Politique

Réagissant à l’investiture à l’Union Africaine : David Jolino Makelele : « le nouveau président de l’UA entend réconcilier l’Afrique avec son histoire et sa géographie….il faut en finir avec cette Afrique de la résignation ….et construire l’Afrique qu’ils veulent et non celle que l’on dessine sans leur avis »

Le ministre d’état et porte-parole du gouvernement a eu le bon réflexe de réagir à l’événement et au discours historique du retour de la RDC sur la scène africaine. Il a ainsi accordé une interview exclusive à Géopolis hebdo dans laquelle il a non seulement féliciter le chef de l’état mais aussi déployer des clés pour que la RDC joue ainsi son rôle et sa vocation de puissance mais que les congolais derrière le chef de l’état saisissent l’occasion de marquer de leur génie cette Afrique qui attend tant de nous. L’homme des concepts appropriés n’a pas manqué l’occasion de revenir sur la situation interne qui a connu une accélération des enjeux et qui pour lui est le terreau d’un changement qualitatif. Revenant à son secteur il estime que la migration touche à sa fin et que la presse ne devrait pas s’autoflageller.

L’intégrale de cette interview exclusive dans les lignes suivantes.

REPONSES DU MINISTRE D’ETAT, MINISTRE DE LA COMMUNCATION ET MEDIAS AU QUESTIONNAIRE DE GEOPOLIS HEBDO

1. Le Chef de l’Etat vient de prendre ses fonctions à la tête de l’Union Africaine et ce, plus de cinquante ans dans l’histoire la RDC. Quel sens accordez-vous à cet événement ?

R/ Avant d’évoquer le sens de cet événement, laissez-moi d’abord adresser mes très vives félicitations au Chef de l’Etat pour son élévation à la tête de l’Union Africaine et m’associer au sentiment de joie et de fierté légitimes qui habite nos compatriotes pour cet immense honneur qui est fait à notre pays et à Son Président à qui nous souhaitons un fructueux mandat.

Même si la présidence de l’UA est tournante, une chose est sûre : on ne confie pas le destin de tout un continent entre les mains d’un Chef d’Etat ou d’un pays qui n’inspire pas confiance.

De là découle le sens même de cet événement (pour revenir à votre question). L’Histoire (au sens de la grandeur) qui a longtemps quitté la RDC s’y invite plus de 50 ans plus tard parce que justement notre pays et son Chef inspirent à nouveau confiance grâce  à la modestie, au travail, à l’optimisme ainsi qu’aux valeurs qui fondent la démarche du Président Fatshi.

C’est le retour de la RDC au sommet de la politique panafricaine non pas comme spectateur et objet, mais comme acteur et sujet.

2. Dans quels termes se conjugue la vocation africaine de la RDC ?

R/ La vocation africaine de la RDC, c’est d’être la locomotive et l’architecte de l’Afrique de demain. C’est parce que cette locomotive a été longtemps mal entretenue, cannibalisée ou marginalisée que l’Afrique continue de courir derrière des solutions à ses défis majeurs.
Souvenez-vous des paroles puissantes du psychiatre et militant anticolonialiste martiniquais Ibrahim Frantz Fanon qui disait que ” l’Afrique a la forme d’un révolver dont la gâchette se trouve au Congo”.

  • Peut-on sérieusement envisager de se servir de ce révolver sans les munitions de la RDC ?
  • Peut-on imaginer une réunification africaine sans la RDC ?
  • Peut-on penser électrifier l’Afrique sans INGA?
  • Peut-on étancher demain la soif des Africains sans les eaux du Congo?
  • Peut-on maîtriser les défis technologiques de l’Afrique sans le réservoir de matières premières stratégiques qu’est notre pays?

La RDC est ce trait d’union indispensable pour une Afrique unie et forte. Son destin est intimement lié à celui du continent qu’il doit entraîner.

Et sur le plan mondial, n’oublions pas que c’est notre uranium qui a mis fin à la guerre mondiale de 40-45 ; c’est notre caoutchouc qui a équipé en pneus les véhicules militaires des alliés. La vocation de la RDC va donc au-delà même des limites africaines et, grâce au Président Félix Tshisekedi, la RDC est entrain de retrouver cette place qui fut la sienne.

3. Dans son discours d’acceptation de mandat, le Président entend mener une politique privilégiant l’Union africaine des peuples. Que cela veut dire ?

R/ Cela veut tout simplement dire que l’intégration africaine reste un chantier ouvert et à parfaire. L’union africaine des peuples, c’est l’affirmation de la volonté du Chef de l’Etat de voir l’Afrique ne plus appartenir à quelques-uns, mais à tous. L’Afrique doit cesser d’être à plusieurs vitesses. Pas seulement dans les discours et les promesses, mais de manière concrète. Les bonnes intentions depuis les salles climatisées ne suffisent plus.

Il faut en finir avec une construction de l’Afrique sans les hommes et les femmes issus de ce continent ou qui y vivent. Il faut en finir avec cette Afrique de la résignation qui continue de ployer sous les problèmes devant elle mais qui regarde ailleurs.

Le nouveau Président de l’UA entend ainsi réconcilier l’Afrique avec son Histoire et sa Géographie.

Les femmes, les jeunes, les médecins, les ouvriers  les maraîchers et toutes les forces vives africaines doivent, en vrais acteurs, prendre leur destin et celui du continent entre leurs mains pour construire l’Afrique qu’ils veulent et non celle qu’on leur dessine sans leur avis.

Comme qui dirait « les peuples africains d’abord ». Le Président tient donc par cette vision à rapprocher l’Union Africaine des citoyens africains.

4. Est-il possible de faire bouger les lignes de cette Afrique quand on dit que l’Union Africaine se comporte comme un club de Chefs d’Etats solidaires dans la pérennisation des régimes autoritaires ?

R/ Il faut avant tout garder à l’esprit que le mandat du Chef de l’Etat n’est qu’un bref moment (12 mois) dans la longue histoire de l’Union Africaine. Le Président Tshisekedi va œuvrer dans la continuité du travail abattu par ses prédécesseurs, sans doute sous une ardente exigence d’actions.

À défaut de rendre l’Union Africaine parfaite, il va y travailler pour qu’elle soit plus réelle. L’Afrique n’aura pas attendu son avènement à la tête de l’Union pour avancer. Les lignes ont déjà bougé depuis quelques décennies. Il faut consolider les acquis et dessiner de nouvelles perspectives.

Aujourd’hui, l’Afrique a la chance d’avoir une nouvelle génération de dirigeants décomplexés, plus indépendants et qui s’assument. Ils ont compris que l’heure de la souveraineté de l’Afrique a sonné.

Dans le même temps, les peuples africains prennent aussi de plus en plus leur part dans l’œuvre de construction de cette nouvelle Afrique avec une exigence pointue du devoir de redevabilité et de plus de démocratie politique et sociale.

A cela s’ajoute le fait que l’un des piliers du plan d’action du nouveau patron de l’Union Africaine est la bonne gouvernance, l’Etat de droit, le respect des droits humains, la lutte contre la corruption et l’impunité. La combinaison de tous ces ingrédients va faire que l’Afrique que vous déplorez appartiendra très vite au passé.

Soyez confiants et surtout optimistes. Le vœu de Lumumba de voir l’Afrique écrire sa propre histoire se concrétise petit à petit.

5. Au même moment où il y a cette émergence africaine, en interne nous assistons à un changement de majorité et une relecture des faits s’impose. À quoi faisons-nous face: A une révolution ? À une réforme ou au triomphe de l’anarchie pour un retour  à la démocratie ?

R/ Évitons une lecture émotionnelle et extrémiste des faits, s’agissant de l’évolution de la situation politique interne dans notre pays.

Le diagnostic posé par le Chef de l’Etat à la suite de tout Congolais épris de bon sens est simple:

  • la pérennisation, comme une malédiction, du paradoxe congolais : un pays potentiellement riche et une population extrêmement pauvre ;
  • la perpétuation des antivaleurs et des mauvaises pratiques dans la gestion de la chose publique par des élites égoïstes ;
  • une rupture de confiance entre le peuple et ses dirigeants à la suite des frustrations ;
  • le ras-le-bol général avec une défiance vis-à-vis des pouvoirs publics ;
  • la volonté délibérée par certains de paralyser l’action du Chef de l’Etat, notamment dans le refus de rapatriement des devises dans le but de déséquilibrer la balance de paiement et d’accentuer la dépréciation de la monnaie nationale ; les retards volontaires dans le décaissement des fonds (le cas dans la lutte contre la pandémie de Covid-19, dans le secteur de l’agriculture, dans l’organisation des Jeux de la francophonie ou encore dans le dossier sur la retransmission des rencontres sportives).

Il est triste de constater, avec le Président de la République, que le malheur de tout un peuple peut faire le bonheur de quelques-uns.

Face  à ce tableau clinique peu envieux, des ajustements et des changements structurels s’imposent pour que ce pays retrouve une certaine normalité.

Au milieu de cette recherche des solutions adaptées à toutes ces problématiques, il y a des résistances notamment dans le chef de certains de nos compatriotes dont les mauvaises pratiques sont devenues une seconde nature.

Ce à quoi on assiste, ce sont les douleurs de l’enfantement et les derniers soubresauts avant l’avènement de l'”État de droit” promis par le Président à son peuple. Ce n’est pas de l’anarchie. C’est une révolution des mentalités, la marche irréversible dans le sens de l’histoire.

6. Quel sens accordez-vous à l’Union Sacrée ?

R/ En toute honnêteté, je crois qu’il n’appartient ni à moi ni à quiconque de donner un sens  à l’union sacrée sinon celui que son concepteur et initiateur a décliné jusqu’ici. Ni parti Politique, ni plateforme politique à l’ancienne avec une ou des autorités morales, il s’agit d’une vision dont l’objectif est de convier tous les Congolais à un aggiornamento quant à la manière de bâtir notre pays. C’est la conjugaison de toutes les bonnes volontés pour la réussite du mandat du Chef de l’Etat.

Selon cette approche nouvelle, le dénominateur commun devant servir de boussole à tous les fils et à toutes les filles sera désormais l’amour du Congo et non l’allégeance à des chapelles. L’intérêt supérieur de la Nation, le bien-être individuel et collectif des Congolais devront prévaloir sur les intérêts égoïstes.

L’Union Sacrée est un projet pour servir « Le peuple d’abord ». Les dirigeants devront accepter de servir le peuple, d’être les esclaves du peuple. Il était temps de changer les choses, et le Président Félix Tshisekedi veut changer les paradigmes et le paradoxe de pays immensément riche et un peuple scandaleusement pauvre. Le Président a donné un coup de pied dans la ruche, et nous sommes prêts à subir les piqûres des abeilles.

7. Comment faire pour que les tares décriées de la classe politique ne reviennent ternir l’envol de l’Union sacrée ?

R/ Je n’appartiens pas à la race de ceux qui désespèrent de l’homme en général et du Congolais en particulier. Je connais la capacité d’adaptation de nos compatriotes surtout lorsqu’on leur prêche par l’exemple.

Le caractère pédagogique du leadership exemplaire combiné à l’effectivité de la sanction positive et négative sans oublier le respect de la loi commune sont les ingrédients qui fourniront aux uns et aux autres les raisons pour ne pas persévérer dans l’erreur et demeurer du mauvais côté de l’histoire.

L’Union sacrée n’est pas une blanchisserie. Il faut que les gens abandonnent les anciennes pratiques et s’adaptent à la nouvelle donne qu’impose cette vision du Président de la République.

8. Vous avez géré un secteur clé de la Communication et au sein de l’Afrique, nous sommes perçus comme un trou noir au niveau de la Communication.

R/ Je suis inquiet par cette volonté délibérée d’autoflagellation des journalistes Congolais.  La RDC, un trou noir de la Communication ?
Sauf à confondre communication et propagande, je crois que contrairement à vous et aux idées reçues, nous ne sommes pas un pandémonium en la matière.

Il y a quelques années, on parlait bien de grand tam-tam d’Afrique. Plusieurs journalistes Congolais, souvent cités en exemples ou pris pour modèles ont fait la fierté de notre pays à travers l’Afrique et le monde. Des journalistes venus d’ailleurs sont venus se former en RDC.

Il est vrai qu’il y a divers problèmes structurels et conjoncturels auxquels nous devons collectivement apporter des solutions. Mais il n’y a pas de raisons pour jeter le bébé avec l’eau du bain. La communication n’est pas un secteur isolé qui serait épargné par les problèmes que connaît notre pays. Nous y travaillons.

Il faut d’abord noter que nous avons remis de l’ordre au sein des entreprises sous tutelle. La bonne gestion de la chose publique y est de retour après plusieurs années de cacophonie et de confusion. Les réunions des conseils d’administration, organes d’orientation et de décisions se tiennent à nouveau pour régler les problèmes auxquels elles font face alors qu’elles n’existaient quasiment plus avant notre arrivée.

Dans le même temps, l’assainissement et la rénovation du paysage audiovisuel est une réalité. Rien que pour la Ville de Kinshasa, une vingtaine de chaînes de Télévision non en règle avec l’Etat ont été déconnectées et l’invitation au civisme fiscal lancée aux éditeurs de programmes par mon Ministère a été entendue puisque les recettes engrangées dépassent les 4000% (quatre mille pourcent) par rapport aux exercices budgétaires de 2017-2018-2019, et ce en l’espace de 4 mois seulement. Du jamais vu selon le patron de la DGRAD. Le processus va se poursuivre sur  l’ensemble du territoire national avec un objectif estimé à plus de 10 millions de $.

L’opération n’épargnera pas la presse écrite et les Médias en ligne. Tout cela va permettre à l’Etat de faire face et de venir ainsi en aide au secteur.

Pour répondre aux impératifs de l’UIT concernant le passage total de l’audiovisuel analogique au numérique, le Comité de pilotage du Comité National de Migration vers la TNT que je préside, a pris plusieurs décisions à l’occasion de sa session de janvier 2021. C’est ainsi qu’il sera procédé sous peu à l’appel d’offres international restreint pour la numérisation de 45 sites restants, après la réception des travaux de 9 sites déjà opérationnels.

Nous entendons respecter l’échéance de 2023 accordée à la RDC par l’UIT pour l’extinction totale du système analogique. La libération subséquente des fréquences qui seront vendues, entre autres, aux opérateurs de la téléphonie générera des moyens financiers énormes au profit du trésor public.

Enfin, les Etats généraux  de la presse que je continue d’appeler de tous mes vœux ont pour vocation de passer au crible tous les problèmes du secteur dans le but d’y apporter des réponses idoines. Cette grand-messe à laquelle prendront part les professionnels des médias et des sommités intellectuelles avec le concours des partenaires extérieurs aura lieu au cours de cette année puisque les crédits concernant son organisation ont été en partie accordés.

Ensemble, travaillons pour sortir définitivement de ce trou noir si vraiment il existe.

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