE : 2023, VERS UN AFFRONTEMENT ELECTORAL FRATRICIDE

La démocratie comme la spiritualité, se nourrissent de l’énergie dégagée par la conviction née de l’activité. Plus elle se développe, elle produit la force d’avancer et elle devient elle-même la route qu’il faut emprunter. Comme toute activité ascensionnelle, elle ne peut se départir des avatars, des erreurs de parcours et des déchets comportementaux. Elle est un idéal à la démocratie, elle est comme la perfection en spiritualité. On ne les atteint pas, on s’efforce d’y parvenir. C’est pourquoi les deux activités, c’est-à-dire la démocratie et la spiritualité exigent de l’humilité et de la modération. Chaque prise de position est un seul aspect de la problématique examinée. Il reste toujours d’autres possibilités comme les différents côtés d’un cube. La politique est une pratique de proche en proche avec une détermination et une volonté de servir, c’est pourquoi ceux qui agissent ont besoin de légitimité, car ils posent des actes qui impactent la vie des communautés.

Depuis la première alternance démocratique intervenue à l’issue des élections de 2018, la scène politique congolaise a subi une accélération dans le processus des ruptures d’alliances au point qu’aujourd’hui, il est nécessaire de peindre le tableau actuel qui d’ailleurs est lui-même susceptible de changer dans les jours et les mois qui viennent, tant les tsunamis sont à envisager au regard du vent qui souffle sur les ambitions exposées à la braise chauffante.

En 2023, il y a quelques certitudes, notamment la candidature pour un deuxième mandat du chef de l’Etat en fonction Félix-Antoine Tshisekedi qui n’a pas fait mystère de se volonté de briguer un second mandat. La deuxième certitude est que la constitution, par un jeu de calcul, désigne l’année 2023 comme l’année des élections, même si la possibilité d’un glissement n’est pas exclue pour forces majeures. Mais ce qui n’est pas connu, c’est l’ampleur de l’adversité que le président-candidat va affronter, car chaque jour qui passe, des ambitions nouvelles, sur fond de discours coloré, se manifestent au point de se demander quel paysage allons-nous voir se poser en 2023 ?

A ce jour on constate que trois grands groupes se sont constitués autour de cette opposition et s’organisent chacun selon sa manière à affronter Félix Tshisekedi à la présidentielle de 2023.

Qui sont-ils et que peuvent-ils ?

A . Les Tshisekedistes

MARTIN FAYULU

Le leader de l’Ecide n’est plus à présenter. Il a fourbi ses armes à l’élection présidentielle de 2018 où il est sorti deuxième. Résultat qu’il a contesté et qui fait qu’il est appelé par certains groupes sociaux et politiques, “le président élu”. Revenant d’une tournée à l’intérieur du pays, Martin Fayulu est en train d’expérimenter la route solitaire, le travail en profondeur avec la base qu’il est appelé à reconquérir personnellement et non à prendre comme cadeau de ses alliés de 2018. Il était avec Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba qui ont pesé pour lui accorder l’appui nécessaire et qui peut expliquer le résultat obtenu, quelqu’en soit l’interprétation. Martin Fayulu s’est fortifié tout au long de ces années. Il a pu nouer ses propres réseaux et certainement trouver des alliances au sein de la population qui se reconnait dans son combat. Comment va-t-il se déployer au sein de cet électorat sans alliance locale avec d’autres leaders ? C’est la grande inconnue dans le combat qu’il mène aujourd’hui. Avec le temps et les hésitations constatées dans le démarrage de la législature, sans compter les déchirements, Martin Fayulu apparait comme celui qui na pas mis les doigts dans le cambouis et qui peut encore espérer obtenir un chèque en blanc de la population. Le défi qu’il doit relever est celui de faire partager son projet de gouvernance avec des alliés ayant, grâce à leur diversité, une couverture nationale.

FRANCK DIONGO

Les dernières déclarations de Franck Diongo par lesquelles il a pris des distances avec Félix Tshisekedi le mettent sur la liste des opposants qui se reconnaissent en Etienne Tshisekedi, mais qui prennent des distances avec son fils et son parti politique. Etienne Tshisekedi fut une source d’inspiration pour beaucoup des congolais, mais on peut affirmer sans risque de se tromper que Franck Diongo fut l’un de ses proches au sein des plateformes de l’opposition de l’époque. D’ailleurs une image est restée dans la mémoire collective, c’est à sun city. Au moment où plusieurs opposants s’étaient éloignés de Tshisekedi au motif de la signature de l’accord de cascade, Franck Diongo est resté proche du lider maximo. On peut se poser la question de savoir pourquoi n’avait-il pas été approché par le camp de Félix Tshisekedi alors que sorti de prison, il avait fait des déclarations en faveur du chef de l’Etat ? Mystère épais dans la compréhension du fonctionnement des alliances idéologiques. S’est on méfié de lui parce qu’il était proche de Moïse Katumbi ? Aucune certitude quant au fossé grandissant qui s’est établi entre lui et le camp UDPS . Y a-t-il eu des négociations quant à la gestion des ambitions qui n’ont pas abouti ? Il est possible de privilégier cette piste si on veut s’en tenir aux questions de personnes.

Mais Franck Diongo est aussi un leader écouté, qui consulte beaucoup des catégories sociales et qui, sans doute, a pris la température des difficultés actuelles qui pèsent sur l’administration Tshisekedi. En se positionnant ainsi comme éventuel candidat, il rompt le lien historique qui le liait aux héritiers d’Etienne Tshisekedi et veut forger son chemin seul. C’est son droit le plus strict. Seulement, il sera sous peu contraint à faire face à l’immense défi de l’élection présidentielle qui se joue sur un consensus sociologique et qui exige un déploiement politique et financier énorme. Le leader du MLP n’est pas homme à se décourager face aux difficultés matérielles. Il ira jusqu au bout de sa logique car on sent que sa démarche est dictée par un désir profond d’être en accord avec sa conscience. Il est encore possible, comme c’est un politique jusqu’aux bouts des doigts, qu’il trouve des voies d’accord avec des alliés, même ceux qu’il quitte aujourd’hui si l’enjeu est le bien du peuple. Très peu d’hommes politiques ont le courage dont il a fait montre. Beaucoup préfèrent le confort des fonctions à la rudesse du combat.

JEAN-MARC KABUND


Comme un tsunami, son ascension au sein de l’appareil UDPS fut fulgurante. A peine l’opinion commençait à se familiariser avec lui dans une fonction qu’il en changeait et se retrouvait dans une autre posture. Nommé par Etienne Tshisekedi secrétaire général de l’UDPS, il en fut le plus jeune, celui qui n’avait pas travaillé du temps de Mobutu. Homme de terrain, Jean-Marc Kabund a su se faire accepter par la base UDPS qui au fil des années, avait changé de posture et devenait extrêmement vindicatif même à l’intérieur du parti. Les élections arrivent et on le voit jouer un rôle clé dans la stratégie de conquête. Il devient président a.i du parti du fait de l’élection de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême. Président du parti présidentiel et premier vice-président de l’Assemblée Nationale, Jean-Marc Kabund, en moins de trois ans, avait atteint le sommet de son parti et des institutions. On se rappelle comment il a eu maille à partir avec la coalition FCC–CACH. Ce premier avait même exigé et obtenu sa démission du perchoir de la chambre basse. Quand on regarde le facteur temps, on se rend compte qu’il a vécu des évènements de haute portée nationale en un temps record, surtout pas suffisant pour digérer ces changements dans la vie d’un homme avec une telle responsabilité ?

Aussi vite est venue sa montée, aussi vite il fut soumis à la perte de ces postures de puissance par le fait de sa perte de la présidence de l’UDPS, de son exclusion du parti et de sa démission comme vice-président de l’Assemblée Nationale. Ces faits peuvent-ils expliquer la hargne de sa prise de parole ? Personne ne peut le confirmer. Seulement on peut comprendre qu’ayant perdu la confiance de ses pairs, il a résolu de créer son parti politique et de saborder ce qui fut son groupe. Exister en politique c’est créer la contradiction qui amène un questionnement, une contradiction qui choque et qui oriente les projecteurs sur la personne qui prend ainsi le risque de la diabolisation. En créant son parti, Jean-Marc Kabund espère naviguer dans les eaux des personnes frustrées sinon déçues par la gouvernance Tshisekedi. Ceux qui voient le mandat se terminer sans avoir eu l’accomplissement des promesses leur faites seront prêts à rejoindre ce navire et à suivre le capitaine Kabund. Seulement, il lui faudrait faire des promesses nouvelles aux nouveaux venus et s’attendre à des prochaines déceptions. Pour faire face à l’échéance d’une élection présidentielle, JMK doit trouver un discours qui soit différent des attaques contre le régime Tshisekedi. Il devrait rapidement, s’il veut gagner en crédibilité, produire et promouvoir un projet de société qui soit à même de faire gagner les élections. Il se doit encore de nouer des alliances objectives avec des leaders capables de lui offrir un ancrage local. Il devrait faire face à l’ire de ses anciens compagnons de lutte qui ne sont pas prêts à lui pardonner ce qu’ils considèrent comme un péché de lèse-majesté.

Décidément Jean-Marc Kabund n’a aucune seconde à perdre s’il veut être sur la ligne de départ en 2023, car des obstacles seront sur sa route et en politique rien ne peut être épargné pour freiner un adversaire.

ADOLPHE MUZITO


L’ancien premier ministre est un homme politique particulier qui échappe à l’analyse traditionnelle que l’on fait sur les hommes politiques car il agit selon une logique à laquelle peu sont habitués. Adolphe Muzito, au moment où les politiques se battent pour une présence médiatique forte, lui déploie ses équipes à l’intérieur du pays pour acquérir des sièges de son parti, Nouvel Elan. Aujourd’hui, dans des endroits insoupçonnés, il a érigé des sièges et évidemment, autour de ces ancrages, une vie politique a déjà commencé. Pendant longtemps il a publié des tribunes pour donner sa vision sur des questions aussi diverses qu’essentielles au point de réunir un matériau substantiel pour la construction d’une conscience politique. Avec Martin Fayulu ils ont construit un duo qui semblait indestructible au moment où Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi avaient rejoint l’Union Sacrée de la Nation. A eux deux, ils ont produit un discours qui servait aux amoureux de la dialectique de base pour croire en une possible alternative au pouvoir de Félix Tshisekedi. Que se t-il passé pour que les deux alliés se séparent et que Adolphe Muzito par son parti, déclare que celui-ci présentera des candidats à tous les niveaux ? Dans l’histoire de la politique récente, jamais séparation n’a été silencieuse sans échange de paroles ni quolibets que celle qui se vit entre Martin Fayulu et Adolphe Muzito. L’histoire retiendra qu’ils ont fait preuve d’une grande retenue et d’un caractère d’homme d’Etat en ne mettant pas leur divergence sur la place publique. Comment Adolphe Muzito va-t-il aborder sa campagne présidentielle dans un pays où les idées, aussi géniales qu’elles soient, ne comptent que très peu dans les adhésions populaires ? Comment va-t-il faire pour garder la pureté de ses analyses là où on va lui exiger des présents ? Comment va-t-il faire pour gagner les batailles locales qui sont un préalable pour les autres batailles nationales ?

Homme à des compétences immenses, Adolphe Muzito, comme tout intellectuel, aura difficile à se faire embarquer par d’autres logiques puisées des terroirs. En 2023, il va certainement se mouiller le maillot pour accéder au promontoire de la fonction suprême.

DELLY SESSANGA


Il est parmi les députés les plus brillants des trois cycles électoraux et sa contribution à l’appareil législatif est exemplaire. Mais en animal politique, il a des idées qui bouillonnent sur ce qu’il convient de faire pour le pays. Le dire chaque fois ne suffit plus. Il s’est sans doute senti dans l’obligation de partager une certaine vision qui a commencé par un mouvement de conscience qui s’appelait aussi Envol comme s’il avait le désire de faire participer la RDC à un envol vers des cieux plus cléments. Plus tard ce mouvement va devenir un parti politique avec lequel, sans désemparer, Delly Sessanga a commencé à construire une offre politique de son cru, avec à la clé une volonté de faire accepter ces idées par la grande masse. Issu de cette école des grandes idées, Delly Sessanga croit dur comme fer que le congolais est capable de faire le bon choix si on lui explique calmement la nature et l’ampleur des enjeux. C’est d’ailleurs pour ce faire qu’il aime le contact avec les masses. On le voit au camp Luka, à Kasavubu, à Matonge, au Lualaba, au Kasaï dialoguant et argumentant pour convaincre les compatriotes congolais à adhérer à cette vision qu’il porte aujourd’hui. Il est vrai que son destin présidentiel doit gagner en ampleur et en pertinence car depuis près de quinze ans on l’a vu batailler au parlement sur des questions d’Etat et surtout celles qui ne donnent pas des médailles, mais qui sont essentielles comme la création des hautes cours, la loi sur les partis politiques, sur l’opposition etc… Mais il reste à son parti non seulement d’affiner son offre, mais surtout de conduire celle-ci vers des alliances objectives car l’élection présidentielle se joue justement sur cette donne. Peut-il revenir vers Félix Tshisekedi pour une alliance électorale où ira-t-il vers Moïse Katumbi ou Joseph Kabila pour la même chose ? Ces questions vont constituer le casus belli de l’Envol dans la formulation de son ambition politique . Aujourd’hui, il est en tant que politique, appelé à faire converger vers lui l’ensemble des forces sociales en prenant en compte leurs desiderata pour qu’il puisse jouer un jeu essentiel dans cette course.

MATATA PONYO


A l’ancien premier ministre Matata Ponyo on peut reprocher beaucoup des choses sauf le courage que confère le sens de l’honneur et de la dignité car dans cette saga judiciaire qui l’oppose à l’Etat congolais il ne s’est pas dérobé, il s’est présenté quand d’autres politiques ont traversé de nuit le fleuve juste à l’évocation d’une invitation. Pour des raisons que l’histoire révèlera quand ce dossier sera clos, il a assumé ses responsabilités et a sans doute gagné des points en montrant le respect qu’il a de la justice du pays. Entre-temps il a créé un parti dont le déploiement surprend l’opinion car les cadres de ce parti sont désormais présents sur les plateaux des télévisions, dans les journaux pour défendre les points de vue de leur formation politique mobilisé autour de leur leader politique. Candidat-président de la République, Matata Ponyo doit être pris au sérieux au regard du sens d’organisation dont il sait faire preuve et des contacts qu’il a noués depuis quelques années avec les jeunes du monde universitaires qui sont un vecteur multiplicateur de la propagation des idées. De Kolwezi à Aru, de Kisangani à Gemena, de Mbuji-Mayi a Boma, on peut voir les drapeaux de son parti. On ne peut évoquer la province de Maniema qui est devenue depuis quelques années son fief politique avec des adhésions familiales. On peut dire à ce stade qu’il est populaire, mais cela suffit-il pour gagner les élections ?

Dans le contexte actuel, cette hypothèse est difficile à envisager au regard de la complexité de ce scrutin, à moins qu’il joue sur les jeux d’alliances et absorbe des candidats puissants pour obtenir par cette tactique une base majoritaire qui puisse faire basculer les tendances en sa faveur. Economiste, il doit certainement avoir sa calculette à la main pour étudier la cartographie électorale ; et poser les jalons des futures alliances. Homme de conviction il va affronter les congolais dans leur précarité, mais aussi dans leur rêve de grandeur à laquelle il doit donner une réalité.

MOÏSE KATUMBI


Candidature permanente que celle de Moïse Katumbi qui n’a jamais fait mystère de celle-ci depuis la création de Ensemble comme plateforme et depuis comme parti politique. Plusieurs formations politiques ont accepté de se dissoudre dans ce parti et de naviguer avec lui vers la matérialisation de ce projet présidentiel. Au jour d’aujourd’hui la seule épine dans cette opération est le fait de l’alliance avec l’Union Sacrée où il a pris part et avec laquelle il a construit le gouvernement en place. Des ministres et des députés de Ensemble sont bel et bien partie prenante à la majorité actuelle. Une majorité que le président Félix Tshisekedi espère utiliser pour gagner son deuxième mandat. Moïse Katumbi, par certains de ses lieutenants, estime qu’il n’assumera pas le bilan de l’Union sacrée. Ce qui pousse plusieurs membres de son parti de quitter car déjà impliqués dans la dynamique gouvernementale. Comment cela va-t-il se passer pour qu’il se présente devant la Nation contre Félix Tshisekedi avec lequel il aurait géré la deuxième partie de son mandat ?

Moïse Katumbi, pour obtenir ce statut de candidat sans passif, devrait batailler dur avec les membres de son propre camp et obtenir des appuis politiques nécessaires pour la démolition du projet de Félix Tshisekedi. Parce que les alliances sont nécessaires pour un homme aussi populaires que Moïse Katumbi. Va-t-il accepter la main tendue de Joseph Kabila avec lequel il a eu des démêlés assez graves ? La récente réconciliation entre Katangais, obtenue par l’archevêque de Lubumbashi présage d’une approche conciliante entre les deux groupes. Et si cette alliance se concrétise, alors les élections vont être pimentées car il y aura de vraies forces politiques en bataille et de vraies questions de gestion historiques de la gouvernance nationale.

Adam Mwena MEJI

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