Politique

Grand dossier CENI : Corneille Nangaa, la patrie reconnaissante


Il est parti avec le sentiment du devoir accompli. Après près de six années passées à la tête de la Commission électorale nationale indépendante, Corneille Nangaa passe la main à Denis Kadima. “Mon sentiment c’est que la mission est accomplie”, a-t-il dit sobrement aux cadres de la CENI. Mission accomplie, c’est le cas de le dire, car le moins que l’on puisse dire est que la mission de Nangaa et de son équipe à la CENI aura été un vrai sacerdoce, et son aboutissement heureux, un haut fait d’arme. D’autant que pour qui connait la RDC et sa politique, le challenge avait été de taille. Le processus électoral lui-même n’a pas été un long fleuve tranquille. Conduire la commission électorale en RDC, pays-continent est un défi en lui-même. Ce challenge a été encore plus complexe, du fait du contexte dans lequel se sont organisées les élections. Ainsi que le souligne Corneille Nangaa lui-même dans son discours d’adieu devant les cadres de la CENI, le processus électoral a connu de véritables embûches et embuscades où certains (y compris agents de la CENI) ont payé de leur vie. Au nombre de ces embûches à hauts risques, l’on peut citer la situation de Kamuina Nsapu dans le grand Kasaï ; l’activité meurtrière des groupes armés à l’Est du pays ; les conflits communautaires dans le Tanganyika et dans la province du Maï Ndombe, mais également l’épidémie d’Ebola, la plus meurtrière de l’histoire avec plus de 2000 morts.

Un contexte particulièrement hostile qui s’est ajouté à la pression politique d’une société fortement clivée à l’aune des partis politiques. Les uns et les autres ont fait subir, à Nangaa une pression infernale à cause de la machine à voter, que certains présentaient alors comme l’instrument mis en place pour orchestrer une fraude électorale.
Comment alors comment comprendre que malgré tous ces vents contraires, l’histoire se soit soldée par un évènement historique, à savoir l’alternance pacifique à la tête de l’État ?

Avec une pointe d’humilité, Nangaa tire le chapeau à toute l’équipe des cadres et agents de la CENI à qui il dit: “Nous avons parcouru cette longue route ensemble. Grâce à votre travail, la RDC a un président élu en fonction et un ancien président de la République vivant dans son pays. Ce n’est pas peu”, souligne-t-il, avant d’ajouter :”vous êtes des pionniers”
Corneille Nangaa Yobeluo salue le travail de son équipe, mais aujourd’hui, c’est toute la nation congolaise qui salue son dévouement, son abnégation, son flegme même dans l’adversité ! Le dénouement heureux du processus électoral de 2018 doit beaucoup à la capacité de Nangaa à absorber les chocs, à encaisser sans casser et sans être cassant lui-même.
Il a eu la magie de garder le sourire et la bonne humeur même lorsque le climat virait presque au vinaigre, expliquant sans se lasser les subtilités techniques du travail de la CENI.

Denis Kadima, le plus dur est à venir

“Si j’ai une dernière chose à recommander c’est vous inviter à soutenir le nouveau management”. C’est en substance la recommandation de Nangaa aux agents de la CENI pour apporter du soutien à Denis Kadima et toute l’équipe entrante. C’est à juste titre que Nangaa sollicite du soutien pour son successeur.

Car, sans être oiseau de mauvais augure, il faut souligner d’ores et déjà que le nouveau patron de la centrale électorale aura forcément du pain sur la planche. Son arrivée se fait déjà pas sous les meilleurs auspices : une partie de la classe politique et la société civile l’ont voué aux gémonies sans forcément le connaître. Il est aujourd’hui à la tête de la CENI avec l’étiquette de “meilleur technicien”, certes mais il devra tout de suite faire ses preuves, tout en prouvant qu’il peut conduire le processus électoral dans ce panier des crabes qu’est la classe politique congolaise. Kadima a déjà avec lui ou contre lui la pression du temps. Il a la pression du budget, mais également la pression de chercher le consensus autour du chronogramme du processus électoral dans l’ensemble. Kadima devra faire avec le contexte de l’insécurité qui existe encore. Il devra composer probablement avec les contre-coups de la pandémie de Covid-19 qui n’a fini à perturber la vie sociale et économique. Plusieurs l’attendront aussi sur les questions de la transparence, l’impartialité et de l’indépendance face aux hommes politiques. Que des défis.

Patrick Ilunga

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